Menaces de licenciement chez Ryanair : "Le chantage n'est jamais une voie", estime Bruno Le Maire

Menaces de licenciement chez Ryanair : "Le chantage n'est jamais une voie", estime Bruno Le Maire
Des avions de Ryanair à Dublin, en Irlande, le 23 mars 2020.

, publié le mardi 02 juin 2020 à 10h59

Selon les syndicats, la compagnie irlandaise menace de licencier à moins que les salariés acceptent des baisses de salaires.

Il va falloir être "créatif et imaginatifs" pour éviter des licenciements massifs en France, a estimé mardi 2 juin Bruno Le Maire, selon qui, "le chantage n'est jamais une voie". Il commentait la situation chez Ryanair, à l'heure où le syndicat majoritaire en France dénonce "un chantage au licenciement" exercé par la compagnie irlandaise.

Interrogé sur RTL sur ce conflit, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a estimé mardi que le chantage n'était "jamais une voie".

"En revanche, qu'il y ait des accords d'entreprise de longue durée qui permettent de préserver l'emploi, en inventant des dispositifs imaginatifs (..) ça oui, c'est même souhaitable", a-t-il ajouté.


"Si nous voulons éviter justement ces centaines de milliers de licenciements, il faut que nous soyons créatifs et imaginatifs", a indiqué le ministre. "Il y a le chômage partiel tel que nous l'avons mis en place, qui est un instrument solide, il y a aussi des dispositifs d'activité partielle qui peuvent être modifiés, améliorés de façon à préserver l'emploi", a-t-il détaillé. "Dans ces temps extraordinairement durs pour tout le monde, la préservation de l'emploi, elle passe aussi par des solutions imaginatives mais certainement pas par le chantage", a conclu Bruno Le Maire.

Le SNPNC-FO, syndicat majoritaire chez Ryanair en France, a dénoncé lundi "un chantage au licenciement" exercé par la compagnie irlandaise à bas coûts sur son personnel dans l'Hexagone pour obtenir des baisses des salaires, en utilisant le "prétexte" du coronavirus. Dans un mail envoyé le 15 mai aux élus du personnel navigant commercial (PNC, hôtesses et stewards), la direction menace de "licencier 27 personnes" si le SNPNC-FO "ne s'engage pas rapidement à accepter des baisses de salaires".

D'après ce mail, la direction de Malta Air (groupe Ryanair), qui opère pour la compagnie irlandaise en France, veut diminuer de 10% la rémunération de ses quelque 180 PNC, pendant cinq ans, jusqu'au 30 juin 2025. Pour les hôtesses et stewards payés au Smic, la compagnie entend réduire leur temps de travail à 80%.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est dite de son côté "choquée" et a appelé Ryanair à "revoir sa copie", en réunissant "d'urgence" son comité social et économique (CSE), pour "discuter vraiment, mais pas comme un chantage".

Depuis 2017, un dispositif d'"accord de performance" permet à une entreprise d'ouvrir des discussions sur le temps de travail ou les rémunérations, en contrepartie d'un engagement à ne pas licencier, ou à augmenter à nouveau les salaires quand la situation économique s'améliore, a-t-elle souligné sur BFM Business. Ce type d'accord a été instauré "dans un esprit qui n'est pas du tout celui qu'utilise Ryanair", selon elle. La compagnie low cost le fait "sous forme de chantage" alors qu'elle "a été assez spécialiste d'une politique sociale bas de gamme", a-t-elle jugé.

Comme d'autres entreprises, Ryanair a bénéficié d'aides de l'État sous forme de prise en charge du chômage partiel, a encore observé Muriel Pénicaud: "On les a aidés, ils ne jouent pas le jeu".

Interrogé sur ces informations, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a estimé que Ryanair ne respectait "ni la fiscalité, ni ses salariés, ni les travailleurs, ni personne". 

"Arrêtons de prendre Ryanair pour se déplacer (...). Ce type d'entreprise prospère sur la logique low cost", a commenté sur France Info Laurent Berger, pour qui la compagnie irlandaise "pressure ses salariés depuis des années".

Son homologue de FO, Yves Veyrier, a dénoncé sur LCI les "comportements de prédateur" de Ryanair, qui mène selon lui un "chantage à l'emploi" en utilisant la crise du Covid-19 comme un "effet d'aubaine".

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