Mélenchon prend le risque politique d'assumer ses colères

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 Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, prononce un discours lors de la Convention Nationale du mouvement, à Cournon-d'Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, le 25 novembre 2017

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, prononce un discours lors de la Convention Nationale du mouvement, à Cournon-d'Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, le 25 novembre 2017

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© AFP, Thierry Zoccolan
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AFP, publié le mercredi 06 décembre 2017 à 14h44

La virulente sortie de Jean-Luc Mélenchon contre France 2 et sa volonté d'instaurer un "tribunal" des médias illustre sa conviction que des colères ciblées servent sa cause politique, au risque de compromettre ses chances d'élargir son électorat.

La "hargne caractérielle" de Nathalie Saint-Cricq, les "liens familiaux et communautaires politiques" d'une Léa Salamé qui "glapit en pleine hystérie", "l'équipe d'arsouilles de France 2": dans sa longue note de blog lundi, le patron des députés de La France insoumise n'épargne aucun des intervenants de "l'Emission politique" à laquelle il a participé le 30 novembre.

Entre deux mots qui claquent pour éreinter ce qu'il appelle "une manœuvre politicienne sous déguisement journalistique", il plaide pour la création d'un "tribunal professionnel" distribuant des "sanctions symboliques" aux journalistes "menteurs". 

Avalanche de critiques sur les réseaux sociaux - y compris auprès de personnes se réclamant Insoumis - mais avalanche aussi de soutiens: la stratégie du "rendre coup pour coup" a, selon ses proches, servi la cause.

Le lendemain, dans la pétition lancée pour défendre cette idée, le terme "tribunal" est néanmoins transformé en un "conseil de déontologie", moins brutal. "Le mot +tribunal+, (Mélenchon) l'a dit lui même, n'était pas le plus approprié", a reconnu le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel mardi à l'Assemblée, approuvant par ailleurs la proposition sur le fond. 

De même, l'expression caractérisant Léa Salamé - "ses liens politiques, familiaux et communautaires" - a été édulcorée quelques heures après la première publication. "Jean-Luc Mélenchon a été alerté par un proche que ça pouvait être mal interprété", explique Antoine Léaument, directeur de la communication numérique de LFI. 

Dans le mouvement, on serre les rangs. Il voulait parler de "corporatisme" et, dans son esprit le mot "communautaire" doit être pris au sens littéral. Il a pris ces dernières années un sens de revendication d'appartenance religieuse qui oblige à la prudence ? "Pas pour lui", assure-t-on. 

"La réponse est à la hauteur de la violence de l'attaque, ça peut être perçu comme de l'agressivité, oui, mais ça ne passe pas inaperçu", juge un très proche du député des Bouches-du-Rhône.

- 'courageux' mais 'agressif' -

"C'est une stratégie assumée de confrontation avec le système médiatique, il y a un certain nombre d'obstacles sur notre chemin, le système médiatique est un obstacle, il faut le faire mettre pied à terre et tout ce qui peut permettre d'y arriver est bienvenu", argumente Manuel Bompard, coordinateur des campagne de LFI.

Mais le choix de formulations outrancières, persifleuses ou franchement méprisantes est-il pertinent ? "Si on pensait que ce n'était pas efficace, on ferait autrement", justifie Antoine Léaument, rappelant que M. Mélenchon use du même vocabulaire à l'égard de ses adversaires politiques.

Reste que plusieurs études récentes ont montré que l'image de l'ancien candidat à la présidentielle (19,6%) s'écornait à mesure qu'il revenait aux préceptes du "bruit et de la fureur".

La fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste, relève ainsi que "la figure du "sage protecteur et désintéressé" qu'il avait su imposer pendant la présidentielle s'est muée en une personnalité certes "courageuse" et "faisant rêver" pour ses soutiens, mais aussi "agressive", "sectaire" voire "arrogante" pour ses détracteurs. Cette étude qualitative, réalisée avec l'Ifop, montre un échantillon de Français en majorité critiques à l'égard de Jean-Luc Mélenchon. 

Le dernier baromètre BVA présente de son côté un Benoît Hamon devançant son concurrent à la présidentielle avec une cote d'influence de 60% (+7 points), contre 56% (-6 points) au leader de La France insoumise. 

Pour autant, les accès de colère dont M. Mélenchon a fait une marque de fabrique et qu'il revendique comme une "vertu" auprès des milieux populaires, consolident sa base selon ses proches.

Car il "dit aussi la manière dont il ressent les choses alors que dans le monde politique, on a l'habitude de voir des personnalités ampoulées, qui cachent leur jeu", analyse Antoine Léaument.

La pétition lancée mardi a recueilli quelque 25.000 signatures en moins de 24 heures. 

 
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