Olivier Véran, le médecin le plus célèbre de France, caution "de gauche" d'Emmanuel Macron

Olivier Véran, le médecin le plus célèbre de France, caution "de gauche" d'Emmanuel Macron
Le ministre de la Santé a pris ses fonctions le 16 février 2020.

, publié le dimanche 14 février 2021 à 07h00

PORTRAIT. Il y a près d'un an, le ministre de la Santé prenait ses fonctions.

A 40 ans, Olivier Véran s'est imposé comme le visage du gouvernement dans la lutte contre la pandémie, autant que l'atout social de la macronie. Populaire mais critiqué, l'ambitieux doit déjà penser à se réinventer.

Le 9 février 2020, la ministre de la Santé Agnès Buzyn se rend au CHU de Grenoble, pour rendre visite à la famille britannique hospitalisée après avoir contracté le coronavirus dans uns station de Haute-Savoie. A ses côtés, sur les images télévisées, Olivier Véran, médecin neurologue dans cet hôpital et député de l'Isère. Une semaine plus tard, il remplacera la ministre, devenue candidate LREM à la mairie de Paris à la place de Benjamin Griveaux, obligé d'abandonner après un scandale sexuel. 




Cette semaine, dans un hôpital de Seine-et-Marne, il n'a "rien senti" de la piqûre du vaccin qu'une infirmière lui a prodigué, a-t-il juré torse à moitié nu devant les caméras. Mais Olivier Véran n'a rien ignoré des effets secondaires de la scène, reprise en boucle par tous les médias. "Connaissant Olivier, je ne doute pas une seconde qu'il ait fait en sorte de serrer le biceps", sourit un conseiller. Qu'importe le pêché d'orgueil, c'est aussi parce qu'il sait apprivoiser la lumière qu'Olivier Véran a été choisi par Emmanuel Macron comme ministre de la Santé, il y a tout juste un an, le 16 février 2020.

Apparition remarquée à la télévision 

Face à la pandémie qui s'annonçait, l'ancien député PS s'était d'abord illustré avec un simple graphique, un soir de début mars sur BFMTV, pour expliquer le risque de saturation en réanimation. "Efficace, mordant, une excellente entrée en matière", louent encore ses amis. Neurologue de profession, ce fils d'un ingénieur et d'une prof d'anglais de Grenoble s'est essayé à la chose publique depuis son internat en médecine, d'abord dans le syndicalisme étudiant.

Il a ensuite vite appris. Modeste suppléant lors des législatives de 2012 d'une figure socialiste locale, Geneviève Fioraso, il a précipitamment découvert l'Assemblée nationale lorsque sa mentor a été nommée au gouvernement. Flairant les sujets porteurs, il se fait un nom notamment par ses amendements pour lutter contre l'anorexie de mannequins.

Ambitieux 

Jusqu'à espérer entrer au gouvernement ? "C'était clair qu'il aspirait à être ministre ou secrétaire d'Etat", confirme le socialiste Vincent Feltesse, l'un de ses anciens collègues à l'Assemblée, quand un conseiller de l'ancien président égratigne ce jeune ambitieux qui "ne cessait de gratter à la porte de Hollande". En vain.

A partir de 2015, Olivier Véran se rapproche du ministre de l'Economie de l'époque, Emmanuel Macron, jusqu'à participer aux premières réunions de l'équipe qui deviendra "En Marche !". Avant de prendre quelque peu ses distances, soucieux de ménager le PS en vue des législatives de 2017, se souvient un marcheur historique.

"Un peu le mouton à cinq pattes"

Le départ d'Agnès Buzyn du gouvernement en février 2020 lui offre finalement son Graal, la Santé. "C'était un peu le mouton à cinq pattes : il était opérationnel très tôt, fin politique, dans le dépassement prôné par Emmanuel Macron car social-démocrate", résume une figure de la majorité.

Confinement, déconfinement, Ségur de la santé... Véran est sur tous les fronts et plaît à l'opinion. Mais il essuie aussi, au fil des mois, les critiques sur le discours contradictoire de l'exécutif sur le port des masques, puis sur la lenteur du démarrage de la vaccination.

Relation houleuse avec la droite 

Sa notoriété - encouragée par un certain égotisme assumé - agace, y compris parmi les siens. "On me dit qu'il est devenu très sûr de lui et qu'il répond peut-être un tout petit peu sèchement à des questions qu'il n'estime pas pertinentes", ironise un député de la majorité. Avec la droite, la relation est devenue épidermique, notamment depuis un épisode à l'Assemblée mi-décembre lorsqu'il a sommé les députés de l'opposition de "sortir d'ici", voix éraillée et sourcils froncés. 

Après avoir compilé les arbitrages victorieux, le choix d'Emmanuel Macron il y a quinze jours de ne pas reconfiner dans l'immédiat, a toutefois donné l'impression d'une influence moindre de sa doctrine de fermeté. A-t-il senti le vent tourner ? "J'observe que, depuis, il est beaucoup plus bon camarade avec ses collègues", s'amuse une ministre.

Il se revendique "de gauche" 

La macronie compte en tout cas sur lui pour incarner son aile sociale-démocrate dans la campagne du futur candidat Macron à sa réélection, lui qui se revendique toujours "de gauche". "Peu le savent, mais il se déplace régulièrement, sans aucun journaliste ni caméra, à la rencontre des plus précaires, révélait cette semaine Le Parisien. Par exemple ce mercredi soir, à Gagny (Seine-Saint-Denis), dans un centre de soin pour sans-abri. Et récemment auprès d'Emmaüs, de la Fondation abbé Pierre ou des Restos du cœur." 

Demeure une épine : les commissions d'enquête et la justice menacent toujours d'égratigner sa gestion de la crise, alors que le ministre a déjà subi une perquisition à son domicile fin octobre.
 

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