Nouvelles révélations dans l'affaire Penelope Fillon

Nouvelles révélations dans l'affaire Penelope Fillon
Penelope Fillon, en décembre 2010 à Sablé-Sur-Sarthe (Sarthe).

, publié le mardi 07 février 2017 à 20h24

Indemnités de licenciement, cumul de deux emplois à plein temps... François Fillon va devoir répondre à de nouvelles accusations concernant son épouse.

Selon Le Canard enchaîné, "les enquêteurs n'ont trouvé aucun indice matériel du travail de Penelope Fillon (soupçonnée d'avoir occupé des emplois fictifs comme assistante parlementaire, ndlr), mais la trace de ses indemnités de licenciement". Au total, l'épouse du candidat de la droite aurait touché près de 45.000 euros d'indemnités, payées en deux fois par l'Assemblée nationale, révèle l'hebdomadaire dans son édition datée du mercredi 8 février. De son côté, Le Parisien assure que l'épouse du député de Paris a cumulé deux emplois à plein temps, comme assistante parlementaire mais aussi comme journaliste.

► DES INDEMNITÉS DE LICENCIEMENTS ?

Le Canard enchaîné n'en a pas fini avec l'"affaire Penelope Fillon". À chaque semaine, ses révélations et ses rebondissements. L'hebdomadaire assure que Penelope Fillon a perçu en août 2002 "16.000 euros d'indemnités, soit l'équivalent de cinq mois de salaire", alors qu'elle avait retrouvé un mois plus tôt un emploi auprès de Marc Joulaud, alors suppléant de l'actuel candidat de la droite à la présidentielle. "Une preuve de plus que Fillon sait encaisser !", titre ironiquement l'hebdomadaire.



Le journal assure que la femme du candidat de la droite a "cumulé deux salaires durant un peu plus d'un mois". "La législation ne prévoit pas un tel niveau d'indemnités de licenciement pour un collaborateur parlementaire", ajoute-t-il. Ces indemnités portent sur la période 1998-2002, pendant laquelle Penelope Fillon a été rémunérée comme assistante parlementaire de son époux (165.686 euros net de salaires sur cette période, selon les éléments mis en ligne par le candidat lundi soir). Par ailleurs, lorsque François Fillon a mis fin, en novembre 2013, au dernier contrat de son épouse à l'Assemblée nationale, celle-ci a perçu "29.000 euros" d'indemnités de licenciement pour 17 mois de travail (rémunérés 65.839 euros net, selon le site de François Fillon).


François Fillon a dénoncé mardi soir "les mensonges du Canard enchaîné". Ces éléments "ne sauraient en rien constituer une information nouvelle et comportent des erreurs manifestes", a répondu l'ancien Premier ministre. Au même moment, François Fillon allait à la rencontre des électeurs dans l'Aube, en compagnie de François Baroin, le sénateur-maire de Troyes cité comme "plan B" potentiel ces derniers jours. Quelques huées ont émaillé chacune de ses trois étapes, à l'usine Coq Sportif de Romilly-sur-Seine, à la Technopole de l'Aube, dans la banlieue de Troyes, puis à la médiathèque de Troyes. "Escroc", "voyou", a ainsi crié un homme derrière les grilles d'enceinte, alors que François Fillon déambulait entre les établis et les machines à coudre de l'usine Coq Sportif.

► CUMUL DE DEUX EMPLOIS À PLEIN TEMPS ?

Autre révélations gênantes pour le candidat à l'élection présidentielle. Le Parisien assure mardi que Penelope Fillon a cumulé deux emplois à plein temps pendant près d'un et demi entre 2012 et 2013. Elle aurait été à la fois employée à plein temps à la Revue des deux mondes et collaboratrice de son mari à l'Assemblée. "Elle était, à sa manière, une cumularde", écrit le quotidien.


"Il n'existe aucune incompatibilité", a répondu au Parisien l'avocat du couple, Antonin Lévy. "C'est une question d'organisation du temps de travail". "Il n'y a pas en théorie d'interdiction du cumul de fonctions, mais le salarié ne doit pas dépasser un total de 48 heures par semaine. En cas de dépassement, c'est une infraction pénale de 5e catégorie passible de 1.500 euros d'amende", a détaillé auprès du journal le spécialiste du droit du travail Paul Van Veth. Le Parisien a pu consulter un contrat de travail à durée indéterminée (CDI) datant de 1998, signé entre l'employeur François Fillon et son assistante Penelope, où la "durée mensuelle du travail" est fixée à "169 heures par mois".

► LA CONTRE-OFFENSIVE DU CANDIDAT MISE À MAL ?

Ces nouvelles révélations interviennent en pleine contre-offensive du candidat. Devant plus de 200 journalistes massés à son siège de campagne à Paris lundi, il avait défendu la "légalité" des pratiques qui lui sont reprochées, l'emploi passé de sa femme Penelope et de deux de ses enfants comme assistants parlementaires à l'Assemblée et au Sénat. Mercredi, c'est "une lettre aux Français" que François Fillon publiera dans la presse quotidienne régionale, comme il l'a annoncé aux élus Les Républicains (LR) mardi en fin de matinée à son QG. Profitant de cette réunion, il n'a pas manqué de réaffirmer qu'il n'y avait "pas de plan B", mais "juste un plan A comme Attaque".

Alors que plusieurs députés avaient mis en cause sur la forme la communication de l'équipe, avec des cafouillages, François Fillon a désigné mercredi le député Thierry Solère comme "seul porte-parole officiel". "Le socle a tenu", a jugé Christian Jacob, patron des députés LR. "On est repartis en campagne". Selon un sondage Harris interactive publié mardi, deux tiers des Français (65%) n'ont toutefois pas été convaincus par ses explications. Il reste toutefois soutenu par une nette majorité de sympathisants LR. Ses avocats sonnent la charge sur le plan juridique en affirmant que les irrégularités de l'enquête la rendent "nulle". François Fillon lui-même avait estimé lundi que ce ne sont "pas les bonnes instances qui enquêtent".

Mardi matin, ses soutiens, visiblement soulagés, ont salué la conférence de presse de François Fillon: pour Bruno Retailleau, son coordinateur de campagne, François Fillon "a prouvé qu'il était vraiment le patron". Selon l'ancien ministre Éric Woerth, Fillon "a montré (...) qu'il saura résister" même s'il faudra "des semaines et des semaines pour retisser (...) le lien" avec les Français. Des questions restent cependant en suspens. Parmi elles, l'entretien de 2007 de son épouse Penelope, diffusé jeudi dans un reportage d'Envoyé spécial, dans lequel elle dit n'avoir "jamais été réellement son assistante ni quoi que ce soit de ce genre", pèse sur sa version des faits. François Fillon n'a pas levé non plus tous les doutes sur l'emploi de sa femme par la Revue des deux mondes entre mai 2012 et décembre 2013, qui "n'a rien de fictif" selon Marc Ladreit de Lacharrière, patron de cette revue et ami proche du candidat.

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