Macron giflé : y a-t-il eu une faille dans la sécurité ?

Macron giflé : y a-t-il eu une faille dans la sécurité ?
Emmanuel Macron en plein bain de foule à Valence, le 8 juin 2021.

publié le mercredi 09 juin 2021 à 13h29

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a démenti mercredi les informations de BFMTV, selon lesquelles Emmanuel Macron avait été averti par ses agents de sécurité que la zone où il a reçu une gifle lors d'un bain de foule n'était pas assez sécurisée. 

La scène a indigné toute la classe politique, mais aussi les médias : en déplacement mardi 8 juin à Tain-l'Hermitage (Drôme), Emmanuel Macron a été giflé par un homme poussant le cri de guerre royaliste "Montjoie Saint Denis !", alors qu'il venait saluer des personnes massées derrière une barrière à la sortie d'un lycée hôtelier.




Un incident qu'a tenu à dédramatiser, sans pour autant le minimiser, l'exécutif, à commencer par Emmanuel Macron lui-même. "Il faut relativiser cet incident qui est, je pense, un fait isolé" commis par "des individus ultraviolents", a en effet réagi le chef de l'Etat quelques heures plus tard auprès du Dauphiné Libéré.

"Je suis toujours au contact, à portée d'engueulade. J'y tiens", a-t-il par ailleurs lancé mardi soir, affirmant ne rien vouloir céder à la violence.

Le président aime en effet les bains de foule et a le goût de l'improvisation. Une attitude qui comporte une part de risque et donne du fil à retordre au GSPR (Groupement de sécurité de la présidence de la République), le corps d'élite qui assure sa sécurité.

Le bain de foule de mardi midi dans la Drôme n'était en l'occurrence pas inscrit à son programme. Et dans ce cas-là "il est impossible de tout prévoir", assure au Parisien Jean-Pierre Diot, ancien policier et formateur pendant quinze ans au service de protection des hautes personnalités (SPHP, devenu Service de protection des personnalités, ou SDLP), mais aussi ex-garde du corps de Nicolas Sarkozy. 

"Quand on regarde les images, le dispositif semble correct, mais un élément me chagrine", souligne-t-il néanmoins. "'L'élément droit ou épaule', le policier du GSPR à droite du président, chargé des évacuations, semble ranger quelque chose dans sa poche, mais il est à bonne distance de sa personnalité. Par contre, 'l'élément gauche' est un peu trop loin. De fait, il n'a pas pu combler le trou entre la partie gauche et le président, il met du temps à intervenir et l'individu profite de cet espace pour agir", détaille-t-il. "Le problème de notre métier, c'est le temps de réaction qu'il faut réduire au minimum", insiste-t-il. 

"Mais, encore une fois, c'est toujours facile d'analyser a posteriori, la réalité, c'est de la tension permanente et le danger peut venir de partout", reconnaît-il. "Je trouve cela néanmoins étonnant qu'en période de pandémie de Covid-19 et de distanciation physique, on laisse le chef de l'Etat se faire attraper le bras", déplore-t-il cependant, soulignant que cela aurait pu être bien plus grave qu'une gifle. "Et s'il avait eu un poinçon ?", s'interroge-t-il. 

Macron averti ?

Selon BFMTV,un membre du service de sécurité avait prévenu Emmanuel Macron de la dangerosité du bain de foule quelques instants auparavant, jugeant la zone pas assez sécurisée. Mais en France, c'est la personnalité protégée qui tranche, contrairement aux Etats-Unis où le "secret service" doit valider tous les faits et gestes du président. 

Une information démentie par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, qui a affirmé lors d'un point presse à l'issue du Conseil des ministres mercredi qu'il n'y "avait pas eu d'alerte particulière sur ce moment, ce bain de foule", et assurant qu'il y avait "une vigilance permanente du groupement de sécurité de la présidence de la République". Malgré cette déclaration, BFMTV confirme ses informations.

Pour Christian Prouteau, fondateur du GIGN et du GSPR, les officiers de sécurité "se sont laissés dépasser par son autorité". "Le président, ce n'est pas à lui de s'adapter. La sécurité a manqué d'anticipation, ce qui est essentiel. On a la théorie des cercles, il n'y en avait qu'un, ils sont légèrement en retrait. Un geste ou objet contondant c'est une fraction de seconde", résume-t-il sur Radio Classique.

Pour autant, selon Frédéric Aureal, ancien chef du SDLP, le travail de la sécurité a été bien fait, et l'absence de danger n'existe finalement pas dans ce genre de situation. "C'est toute la difficulté du contact. S'il ne le fait pas, on lui reproche, il descend il va au contact et il l'a dit le 'risque zéro' n'existe pas", estime-t-il sur BFMTV. 

Jean-Pierre Diot avance lui une mesure qui pourrait éviter de se retrouver dans ce genre de situation. "Dans ce type de dispositif présidentiel, il faudrait penser à instaurer un évacuateur qui serait chargé uniquement de cette mission et n'aurait pas, comme l'élément droit, à agir selon les ordres reçus dans l'oreillette", explique-t-il au Parisien
 

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