Municipales: la dynamique écologiste à l'épreuve des frictions

Chargement en cours
Conférence de presse de Clothilde Ollier le 20 janvier 2020 à Montpellier
Conférence de presse de Clothilde Ollier le 20 janvier 2020 à Montpellier
1/2
© AFP, Pascal GUYOT

, publié le mardi 21 janvier 2020 à 07h55

Suspension de leur candidate à Montpellier, division à Marseille, désaccords pour Paris: les frictions internes se multiplient chez les écologistes d'EELV, au risque de nuire à la vague verte qu'ils espèrent voir déferler aux élections municipales de mars.

Une candidate municipale suspendue par la direction nationale, voilà qui est rare chez EELV, dont les statuts donnent la prime aux militants locaux. Que cette candidate soit en tête des intentions de vote dans un récent sondage ajoute à la déflagration causée par la disgrâce de Clothilde Ollier.

Le secrétaire national d'EELV Julien Bayou s'est empressé, dimanche, de donner les raisons de cette décision du bureau exécutif de la veille, après tentative de médiation. "La tête de liste avait tourné le dos à tous les engagements vis-à-vis du collectif, y compris sur des propositions écologistes phares (diesel, place de la voiture en ville, qualité de l'air...)", a-t-il déclaré, ajoutant qu'"il n'y avait quasi plus de candidats écologistes sur la liste".

Alain Coulombel, porte-parole issu de l'aile gauche d'EELV, explique à l'AFP: "La stratégie votée était de présenter une liste d'autonomie des écologistes, mais (Clothilde Ollier) a progressivement intégré Confluences, mouvement plutôt issu de La France insoumise, sans l'avis du collectif de militants".

"Elle a débarqué son binôme de campagne par un communiqué", ce qui est contraire à "l'esprit de responsabilité", abonde Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe, qui a fait partie de l'équipe de médiation dans cette affaire.

"On n'allait pas laisser la situation se désagréger, que Montpellier soit une forme de poids qui affaiblit toutes les autres campagnes", enchaîne-t-elle, preuve que pour EELV, l'impact de tels épisodes dépasse le seul échelon local.

Clothilde Ollier entend maintenir sa liste et a demandé des "explications", lundi soir devant ses partisans montpelliérains, dénonçant "des tripatouillages d'un autre âge" qui "discréditent la politique". Les militants locaux doivent décider d'une éventuelle nouvelle tête de liste le 3 février.

Mais "les péripéties actuelles vont affaiblir toutes les parties concernées", estime Alain Coulombel. "Quand on a des sondages positifs et une vraie opportunité de l'emporter, quel gâchis!"

- "Parti de gouvernement" -

Montpellier et EELV, c'est décidément compliqué. La désignation de Clothilde Ollier, en octobre, avait déjà été houleuse: son adversaire Jean-Louis Roumégas, dénonçant une "tricherie", a décidé de monter une liste dissidente.

"Il faut que la décision difficile (du weekend) amène à une réconciliation" avec l'ancien député EELV, confie l'eurodéputé Yannick Jadot à l'AFP.

"C'est d'un ridicule achevé", soupire un ancien député du parti, pour qui "EELV et son personnel politique ne sont pas à la hauteur" des enjeux. Il interroge: "Pourquoi sanctionner Clothilde Ollier et pas David Belliard qui tend la main à Villani" à Paris, une initiative qui a désorienté les militants et mécontenté jusqu'à Julien Bayou?

La situation est tout aussi confuse à Marseille. Le chef de file officiel, Sébastien Barles, a quitté à l'automne dernier le Printemps marseillais, rassemblement des forces de gauche, jugeant que la désignation de la tête de liste était trop lente. En janvier, les responsables socialistes et France insoumise du Printemps ont choisi de renoncer à la tête de liste pour porter la candidature... d'une écologiste, la très respectée et implantée Michèle Rubirola.

Dans un récent sondage, les deux listes, au coude-à-coude, sont loin de pouvoir rivaliser avec la droite et le Rassemblement national. Et de l'avis de plusieurs responsables d'EELV au plan national, il est vraisemblablement trop tard pour une union, à quelques semaines du scrutin.

Selon l'ancien député EELV, le parti doit prendre au sérieux les récentes alertes car si dans plusieurs grandes villes, les sondages sont bons, "c'est l'écologie qui porte EELV, pas l'inverse".

Yannick Jadot, lui, ne s'affole pas. Le cas montpelliérain montre ainsi qu'"EELV est un parti de gouvernement qui s'organise pour la conquête du pouvoir et se place au coeur de la recomposition politique".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.