Migrants : entre Paris et Rome, le bras de fer se poursuit

Migrants : entre Paris et Rome, le bras de fer se poursuit
Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, et Emmanuel Macron lors du sommet européen informel sur les migrants, dimanche 24 juin.
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leparisien.fr, publié le dimanche 24 juin 2018 à 22h07

Malgré une entente de façade lors du sommet européen à Bruxelles ce dimanche, les deux dirigeants restent en divergence sur la question migratoire.

La scène se déroule dans le Falcon de la République qui emmène le chef de l'Etat à Bruxelles. Assis dans le carré présidentiel, Emmanuel Macron et ses plus proches conseillers affûtent le plan de bataille qu'ils vont bientôt dérouler lors du mini-sommet informel organisé dans la capitale européenne. Il y a là Philippe Etienne, le patron de la cellule diplomatique, l'amiral Bernard Rogel, son chef d'état-major particulier, Clément Beaune, son conseiller Europe, ainsi qu'Alice Rufo, la conseillère en charge des réfugiés. « Le président était... battant », confie, en choisissant ses mots, un témoin de la scène.

Et déterminé à lézarder le front nationaliste qui s'est opportunément constitué autour de la question migratoire. A la faveur de l'effet de loupe médiatique porté, il y a deux semaines, sur l'Aquarius, et aujourd'hui sur la situation de cet autre navire humanitaire, le Lifeline, le débat politique est relancé sur la manière dont l'Europe doit gérer les migrants, dont le nombre est pourtant en baisse, qui tentent de rallier le Vieux Continent.

Au moment d'aborder cette échéance, les équations que le chef de l'Etat veut résoudre sont nombreuses. Comment fracturer le front des pays de l'Est, très hostiles aux migrants ? Comment agréger le camp des europhiles autour de la France ? Avec, en tête, la volonté d'établir un dialogue avec Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, et l'espoir que celui-ci finisse par se délester de l'ultra-droitier et très éruptif Matteo Salvini, son ministre de l'Intérieur, issu des rangs de la Ligue.

Salvini «cherche à se donner une stature»

Car derrière les positions affichées par les partisans de l'Europe d'un côté et ses détracteurs de l'autre, une véritable guerre des tranchées politique s'est déroulée à Bruxelles. « Un peu comme sur un ring », relève avec gourmandise un membre de l'équipée tricolore, pour qui les salves belliqueuses lancées par l'Italien Salvini à Emmanuel Macron n'ont d'autres buts que de se faire un nom sur la scène internationale. « Il cherche à se donner une stature. Le président ne va pas répondre à ses provocations », assure l'un de ses proches.

A Bruxelles, ce dimanche, le bras de fer franco-italien s'est toutefois poursuivi, sans insultes ni éclat de voix. Mais, détail révélateur, en coulisses, la France et l'Italie se sont montrées particulièrement enclines à exposer leurs visions aux journalistes accrédités pour l'occasion. « Nous pouvons nous faire plaisir autour de cette table avec des solutions nationales et de fermeture, mais elles seront à la fois inefficaces et contraires à nos valeurs », a plaidé Macron devant ses homologues.

Là où Paris milite pour la création de centres fermés en Italie et en Espagne, Rome - outré par la proposition de Macron - préconise plutôt des « centres de protection internationaux » dans les pays de transit, comme le Niger. L'Italie considère, par ailleurs, que la responsabilité conjointe des Etats membres en matière de sauvetage en mer ne saurait incomber aux seuls pays de première entrée... alors que la France reste fermement arrimée au principe qui veut que les bateaux accostent dans le port le plus sûr et le plus proche.

Une réunion «utile »

Seul point de convergence à ce stade, l'Italie appelle à des « sanctions financières » contre les pays n'accueillant pas de réfugiés, comme l'a également souhaité samedi le président français. Une proposition qui vise les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie).

Miracle du langage diplomatique, l'Italien s'est déclaré « très satisfait » à l'issue de cette réunion informelle. Emmanuel Macron l'a, quant à lui, trouvé « utile ». A n'en pas douter, le conseil européen de jeudi et vendredi sera très disputé.

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