Manifestation de policiers : "N'ayez aucun doute sur le soutien que je vous porte", affirme Gérald Darmanin sur place

Manifestation de policiers : "N'ayez aucun doute sur le soutien que je vous porte", affirme Gérald Darmanin sur place
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée, le 18 mai 2021.

publié le mercredi 19 mai 2021 à 13h35

Le ministre de l'Intérieur a participé au rassemblement organisé par les syndicats des forces de l'ordre devant l'Assemblée nationale. Ils espèrent une mobilisation exceptionnelle de 30.000 personnes et "sans récupération politique".

Deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson, tué à Avignon lors d'une intervention anti-drogue, des milliers de policiers se sont rassemblés, malgré une pluie battante, devant l'Assemblée nationale, ce mercredi 19 mai.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a rejoint le rassemblement un peu avant 13 heures pour témoigner de son soutien aux forces de l'ordre. Une première de mémoire de policiers pour un ministre de l'Intérieur.



Sur place, Gérald Darmanin a discuté avec plusieurs fonctionnaires. "Monsieur le ministre, faut nous aider, ça devient de pire en pire. Le métier de policier aujourd'hui est très difficile. Tous les soirs, on espère rentrer chez nous. Ca ne peut plus durer, on doit être protégé. Les choses se dégradent (...) ce n'est plus possible", a expliqué un policier, visiblement ému. "Tous les matins je pense à vous (...). Il n'y a aucun doute sur le soutien que je vous porte", lui a assuré le ministre, qui a indiqué un peu plus tard être "venu comme tous les Français soutenir les policiers, c'est tout". "Il n'y a rien de plus normal que soutenir les policiers dans une république", a-t-il ajouté.

Un peu plus tôt dans la matinée, Gérald Darmanin avait expliqué sur France Inter qu'il serait présent au rassemblement des forces de l'ordre pour "les saluer (...) leur dire que nous les aimons". "J'ai eu l'occasion de voir que ce sont des gens courageux qui protègent les plus faibles d'entre nous et qui sont particulièrement les victimes d'une société qui est de plus en plus violente", avait-il déclaré, soulignant que sa "présence n'est pas baroque, elle est normale". Les forces de l'ordre "sont marquées par le deuil, l'émotion, la colère", après "deux assassinats, d'une personnelle administrative à Rambouillet par un terroriste islamiste et d'un brigadier par un trafiquant de drogue", avait-il ajouté. "Peut-être qu'ils peuvent demander plus de moyens, ils peuvent effectivement demander, parfois, une autre politique", avait poursuivi le ministre assurant toutefois que sa présence ne signifiait pas "une soumission à un pouvoir quelconque".

Les syndicats des forces de l'ordre, réunis - fait assez rare- en intersyndicale, espèrent une mobilisation exceptionnelle de 30.000 personnes et "sans récupération politique". "Chacun est libre d'y participer", mais "aucun responsable politique ne pourra accéder à la tribune ni s'y exprimer", ont-ils fait savoir dans un communiqué commun alors que de nombreux politiques de tous bords sont attendus au rassemblement et que la sécurité s'impose comme l'un des principaux thèmes de campagne des régionales dans un mois, et de la présidentielle dans un an. 

De nombreux politiques présents

Outre le ministre de l'Intérieur, dont la participation a vivement été critiquée par l'opposition, de nombreux politiques étaient présents au rassemblement. Seule exception, La France insoumise, qui voit dans les demandes des syndicats policiers un "cahier de revendications corporatives". 

Les parlementaires LR sont venus en force, avec le patron des sénateurs Bruno Retailleau, un pin's "Je soutiens la police" épinglé à son écharpe tricolore, celui des députés Damien Abad, la vice-présidente de l'Assemblée Annie Genevard ou encore le député Eric Ciotti. "On paie des années dans lesquelles on a parlé violences policières alors que ce sont les policiers qui sont attaqués. On a besoin de retrouver de la fermeté", a estimé le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, devant la presse en début de rassemblement. Pour l'ex-LR Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France et candidat à la présidentielle, également présent, "les forces de l'ordre, on ne s'y attaque pas, on ne les prend pas pour cible (...) Si eux ne sont pas protégés, qui protégera la République ?", a-t-il interrogé.


Au Rassemblement national, le numéro deux Jordan Bardella est venu témoigner, "comme citoyen", et sans faire de "récupération politique" a-t-il assuré, de "la reconnaissance de la nation toute entière" et lancer "surtout un message d'alerte et d'urgence aux ministres de l'Intérieur et de la Justice" à propos de forces de l'ordre "usées, fatiguées, épuisées". Réclamant "un tour de vis en matière pénale", il a appelé à "sortir de l'écosystème laxiste dans lequel la France est plongée depuis des années" et qui "menace clairement la paix civile" selon lui. 

A gauche, le premier secrétaire du PS Olivier Faure, présent comme la maire de Paris et potentielle candidate socialiste à la présidentielle Anne Hidalgo, a souligné : "Nous sommes là pour exprimer notre solidarité avec une profession et nous voulons engager le dialogue. Ne pas opposer la police à la justice", et "réconcilier les Français avec la police", a-t-il insisté. Il a aussi dit l'opposition de son parti aux peines planchers, réclamées par la droite et l'extrême droite, car selon lui "ça ne fonctionne pas".  "Nous avons besoin de vivre de façon beaucoup plus pacifique les uns les autres et la police est là pour jouer de rôle", a estimé de son côté Anne Hidalgo, avant de poursuivre : "Il faut de la valorisation, de la reconnaissance, du soutien lorsqu'ils sont attaqués. Et il faut évidemment que le dialogue entre la police et la population soit un dialogue serein."


Le chef du Parti communiste Fabien Roussel et l'écologiste Yannick Jadot se sont également joints au rassemblement.

Des mesures supplémentaires demandées

Les syndicats ont décidé d'organiser ce rassemblement deux semaines jour pour jour après le meurtre d'Eric Masson, tué sur un point de deal à Avignon. Un drame qui a ébranlé la police, déjà marquée par l'assassinat le 23 avril de Stéphanie Monfermé, agente administrative au commissariat de Rambouillet (Yvelines), par un Tunisien qui se serait radicalisé. Selon les responsables syndicaux, beaucoup de policiers "en colère" et "écœurés" voient dans la mort du brigadier lors de cette banale intervention un symbole des violences répétées à leur encontre, qui nécessitent une "réponse pénale" plus ferme.

Depuis Avignon, le gouvernement a déjà donné des gages aux syndicats, reçus le 10 mai à Matignon. Le Premier ministre Jean Castex s'est notamment engagé à étendre à trente ans la période de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime contre un policier ou un gendarme. Et à limiter strictement les possibilités de réduction des peines pour ceux qui s'attaquent aux forces de l'ordre. 

Mais les syndicats déplorent que leur "revendication la plus importante", "la mise en œuvre de peines minimales" (aussi appelées peines planchers) pour "les agresseurs des forces de l'ordre", n'ait pas été "prise en compte". Il faut "changer de logiciel", assure Grégory Joron d'Unité SGP Police-FO, dénonçant une "individualisation exacerbée des peines" et un "empilage de dispositifs qui vident les peines de leur sens". 

Le rassemblement devant l'Assemblée nationale est aussi une manière de rappeler aux élus qu'ils "doivent prendre leurs responsabilités et au besoin légiférer pour faire en sorte que tout ce qu'on vient de vivre ne se reproduise plus", détaille Fabien Vanhemelryck, Secrétaire général d'Alliance. "Le nœud gordien c'est l'application des peines existantes, notamment pour tout ce qui est en bas du spectre, c'est-à-dire les agressions du quotidien", "là où le sentiment d'impunité se crée et se nourrit", estime aussi Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie Officiers.
 

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