Migrants : la France prend-elle vraiment «sa part» ?

Migrants : la France prend-elle vraiment «sa part» ?
La France a reçu plus de 100 000 demandes d'asile en 2017. (Illustration).
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leparisien.fr, publié le mercredi 13 juin 2018 à 16h16

Selon le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, la France a « pris sa part » dans l'accueil des migrants. Que disent les chiffres ?

L'explication était très attendue. Après un silence remarqué, le gouvernement a fini par justifier son refus d'accueillir les migrants de l'Aquarius, bloqués en mer Méditerranée après avoir été refusés des ports italiens et maltais. En cause, le droit maritime... et « la part » que prend déjà la France « dans la gestion du phénomène migratoire », selon le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Pourtant, par rapport à ses voisins européens, la France n'a pas de quoi se vanter.

« Je rappelle que l'année dernière, la France a délivré un titre d'asile à plus de 32 000 personnes », a martelé le porte-parole du gouvernement à l'issue du conseil des ministres mardi. Effectivement, même si la France reste loin derrière l'Allemagne (261000 demandes acceptées en première instance en 2017), ce chiffre place l'Hexagone au second rang des pays les plus protecteurs de l'Union Européenne.

Mais lorsque l'on regarde le nombre de demandes rejetées, le bilan est moins glorieux. Selon Eurostat, en 2017, la France a reçu plus de 110 000 demandes de régularisation, et en a refusé 78 000. Un taux qui la place au-dessus de la moyenne européenne.

605 demandeurs d'asile pour chaque tranche d'1 million d'habitants

Les reconnaissances des demandeurs d'asile (part des décisions positives dans le nombre total de décision, NDLR) sont inférieures (en première instance) aux moyennes européennes : 29 % en France contre 46 % en Europe. Pour les décisions en appel, la France a accordé 24 % de réponse positive, contre 36 % en moyenne en Europe.

Des chiffres à manier avec précaution, comme le rappelait Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra (l'Office français de protection des réfugiés et apatrides), au site Checknews de Libération. « Cela n'a pas de sens de comparer les taux moyens, car ces derniers varient en fonction de la nationalité des demandeurs d'asile dans chaque pays », expliquait-il.

En 2017, beaucoup de demandes ont émané de ressortissants de pays considérés comme « sûrs ». Les Albanais, première nationalité à demander l'asile en France, n'ont ainsi obtenu que 5 % de reconnaissance, contre 94 % pour les Syriens.

Enfin, proportionnellement à sa population, là encore, la France ne brille pas. Elle accorde un statut protecteur à 605 demandeurs d'asile pour chaque tranche d'un million d'habitants, soit 0,061 % de sa population. Un taux qui la propulse à la dixième place du classement européen. C'est la Suède (0,31 %), l'Allemagne (0,39 %) et l'Autriche (0,38 %) qui sont les plus généreux de ce point de vue.

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