Macron : les aides sociales coûtent «un pognon de dingue»

Macron : les aides sociales coûtent «un pognon de dingue»
« il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens », estime le président Macron.

leparisien.fr, publié le mercredi 13 juin 2018 à 15h23

A quelques heures du discours du président devant le congrès de la Mutualité, ses équipes partagent une vidéo où on le voit clarifier ses idées sur sa politique sociale.

« Y'a pas de fil directeur ! C'est de la lasagne faite avec de la paëlla... » Emmanuel Macron n'a visiblement pas aimé le discours que lui ont écrit ses équipes pour son intervention, ce mercredi, devant le congrès de la Mutualité à Montpellier (Hérault). Proche du président depuis le début de l'aventure En Marche, Sibeth Ndiaye a partagé sur Twitter la vidéo de la petite mise au point du chef, « toujours exigeant ». Un coup de com', bien sûr, qui a toutefois le mérite de clarifier la philosophie du président sur les prestations sociales.

Sur la forme, Emmanuel Macron paraît parler en confiance, sans détour, même si la petite vidéo semble tout de même avoir été coupée à au moins deux reprises, et montée. Sur le fond, le président revient sur le message à faire passer aux mutualistes, dans un contexte de tension sur le reste à charge pour l'optique et les audioprothèses ainsi que sur les prestations sociales. Sur ce point, en effet, les ministres de Bercy et leur collègue des Solidarités se renvoient la balle depuis plusieurs semaines.

« Responsabiliser les gens »

Macron résume donc sa pensée : « On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c'est qu'on doit mieux prévenir - ça nous coûtera moins, ensemble (dit-il dans l'optique de s'adresser aux mutualistes, ndlr) - et mieux responsabiliser tous les acteurs. (...) Prévenir, responsabiliser ! » Et de taper du poing sur la table, avant de reprendre : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux et les gens sont quand même pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres ! On doit avoir un truc qui permet aux gens de s'en sortir. Par l'éducation... »

Donc, « il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens », estime encore le président, sans définir cette responsabilisation qui peut sous-entendre un manque de volonté de « s'en sortir » de la part de certains « pauvres ». Et Emmanuel Macron d'insister : « Sur la santé, c'est pareil, tout le système de soin que j'ai repensé, c'est aller vers plus de prévention, mieux organiser pour responsabiliser y compris les acteurs de soin, et avoir un jeu plus coopératif public-privé. » Et « c'est dans ce contexte qu'on fera le reste à charge zéro ».

Cafouillage entre ministres

La préparation de ce discours semble prendre en compte les incompréhensions de ces dernières semaines, après des déclarations contradictoires des ministres de Bercy, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, et de la ministre des Solidarité et de la Santé, Agnès Buzyn. Cette dernière tentait, ce week-end encore, d'éteindre le feu allumé par ses deux collègues de l'Economie et du Budget, qui avaient expliqué vouloir rationaliser les aides de l'Etat.

Face aux Français qui craignent de voir leurs prestations sociales réduites, voire supprimées, Agnès Buzyn s'était en effet adonnée dimanche à une nouvelle explication de texte. Elle avait indiqué qu'il fallait s'interroger sur l'« efficacité » de ces versements dont le but est d'aider les citoyens à se relever, mais promis qu'il « n'y aura(it) pas de coupes budgétaires sur les plus pauvres ».

« Ascenseur social en panne »

Dans le même esprit du discours du président, la ministre avait constaté que « l'ascenseur social ne fonctionne plus » et que « les aides sociales en matière de lutte contre la pauvreté avoisinent les 50 milliards d'euros ». Et d'en conclure : « Nous sommes en droit d'interroger leur efficacité, tout comme celle des aides versées aux entreprises. » Donc prime d'activité, RSA, allocation spécifique de solidarité... « Toutes les allocations peuvent être discutées », a-t-elle insisté, tout en redisant qu'« en aucun cas, nous ne remettons en cause » le bien-fondé des aides sociales.

Ce mercredi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, est entrée dans la danse pour défendre le « langage de sincérité » du chef de l'Etat. Selon elle, les propos d'Emmanuel Macron signifient que le gouvernement « doit faire mieux » en matière de lutte contre la pauvreté car « l'ascenseur social est en panne », a-t-elle répété comme sa collègue Agnès Buzyn dimanche. Un élément de langage qui semble préparer l'intervention du président devant les mutualistes.

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