Muselier-Mariani: un parcours parallèle, une idéologie divergente

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Renaud Muselier le 30 août 2019 à Nice et Thierry Mariani le 9 mai 2021 à Paris
Renaud Muselier le 30 août 2019 à Nice et Thierry Mariani le 9 mai 2021 à Paris
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© AFP, YANN COATSALIOU, Martin BUREAU

publié le jeudi 24 juin 2021 à 08h31

Les frères ennemis de la droite Renaud Muselier (LR) et Thierry Mariani (RN), en duel au second tour des régionales en Paca, ont suivi des carrières parallèles dans la famille gaulliste mais avec un parcours personnel et idéologique divergent. 

Si le premier fut un champion de karaté et le second de lutte gréco-romaine, ce n'est pas sur un tatami, mais bien dans les urnes que Renaud Muselier et Thierry Mariani s'opposeront dimanche pour la seconde manche de leur premier affrontement politique.  

Jusqu'alors, les deux hommes de 62 ans, plus amis que rivaux, avaient mené une carrière politique jumelle au RPR, devenue UMP puis LR, avant de s'opposer sur une ligne de fracture qui divise aujourd'hui une partie de l'électorat de droite, tiraillé entre la majorité présidentielle --dont des membres ont rejoint Renaud Muselier pour les régionales-- et extrême droite.  

"Avec Muselier, on a quasiment le même parcours", aime à rappeler Thierry Mariani: "On se connait depuis le début des années 1980, il représentait les jeunes RPR des Bouches-du-Rhône et moi ceux du Vaucluse".

"On a été élus députés en même temps (en 1993) et on a tous les deux été membres du gouvernement, moi avec Sarkozy (ministre des Transports 2010-2012) et lui avec Chirac (secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères 2002-2005)", résume-t-il auprès de l'AFP. 

"Avec Mariani, on se connaît par coeur", observait en écho en octobre dans Le Figaro Renaud Muselier, qui critique aujourd'hui la "dérive intellectuelle" voire "totalitariste" de son ex-partenaire.

Mais si les deux hommes ont un parcours politique similaire, ils ont aussi de vraies différences qui peuvent expliquer leur évolution politique.

 - Fils de maçon et golden boy -

Fils d'un maçon d'origine italienne, Thierry Mariani grandit à Orange (Vaucluse) dans un milieu populaire. Il étudie au petit séminaire d'Avignon puis au lycée militaire d'Aix-en-Provence, puis est diplômé en droit international. 

Tenté un moment par la Légion, l'homme volubile et toujours pressé entre en 1976 au RPR par rejet d'un "giscardisme bourgeois", se reconnaissant plus dans le gaullisme musclé d'un Charles Pasqua. L'ex-maire de Valréas (Vaucluse) adhérera ensuite à la fermeté du discours de Nicolas Sarkozy avant de lui reprocher d'avoir trahi ses convictions.

Défenseur des idées les plus droitières au RPR, notamment sur l'immigration et la sécurité, il avait provoqué un tollé en 2007 avec un amendement proposant de pratiquer des tests ADN sur les immigrés candidats au regroupement familial. 

Proche de dirigeants comme le Russe Vladimir Poutine ou le Syrien Bachar el-Assad, celui qui est devenu député européen RN en 2019 considère les droits de l'Homme comme "une escroquerie intellectuelle" car "on les applique quand ça nous arrange". Marié en seconde noce à une femme d'origine russe, il est père de deux enfants.

Renaud Muselier est, lui, issu d'un milieu bourgeois: petit-fils de l'amiral Emile Muselier, premier officier de marine à avoir rejoint le général De Gaulle et inventeur de la Croix de Lorraine, fils d'un couple de résistants, il est médecin, directeur de deux cliniques marseillaises et aime dire qu'il peut "se passer de la politique".

"Mon engagement au RPR (...), c'est la force de la République il n'y a pas de permissivité, de porosité avec l'extrême droite. C'est le sens de mon combat dans la région", a-t-il assuré mi-juin lors d'un débat sur LCI, évoquant "une démarche familiale".

Ce "Marseillais jusqu'au bout des ongles", selon l'expression du maire de Nice Christian Estrosi, a "enfilé les mandats comme on enfile des perles" car "l'insatisfaction lui collait à la peau", selon un autre de ses proches, l'ex-sénateur LR Bruno Gilles. Son rêve aurait été d'emporter la mairie de Marseille, mais il ne sera que le premier adjoint de Jean-Claude Gaudin.

Souriant, volontiers tactile et charmeur, ce golden boy, père de quatre enfants, surnommé "Muso", est longtemps passé pour un dilettante, pas assez sérieux pour les premiers rôles, avant d'acquérir une légitimité à la tête de la région Paca. Un poste que lui avait cédé en 2017 Christian Estrosi (LR) pour redevenir maire de Nice et pour lequel il aurait aimé pouvoir être élu sur la seule foi de son bilan.  

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