Nathalie Loiseau, la discrète madame Europe du gouvernement

Nathalie Loiseau, la discrète madame Europe du gouvernement

Nathalie Loiseau, juppéiste, a rejoint Emmanuel Macron après la primaire de droite. Il l'a nommée ministre auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères chargée des Affaires européennes.

leparisien.fr, publié le mardi 17 avril 2018 à 07h26

Inconnue du grand public, jamais élue, sans expérience politique, Nathalie Loiseau, la madame Europe du gouvernement, fait pourtant figure d'experte.

C'est la Madame Europe du gouvernement... mais pas grand monde ne la connaît. Gênant, au moment où Emmanuel Macron comme les Marcheurs font de la transformation de l'Union un chantier prioritaire, entre les consultations citoyennes et la « grande marche européenne ».

Quand on l'interroge sur cette discrétion dans son bureau d'angle au Quai d'Orsay, Nathalie Loiseau, diplomate d'origine et ancienne directrice de l'ENA, se montre fataliste ou agacée. « A mon arrivée les journalistes me disaient que l'Europe fait fuir le chaland, n'intéresse personne », soupire-t-elle. Mais elle fustige aussi ces médias qui privilégient les têtes d'affiche, cite le cas d'une collègue ministre décommandée à la dernière minute par une grande radio pour passer à sa place une figure féministe sur le harcèlement.

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« Elle est trop discrète, ne pèse pas, car elle n'a pas d'incarnation politique à la Wauquiez (NDLR, lointain prédécesseur à ce ministère), elle fait plus directrice d'administration centrale que ministre », tacle le député LR Damien Abad, membre de la Commission des Affaires européennes à l'Assemblée.

Pourtant, dès qu'elle n'est pas à Bruxelles, « la discrète » se démène sur le terrain pour l'Europe - mot qu'elle préfère à Union européenne jugée trop techno. Comme cet après-midi printanier où elle se rend au lycée professionnel Louis Dardenne à Vanves. Le principe de cette opération « Back to school », partout sur le continent, est d'envoyer ministres, eurodéputés ou membres de la Commission de Bruxelles dans leur école d'origine. « Mais j'étais dans un lycée privilégié, Carnot dans le XVIIe à Paris, ils ont déjà entendu parler de l'Europe alors je trouve plus utile de venir ici », dit-elle aux élèves préparant un bac d'agent d'accueil ou de négociation commerciale.

« Macron voulait secouer la routine bruxelloise »

Brexit, poids des Gafa américains, avenir de l'euro, et surtout Erasmus, les questions fusent. « Un million de bébés sont nés lors de rencontres Erasmus », dit la ministre déclenchant les rires. Elle fait dans le concret - « 21 des films présents à la cérémonie des Césars ont été financés par l'Europe » -, ne manque pas une occasion de vanter l'action du président. « Son discours de la Sorbonne avec ses 70 propositions, ça a réveillé les Européens, je peux vous dire qu'il a secoué le cocotier » !

C'est d'ailleurs pour cela que le président l'a nommée à ce poste, assure cette juppéiste ralliée à Macron après la primaire de droite. « Quand je lui ai dit que je n'étais pas une spécialiste de l'Europe, ayant travaillé en Afrique ou aux Etats-Unis, il m'a répondu qu'il voulait justement quelqu'un pour secouer la routine bruxelloise, les petits marchandages ».

« Elle est sur des sujets transversaux, moins visibles que la défense de la PAC par exemple, mais elle nous défend bien à Bruxelles », plaide un ministre de poids. « Elle bosse ses dossiers, on n'a pas eu de ministre aussi solide depuis Bernard Cazeneuve », apprécie l'eurodéputé écolo Yannick Jadot. Lequel avertit néanmoins : « Attention, il ne faudrait pas que les consultations citoyennes tournent à la précampagne En Marche pour les européennes de 2019 ! » « Mais tous les partis sont invités à participer, rétorque Nathalie Loiseau. Le problème c'est qu'on est encore trop habitué aux démarches top-down dans ce pays », conclut-elle en langage macronien.

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