"Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler" : quand Collomb critique Macron en off

"Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler" : quand Collomb critique Macron en off
Gérard Collomb le 19 septembre à l'Élysée.

Orange avec AFP, publié le lundi 24 septembre 2018 à 17h40

Le 6 septembre dernier, le ministre de l'Intérieur s'est livré à quelques confidences sur ses relations avec le chef de l'État, révèle La Dépêche du Midi.

Sondage après sondage, la cote de popularité d'Emmanuel Macron chute. "Peut-être, les uns ou les autres, nous avons manqué d'humilité", commente alors Gérard Collomb sur BFMTV le 6 septembre dernier. Une déclaration qui aurait provoqué la colère du chef de l'État. Selon La Dépêche du midi, ce jour-là, le ministre de l'Intérieur a enchaîné auprès des journalistes d'autres critiques sur le président. Des propos censés rester off mais dévoilés dimanche 23 septembre par le quotidien local.



Ce 6 septembre, après une conférence de presse sur son bilan, il déjeune avec quelques journalistes au ministère. En on, il déplore des relations "dégradées" avec les collectivités locales et des problèmes, "comme l'accueil des mineurs isolés" et "les 80km/h", qui n'ont "pas été bien traités". Le locataire de la place Beauvau multiplie ensuite les critiques à l'égard du chef de l'État, tout en précisant qu'elles ne doivent pas fuiter dans les médias. "Les provinciaux, et j'en suis, ont déjà une tendance naturelle à considérer que les Parisiens ont la grosse tête et les snobent, or des expressions comme la nouvelle grammaire de la politique ou la start-up nation, ils ne s'y reconnaissent pas..."

A-t-il déjà évoqué cette question avec Emmanuel Macron, lui demande La Dépêche du Midi ? "Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. Ceux qui parlent franchement à Macron sont ceux qui étaient là dès le début : Ferrand, Castaner, Griveaux et moi... D'ailleurs, il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler, car par nature l'Élysée isole", répond alors le Lyonnais, qui a décidé de se relancer dans la course aux municipales en 2020.

Collomb "sait ce qu'il fait"

Gérard Collomb évoque ensuite l'affaire Alexandre Benalla qui a "creusé un véritable fossé entre le chef de l'Etat et son ministre de l'Intérieur", selon le quotidien. "Ce type se prend pour un seigneur. C'est ça le problème de fond", estime-t-il, avant de commenter son audition devant la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Ce jour-là, "il s'est avant tout défendu lui-même, il n'a pas tenté de dédouaner l'Élysée", se rappelle un député PS. "Ça n'est pas parce que je reçois aujourd'hui le futur empereur du Japon que j'ai une vocation de kamikaze, le sabre dans le ventre, très peu pour moi", se justifie alors le ministre qui reproche au chef de l'État de ne "pas être monté au créneau plus tôt".



"On a bien peu parlé de sécurité", s'est désolé à la sortie du déjeuner un conseiller de Gérard Collomb, qui semblait "avoir l'esprit ailleurs" ce jour-là, écrit La Dépêche du Midi. Le ministre aurait-il parlé trop vite ? "Gérard a été élu pour la première fois député en 1981, les messages politiques, il les connaît à la perfection. Lorsqu'il fait sa sortie sur l'humilité sur BFMTV ou qu'il tient ce genre de propos même off, il sait ce qu'il fait", assure de son côté un ancien compagnon de route.

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