Malmenés, les syndicats français essaient de résister

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Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez à une manifestation interprofessionnelle, le 19 avril 2018 à Paris
Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez à une manifestation interprofessionnelle, le 19 avril 2018 à Paris
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© AFP, Philippe LOPEZ
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AFP, publié le vendredi 20 avril 2018 à 14h44

Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée il y a un an, les syndicats français sont malmenés et peinent à trouver la parade face aux méthodes et aux réformes du gouvernement.

Jeudi, la manifestation à l'appel de la CGT et de Solidaires pour tenter de construire "une convergence des luttes" a rassemblé moins de monde que celle du 22 mars. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a mis ce résultat sur le compte des congés scolaires mais s'est toutefois réjoui sur Franceinfo que le mouvement "s'élargisse à d'autres professions" que les cheminots et les fonctionnaires. 

Depuis juin 2017, les réformes s'enchaînent, les consultations se multiplient, mais les syndicats estiment ne pas être entendus.  

Emmanuel Macron n'a jamais caché sa défiance envers les corps intermédiaires. Les partenaires sociaux? "Ce n'est pas sa culture", glisse Jean-Claude Mailly, encore à la tête de FO pour une semaine. 

Son successeur, Pascal Pavageau, prend moins de gants: "Il se fiche des syndicats!", taclant "Jupiter" qui ne "supporte pas les contrepoids" que sont les syndicats, la presse, ou les parlementaires ....   

Pour Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du Travail, le gouvernement "est en train de confisquer aux partenaires sociaux tout le paritarisme". Exemple, l'accord sur la formation professionnelle, signés par tous les syndicats sauf la CGT, a été largement réécrit par le gouvernement suscitant l'ire des confédérations. 

"Je serais lui, je ferais pareil. Tant que je gagne, je joue", glissait à la fois dépité et envieux un syndicaliste lors de négociations.

- "S'en passer, c'est aller à l'échec"

Mais, prévient M. Vivier, "le débouché, il est politique ou dans la rue" car "une société, comme une entreprise, a besoin d'expression collective" et "si la démocratie représentative ne fonctionne pas, on a une démocratie directe soumise à toutes les émotions ou à tous les extrêmes". 

Laurent Berger ne dit pas autre chose. "Les corps intermédiaires sont questionnés, ils doivent se renouveler, mais vouloir s'en passer, c'est aller à l'échec". Version CGT de Philippe Martinez: "Emmanuel Macron joue avec le feu". 

Affaiblis, les syndicats restent aussi divisés. La proposition de la CGT -- accusée de faire cavalier seul depuis cet été -- d'un 1er mai unitaire a été déclinée notamment par la CFDT. 

"Peu de salariés syndiqués, beaucoup de syndicats et une culture de relations sociales en évolution vers un syndicalisme de négociation mais sur lequel la logique de rupture et de grève reste très forte", décrit M. Vivier. 

Avec un taux de 11%, la France est faiblement syndiquée. La comparaison est cependant difficile à faire avec d'autres pays européens où l'adhésion conditionne l'accès aux prestations sociales ou aux conventions collectives.  

La chute des adhérents a été forte entre 1980 et 1990 en France, en particulier pour la CGT, allant de pair avec la désindustrialisation, explique Baptiste Giraud, chercheur en sciences politiques. 

Depuis les années 90, les syndicats résistent tant bien que mal. Il y a une "stabilisation des effectifs" mais "avec beaucoup de turn over" chez les adhérents, relève-t-il.

Les mutations du salariat ont aussi "grandement mis en difficulté les organisations syndicales" avec "la tertiarisation" de l'économie et "la diminution de la taille moyenne des établissements", explique-t-il encore. 

Sans compter qu'au niveau national, ces organisations sont parfois bien préoccupées par leurs échéances internes.  

Après le congrès de FO fin avril, se tiendra en juin celui de la CFDT, qui a détrôné début 2017 la CGT dans le secteur privé. Cette dernière aura son congrès en 2019, où les orientations de Philippe Martinez seront passées au crible.

Une raison d'espérer toutefois. Si l'image des syndicats est "globalement négative dans les sondages d'opinion généraux", note M. Giraud, les enquêtes du ministère du Travail montrent que "les  salariés qui fréquentent un représentant syndical sur leur lieu de travail ont dans leur majorité un avis plutôt positif".

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