Manuel Valls reconnaît quatre "erreurs" dans le quinquennat

Manuel Valls reconnaît quatre "erreurs" dans le quinquennat
Le Premier ministre Manuel Valls le 13 avril 2016 à Vaulx-en-Velin.

, publié le vendredi 29 avril 2016 à 08h31

Dans un entretien fleuve à Society, le Premier ministre fait le point sur le quinquennat de François Hollande, son bilan et en profite également pour recadrer une nouvelle fois Emmanuel Macron.

"Si j'ai été nommé Premier ministre, ce n'est pas uniquement parce que j'ai de l'énergie ou que je devais 'faire du Valls' pour reprendre les mots de François Hollande, mais parce que j'étais en phase avec ce qui venait d'être engagé" début 2014 affirme Manuel Valls dans une longue interview au magazine Society diffusée ce vendredi 29 avril. Malgré ses 5% à la primaire de 2011, il revendique sa légitimité à son poste de chef du gouvernement : "On peut être minoritaire à un moment et se trouver plus tard en position de rassembler", justifie-t-il, assurant rassembler à gauche.



Alors que François Hollande a tenu à rassurer en affirmant le 14 avril dernier sur France 2 que la France allait mieux, Manuel Valls revient sur ce qui n'a pas marché durant le quinquennat d'un président plus impopulaire que jamais.

"Il faut être capable d'analyser sa propre action et reconnaître ses erreurs" explique-t-il. Il en liste quatre, dont "le moment et la façon de présenter la loi Travail", et concède y avoir une part de responsabilité. "Il y a eu une première difficulté qui est que, pendant ses dix ans d'opposition, la gauche s'est mal préparée à l'exercice du pouvoir. L'opposition étant parfois trop systématique, l'anti-sarkozysme étant, à tort, le seul objet des discours. Du coup, la gauche n'a pas tranché toute une série de questions (...)" estime-t-il. La deuxième erreur est "de ne pas avoir assez tenu compte du rapport de la Cour des comptes sur la dégradation des finances publiques".

Concernant le troisième raté, le Premier ministre, qui était ministre de l'Intérieur au début du quinquennat, se désolidarise, jugeant que son camp a "sous-estimé à quel point la société française était fracturée". "Nous avons cru - pas moi - que la société était moins dure alors qu'elle était davantage sous tension". Enfin, "la quatrième erreur, c'est que nous n'assumons pas ce que nous faisons (...) dans le domaine économique ni dans celui de la sécurité".

- "Ceux qui expliquent que l'extrême-droite ne peut pas gagner se trompent" -

À propos de la campagne pour la présidentielle à venir, Manuel Valls reconnaît qu'"il va falloir être capable d'expliquer que oui, sur certains sujets, nous avons changé, que ça ne correspond pas forcément à tel ou tel engagement". Il ajoute que François Hollande a gagné la présidentielle de 2012 "un, parce qu'il apparaissait comme celui qui pouvait battre Sarkozy", "deux, parce qu'il apparaissait crédible, notamment sur les questions économiques et budgétaires (...)". 

Dans une allusion au mouvement d'Emmanuel Macron, le Premier ministre estime que "le 'ni droite ni gauche' est dangereux". Selon lui, il faut "apprendre à gouverner autrement", alors que le Front national s'invitera probablement au 2ème tour de la présidentielle. "C'est plus difficile d'être à gauche que d'être à droite, c'est plus difficile de gouverner quand on est à gauche parce qu'il y a en permanence une interpellation morale", analyse-t-il, pour qui "une partie de la gauche" reste "mal à l'aise" avec l'exercice du pouvoir. Qu'il soit de droite ou de gauche, la manière dont le vainqueur "va devoir gouverner le pays sera forcément différente", dit-il, "il ne pourra pas faire comme s'il n'y avait pas eu cette élection"."Ceux qui expliquent que l'extrême-droite ne peut pas gagner se trompent. En quoi, elle ne pourrait pas gagner? Si c'est un candidat de gauche qui se qualifie contre elle au second tour, une partie de l'électorat de droite peut ne pas 'suivre'." Pour conjurer cette hypothèse, le chef du gouvernement appelle "la gauche à se préparer à rassembler ce camp républicain sans perdre ce qu'elle est".

Défendant le fait que la gauche se pose la "question identitaire", qui sera selon lui au cœur du débat de la présidentielle de 2017, il regrette que "la gauche, trop souvent, n'a apporté de réponses qu'économiques et sociales". "Bien sûr il faut lutter contre la pauvreté, mais tous les débats, exacerbés parfois, qui traversent la société française, sur l'école, sur la place de l'islam, sur le voile, sur la jeunesse, interrogent profondément ce que nous sommes", détaille-t-il. 

- Macron à nouveau rappelé à l'ordre -

Depuis un certain temps, Emmanuel Macron, qui a lancé "En Marche" début avril, agace l'exécutif et se fait régulièrement recadrer. "Il est dans l'équipe et sous mon autorité (...) J'en suis sûr parce que c'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté personnelle et politique" insistait le président le 14 avril dans "Dialogues citoyens". Quelques jours plus tard, le turbulent ministre, qui s'impose de plus en plus dans les sondages, assurait dan la presse ne pas être "l'obligé" du président, tout en déplorant une phrase sortie de son contexte.

Dans cet entretien, Manuel Valls assure de son côté ne pas vouloir faire un "procès" au locataire de Bercy, mais estime qu'"il ne peut pas y avoir dans l'équipe gouvernementale ceux qui sont à la tâche tous les jours, qui sont mobilisés pour la réussite du quinquennat, et ceux qui ont un autre agenda", rappelant une nouvelle fois qu'il faut "jouer collectif". "Quand ça se voit, ça créé forcément des tensions", constate-t-il. Interrogé sur ces "tensions" par des journalistes dans l'avion qui le conduisait à Nouméa jeudi,le Premier ministre a en outre ironisé : "Je ne crois pas que ce soit avec moi maintenant" qu'il y a des tensions. Il a selon Le Monde renvoyé à François Hollande la charge de "traiter" le problème.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.