Martine Wonner, l'icône des covido-sceptiques à l'Assemblée

Martine Wonner, l'icône des covido-sceptiques à l'Assemblée
Martine Wonner, à l'Assemblée nationale, en 2020

, publié le vendredi 19 février 2021 à 12h28

La députée suscite une gêne grandissante dans l'hémicycle. Olivier Véran a déjà dénoncé ses prises de position "potentiellement délétères".

Entre sa présence dans le film complotiste Hold-Up et ses prises de positions très controversées sur le Covid-19, la députée ex-LREM Martine Wonner sème le trouble à l'Assemblée, tout en gagnant gagne en popularité sur les réseaux sociaux et dans la galaxie des "covido-sceptiques".

Psychiatre de profession, la parlementaire alsacienne a récemment relayé jusque dans l'hémicycle un protocole anti-Covid contesté par l'Ordre des médecins faute de preuves scientifiques et jugé "dangereux" par le collectif médical "No Fake Med".

Exaspéré, le ministre de la Santé Olivier Véran s'est emporté contre une élue qui "utilise le micro de l'Assemblée nationale" pour des prescriptions "potentiellement délétères" et laisse entendre que les Français pourraient "faire leur popote dans leur cuisine". C'est peu dire que la députée agace dans la majorité. "Elle a viré presque complotiste, personne ne la regrette", glisse une source parlementaire LREM. "Elle est trop contente qu'on lui fasse de la publicité, même négative".

Vincent Thiébaut, son voisin de circonscription dans le Bas-Rhin, est l'un des rares "marcheurs" à assumer encore "de bons rapports personnels avec elle". Mais il dénonce ses positions et son "enfermement algorithmique sur les réseaux sociaux": "c'est un gâchis", "car elle avait fait un excellent travail sur la psychiatrie" dans un rapport parlementaire de septembre 2019.

Issue de la "société civile", Martine Wonner, 56 ans, avait pourtant de quoi incarner le "nouveau monde" promis par la vague macroniste, grâce à son riche parcours: psychiatre à l'hôpital public, puis cadre dirigeante d'un groupe de cliniques privées et au Samu social à Paris.
De sa voix haut perchée, elle a d'abord animé l'aile gauche de la majorité, à coup de critiques et abstentions sur la loi asile et immigration ou le texte "anti-casseurs".

Wonner se défend de tout "complotisme"

La crise sanitaire scelle la rupture avec le groupe LREM, qui l'exclut en mai 2020 pour son vote contre la stratégie de déconfinement du gouvernement, à la fin de la première vague de l'épidémie. Avec un collectif médical baptisé "Laissons les médecins prescrire", Martine Wonner a entre-temps pris fait et cause pour l'utilisation controversée de l'hydroxychloroquine promue par le professeur Didier Raoult, et pourfend la stratégie gouvernementale comme les "médias mainstream". Elle intègre ensuite l'éphémère groupe d'ex-LREM "Ecologie démocratie solidarité" où elle entre en conflit avec le co-président Matthieu Orphelin.

A l'époque, il lui demande de retirer des tweets "problématiques", "relayant un site d'extrême droite" ou "laissant entendre que les articles du (journal Le) Monde sont orientés pour faire vendre des vaccins à Bill Gates", y voyant "du complotisme". Matthieu Orphelin a exercé des "pressions dans l'intérêt de son propre agenda", répond Martine Wonner.

Le complotisme, "c'est le contraire des valeurs que je défends", et une stratégie de "communication d'un exécutif en déroute", qui "peine à apporter des solutions concrètes à une population apeurée et asphyxiée depuis des mois", lance-t-elle.
En octobre, elle fait scandale dans l'hémicycle, où la parole est libre, en estimant que le port du masque "ne sert strictement à rien". "J'ai été caricaturée", nuance-t-elle aujourd'hui: "Je reconnais l'utilité du masque dans les espaces clos", mais pas "en milieu ouvert et aéré" et "suis inquiète concernant le port du masque imposé aux enfants". Trois semaines plus tard, le président de l'Assemblée Richard Ferrand rappelle aux députés l'obligation du port du masque couvrant la "bouche et le nez", après des critiques sur la demi-visière transparente de Martine Wonner.

En novembre, elle apparaît dans le film Hold-Up, truffé d'au moins une trentaine de fausses affirmations, selon les vérifications de l'équipe AFP Factuel et présenté comme un "bric-à-brac d'inepties" par quatre académies scientifiques.  "J'y assume mes déclarations", "les positions des autres intervenants ne regardent qu'eux", rétorque la députée.

Auparavant, elle s'était investie quelques mois dans l'association Bon Sens, aux côtés de personnalités comme le Youtubeur pro-Trump Silvano Trotta, qui affirme qu'un mélange d'antibiotiques guérit du Covid, après avoir relayé des théories du complot sur la "vérité cachée de la lune".
Au Palais Bourbon, Martine Wonner assure n'être "absolument pas isolée". En séance le 9 février, elle est applaudie par Jean Lassalle, iconoclaste député béarnais et membre du même groupe parlementaire composite "Libertés et Territoires", qu'elle a intégré en septembre.
"Même si on n'est pas d'accord sur tout", il y a "une indépendance de chacun dans notre groupe et le droit de s'exprimer", justifie son groupe.
Au Sénat, elle est proche d'Alain Houpert (LR), membre de son collectif "Laissons les médecins prescrire". Et sur Twitter, elle comptait 42.500 abonnés mi-février, plus que certaines personnalités politiques installées.

Médiatiquement, elle intervient régulièrement chez le polémiste de Sud Radio André Bercoff ou sur le site FranceSoir, devenu réceptacle des tribunes les plus controversées sur la crise sanitaire.
Autre relais, son avocat Carlo Alberto Brusa a créé l'association "Réaction19" et appelle sur les réseaux à "ne pas porter le masque, ne pas se faire dépister, à sortir quand je veux, embrasser ses proches".
 

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