Nicolas Hulot sur le départ ? «Ses vacances seront studieuses !»

Nicolas Hulot sur le départ ? «Ses vacances seront studieuses !»
Nicolas Hulot a annoncé, jeudi matin, qu'il pourrait annoncer sa démission cet été. Une manière de faire peur à l'exécutif.
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leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 21h12

Plus que du chantage, c'est un coup de pression qu'a tenté le ministre de l'Écologie, las qu'on lui mette des bâtons dans les roues, en évoquant sa démission.

Et Nicolas Hulot se mit à faire de la politique... Ni chantage à la démission, ni ultimatum, c'est surtout un gros coup de gueule qu'a poussé le ministre de l'Écologie, certes coutumier des états d'âme, en laissant planer ce mercredi au micro de Jean-Jacques Bourdin l'hypothèse d'un départ estival. « Cet été, on aura avec le président et le Premier ministre un moment de vérité, on fera le point », a lâché le numéro trois du gouvernement, à la veille du premier anniversaire de sa nomination.

« Ça voulait dire : arrêtez de m'emmerder ! », résume, crûment, l'un de ses proches. Dans son viseur ? Bercy. « La majorité des problèmes viennent de là », souffle le même. Mais aussi tous ceux qui, au sein de l'exécutif, lui mettent des bâtons dans les roues. « Ce qui l'épuise, ce sont les mini-batailles et les réformes minuscules sur lesquelles il faut se battre en interministériel », s'agace l'un de ses soutiens. Hulot, du reste, ne s'en cache pas. « Je perds tous mes arbitrages », a-t-il confié, en toute franchise, à un visiteur.

Vous avez dit jalousies ? Certains de ses amis politiques brandissent cette piste. « Sa cote de popularité demeure à un haut niveau par rapport à d'autres ministres... », glisse l'un. « Il est KO sous les coups de Stéphane Travert (Agriculture) et Gérald Darmanin (Budget). Avec Bruno Le Maire (Économie), Édouard Philippe et Sébastien Lecornu (Écologie), ils font partie de la même bande », décrypte, en « off », une figure de l'écologie en ciblant les ministres issus de la droite. « Certains ministres et conseillers ont encore la grille de lecture de l'ancien monde ! », abonde un « hulotiste ».

Il a rencontré Édouard Philippe

La menace du départ de Nicolas Hulot a été suffisamment prise au sérieux pour qu'Édouard Philippe demande, mercredi à le voir en tête-à-tête dans l'après-midi pour « le regonfler », en marge d'une réunion budgétaire où il était convié. « Le Premier ministre est à ses côtés », assure Matignon, à toutes fins utiles.

Alors que bruissent des rumeurs de remaniement pour fin mai ou juin, un proche du président douche les spéculations d'une boutade : « Les vacances de Monsieur Hulot seront studieuses ! » « Avec Emmanuel Macron, ils se parlent très régulièrement, encore tout récemment », ajoute un proche de Hulot pour bien signifier que le président n'a pas été surpris par le gros coup de semonce de son ministre.

Plus que le remaniement, ce sont les grands arbitrages qui se profilent qui expliquent la sortie d'Hulot, qui a voulu mettre un coup de pression avant le bras de fer. Car d'ici fin juin seront tranchés le plan sur la protection de la biodiversité, celui sur la déforestation et, surtout, le plan pluriannuel qui décidera de la politique énergétique du pays pour les cinq prochaines années, notamment sur le nucléaire. « Ce sera le moment décisif », relève le député LREM Matthieu Orphelin, fidèle d'Hulot.

Hulot, un «formidable gâchis» ?

Mais rares sont ceux qui croient à une démission, même en cas de défaite. « Il n'a pas fini son boulot. Il incarne bien et il a encore des choses à arracher. Et son hypothétique remplaçant serait difficile à trouver », juge son ami Gérard Feldzer. « Hulot est très content d'être ministre. Comme disait Pasqua : quand on aime les pin-pon, on a du mal à y renoncer ! », moque un habitué de l'Élysée, qui n'y croit pas un instant. Même si, déjà, des noms de remplaçants circulent, comme Pascal Canfin.

Reste que le cas Hulot irrite sur la planète écolo. Ainsi Ségolène Royal regrette-t-elle en place publique de le voir « laisser faire des reculs ». « C'est Bercy ! Il doit se battre, tonne l'ancienne ministre de l'Écologie, qui sera aujourd'hui - ça ne s'invente pas - à Ushuaïa (Argentine). Michel Sapin (NDLR : ex-ministre des Finances), un jour je l'ai pris au collet ! » « Le risque pour Hulot avec son super ministère, c'est d'être borlooisé », regrette le député européen Yannick Jadot, qui évoque un « formidable gâchis ».

D'autres sont plus cléments. « Ce serait quoi les décisions s'il n'était pas là ? Le Hulot bashing ne fait pas avancer la cause. Le problème est plutôt à l'Élysée et à Matignon », regrette Delphine Batho. Une grande figure écolo achève, cinglante : « Les bureaucrates et les techniciens ont le pouvoir. C'est ça le problème de nommer des ministres symboles... »

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