Manifestations : le grand cafouillage entre Hollande, Cazeneuve et Valls

Manifestations : le grand cafouillage entre Hollande, Cazeneuve et Valls
Bernard Cazeneuve, François Hollande, et Manuel Valls, le 17 juin, à Versailles

Orange avec AFP, publié le mercredi 22 juin 2016 à 17h45

- En moins de quatre heures, le gouvernement a fait une volte-face remarquée ce mercredi en autorisant finalement, juste après l'avoir interdite, une manifestation organisée par les syndicats opposés à la loi Travail, jeudi 23 juin, à Paris. Le cortège défilera "sur un parcours proposé par le ministre de l'Intérieur", une boucle de 1,6 km près de la place de la Bastille.

Ce revirement, considéré comme une "victoire" par le CGT, est vu par beaucoup comme une cacophonie gouvernementale et un revers pour la ligne dure défendue par le Premier ministre. -

Manuel Valls l'assure : "Tout a été fait" "ensemble" par l'exécutif, pour finalement autoriser la manifestation anti-loi Travail. Selon Le Point, l'harmonie n'était pourtant pas reine entre Place Beauvau, Matignon et l'Élysée. François Hollande n'y serait ainsi pour rien dans la décision d'interdire la manifestation, qui aurait d'abord été prise par Bernard Cazeneuve en concertation avec la préfecture de police de Paris. "Le ministre de l'Intérieur avait informé le Premier ministre et le président de la République", indique t-on dans l'entourage du chef de l'État, qui précise que "cette décision d'interdire, c'était d'abord du droit". Une semaine plus tôt, François Hollande avait pourtant été le premier au sein de l'exécutif à brandir la menace d'une telle interdiction, en réaction aux dommages subis par l'hôpital Necker après le passage de casseurs. Il avait alors rappelé la nécessité de "protéger les personnes et les biens", en adéquation avec la ligne dure prônée par Manuel Valls.

LA GAUCHE TOUCHE À L'UN DE SES TOTEMS SACRÉS

Face à cette hypothèse, plusieurs députés de la majorité avaient prévenu mardi 21 juin qu'il serait à leur yeux "inimaginable" qu'un gouvernement de gauche interdise une manifestation, à l'image de l'élu du Cher Yann Galut. Interdire la manifestation sur la loi travail est une blessure démocratique et une provocation politique inutile", avait jugé l'ancien ministre Benoît Hamon. "Faute historique", fustigeait Christian Paul.

"On aurait pu éviter cette montée de tension", a lâché le patron des députés PS, Bruno le Roux, soulignant que "la proposition par l'État de cet itinéraire avait été faite avant". Le "frondeur" Pascal Cherki (aile gauche du PS) avait lui jugé que "si les syndicats veulent faire une manifestation, il faut qu'elle ait lieu". Ils "ont l'impression qu'on bride leur liberté de manifester", avait-il lancé.

LA DROITE S'EN DÉLECTE

Le droit de manifester est en effet une des libertés fondamentales les moins affectées sous la Ve Répubique, à laquelle aucun gouvernement n'avait touché depuis la guerre d'Algérie. Si la jurisprudence du Conseil d'État permet légalement aux autorités de restreindre ce droit, aucun président ne s'y était risqué, depuis Charles de Gaulle lors de la tragique manifestation de 8 février 1962 au métro Charonne. François Hollande a ainsi adopté une position "plus nuancée : fermeté avec menace pour faire plier mais pas interdiction sèche", explique un de ses proches. Après l'option d'un rassemblement statique écartée par les syndicats, la solution d'un défilé a été retenue, sur un parcours réduit autour du bassin de l'Arsenal.

À droite, l'occasion est trop belle. "Depuis plusieurs jours, j'avais demandé au gouvernement de prendre ses responsabilités, les manifestations donnant lieu à des scènes de violences et des troubles à l'ordre public", a ainsi lancé Alain Juppé. "Mais ce gouvernement a tergiversé et décidé dans le pire moment: à la veille de la manifestation. C'est la démonstration de l'incurie du gouvernement, de son incapacité à décider, à maîtriser une situation", a-t-il ajouté. La présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse a elle "déploré" une "cacophonie", rappelant cependant qu'elle avait travaillé "ensemble main dans la main" avec Bernard Cazeneuve, notamment sur la question des fans zones de l'Euro 2016. "Plus personne n'y comprend rien. Il n y a plus d'autorité dans le pays" a lancé Nicolas Sarkozy.

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