Municipales à Marseille : Samia Ghali accepte de soutenir Michèle Rubirola, à condition d'être sa première adjointe

Municipales à Marseille : Samia Ghali accepte de soutenir Michèle Rubirola, à condition d'être sa première adjointe
Samia Ghali, le 5 décembre 2019, à Paris.

, publié le vendredi 03 juillet 2020 à 14h42

L'ex-sénatrice PS, dont les voix sont capitales pour l'élection du nouveau maire de Marseille, estime que sa demande d'être première adjointe de Mme Rubirola est "légitime". "Je ne serai l'otage d'aucun chantage", lui a répondu cette dernière.



A Marseille, seule ville de France à ne pas encore connaître son maire, après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin, tout se jouera au "troisième tour", samedi, lors du premier conseil municipal, au cours duquel les 101 conseillers municipaux doivent élire le maire. Problème : pour la première fois depuis 1982 et la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) aucune majorité absolue n'est sortie des urnes. Arrivé largement en tête lors du second tour des municipales sur l'ensemble de la ville (38%) devant les listes Les Républicains de Martine Vassal (30%), le Printemps marseillais, l'union de la gauche et des écologistes menée par Michèle Rubirola, est loin d'avoir rassemblé une majorité de voix pour ce "troisième tour". Avec 42 sièges, quand la majorité absolue au conseil est à 51 voix, le Printemps sait l'importance des huit conseillers élus sur les listes de Samia Ghali.

Très convoitée, la sénatrice, ex-PS, a répondu vendredi 3 juillet favorablement à l'appel de Mme Rubiola, qui souhaite travailler avec elle, mais à une condition : elle veut être sa première adjointe. "Cette demande me paraît légitime. D'abord parce qu'au-delà des valeurs que nous partageons, je suis celle qui peut lui permettre samedi d'être effectivement maire de Marseille. Ensuite et surtout parce que la volonté du rééquilibrage de notre ville et la prise en compte des quartiers populaires ne peuvent plus être de simples mots", explique Mme Ghali, réélue dimanche dans son secteur populaire du nord de la ville, dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Hier (jeudi) soir, pour la première fois depuis l'élection qui s'est tenue dimanche dernier, j'ai rencontré Michèle Rubirola. Je lui ai clairement fait part de ma volonté sincère et loyale d'être à ses côtés afin de participer au rassemblement aujourd'hui indispensable pour permettre le changement à Marseille", écrit Mme Ghali. "Le moment de l'union de la ville, de la réconciliation entre son nord et son sud, de la prise en compte de tous ces gens oubliés et méprisés doit enfin arriver", poursuit-elle.

A Marseille, le nord de la ville, où a été élue Mme Ghali, concentre les populations les plus paupérisées. "C'est donc en leur nom et pour qu'enfin ils soient reconnus à leur juste place que j'ai demandé à Michèle Rubirola d'être sa première adjointe. J'attends maintenant sereinement et en femme libre la réponse de Mme Rubirola. La balle est dans son camp", conclut Mme Ghali.

"Ce n'est pas pensable"

La proposition de celle qui se présentait comme "la madone" de Marseille pourrait créer des remous au sein du Printemps marseillais. Jeudi matin, Olivia Fortin, qui avait fait sensation en battant dans un secteur réputé imperdable pour la droite la tête de liste LR Martine Vassal, avait écarté une telle possibilité.

"Ce n'est pas pensable. Le ou la première adjointe de Michèle Rubirola doit être quelqu'un qu'elle connaît bien, avec qui elle fonctionne depuis longtemps. Forcément quelqu'un issu du Printemps marseillais", avait-elle déclaré sur la radio France Bleu Provence.

Divisions à droite

A droite aussi, les tractations continuaient vendredi, avec l'espoir de voir l'élection du maire aller jusqu'à un troisième tour devant le conseil municipal. En cas d'égalité entre des candidats lors de ce scrutin, c'est alors le plus âgé qui l'emporte. Chez LR, personne ne cache que c'est en grande partie ce qui a motivé le retrait de la course de Mme Vassal, annoncé jeudi, au profit du député Guy Teissier, 75 ans, vieux routier de la politique marseillaise issu des rangs de la droite dure.

Mais le scénario imaginé s'est grippé avec l'apparition d'un nouveau candidat chez LR : le maire des 9e et 10e arrondissements de Marseille Lionel Royer-Perreaut, 47 ans, facilement réélu dans son secteur dimanche soir. Ancien proche de M. Teissier devenu rival acharné, il a expliqué sur Facebook avoir eu vent d'"ententes en cours avec le Front national", ce qu'il ne pouvait accepter. 

Depuis, de Martine Vassal à Guy Teissier, en passant par le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur Renaud Muselier ou le président du parti Christian Jacob, tous les dirigeants de LR ont démenti une telle idée, Mme Vassal allant même jusqu'à promettre qu'elle demanderait à un candidat LR élu avec des voix RN de démissionner.

Vendredi, Lionel Royer-Perreaut a quant à lui annulé la conférence de presse qu'il devait tenir. Avec un simple SMS transmis à l'AFP comme explication: "Je n'ai rien de plus à dire que ce que je dis depuis hier (jeudi) soir".

"Je ne serai l'otage d'aucun chantage"

"L'avenir de Marseille ne doit pas se jouer autour d'une revendication individuelle. Je ne serai l'otage d'aucun chantage, je réfute ces pratiques bien éloignées des enjeux et j'invite Samia Ghali à faire de même", a répondu Mme Rubirola dans un communiqué. "J'ai rencontré Samia Ghali et je lui ai redit mon ambition de faire des quartiers Nord une priorité", poursuit Mme Rubirola en faisant référence aux quartiers populaires où Mme Ghali a été élue.

Tout en refusant tout "chantage", Mme Rubirola a malgré tout tenté de faire basculer Samia Ghali dans le camp du Printemps marseillais. "A quelques heures de l'élection de la maire, je lui renouvelle mon appel au rassemblement et ma volonté totale (...) de les voir, elle et ses colistiers, prendre part à l'exécutif", ajoute Mme Rubirola.

"Par leur vote, les Marseillais ont dit leurs espoirs de changement, ils ont élu une équipe, validé notre projet et nous ont donné mandat pour le mettre en place au cours des six prochaines années", ajoute-t-elle encore, fustigeant aussi "les manoeuvres de bas-étages de la droite battue, ne reculant devant rien pour conserver son pouvoir et déposséder les Marseillais de leur victoire". 
 

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