Macron chez Voltaire pour défendre le patrimoine

Macron chez Voltaire pour défendre le patrimoine
L'animateur télé Stéphane Bern (à droite) a été missionné par Emmanuel Macron pour venir au secours des édifices à l'agonie.
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leparisien.fr, publié le jeudi 31 mai 2018 à 21h49

Le chef de l'Etat, accompagné de son «Monsieur Patrimoine», Stéphane Bern, a visité la maison du philosophe des Lumières, récemment restaurée... comme le seront, espère-t-il, de nombreux autres monuments en péril.

« Voltaire aurait été heureux de voir le château retrouver cette forme », devise Emmanuel Macron, en arrivant au pied de la demeure où le philosophe des Lumières vécu vingt ans durant à la fin de sa vie. Près de trois ans de chantier, plus de 9 millions d'euros engagés, quelque vingt-cinq restaurateurs du patrimoine mobilisés... La restauration du château de Ferney (Ain) se pose en modèle du genre. Un emblème de choix, pour le président, venu promouvoir ici son action en faveur de la sauvegarde des monuments en péril, jeudi, avant la réception organisée dans la soirée à l'Elysée, avec son « Monsieur Patrimoine » Stéphane Bern.

« C'est un beau symbole pour le roman national, pour créer du lien autour des valeurs et de l'histoire », s'enthousiasme le député LREM, Joachim Son-Forget.

« Une source d'inspiration intellectuelle »

Voilà que le président et son épouse déambulent de salle en salle dans ce qui fut surnommé par Voltaire lui-même - qui a fini par s'en plaindre !- l'« auberge de l'Europe ». Chaque pièce du château est l'occasion d'évoquer un visage du philosophe. Le bienfaiteur, qui a travaillé au développement économique du village. L'engagé, qui a écrit le Traité sur la Tolérance.

« C'est une source d'inspiration intellectuelle », nous confie le chef de l'Etat, évoquant son « combat contre l'intolérance, qui a toujours refusé la fatalité de la bêtise et du repli sur soi » et « ses combats au réel ». Le patrimoine, poursuit-il, « ce sont des sédiments et cela permet de se projeter dans l'actualité de demain ».

Le lieu se prête aux allusions politiques et clins d'œil. Mais point d'échappées hors de la thématique du jour. Pas question de brouiller le message que le président est venu marteler, lors de cette « séquence illustration »,comme dit l'Elysée : « Le patrimoine est un enjeu national. »

Macron mise sur une grande mobilisation populaire

« Nous avons besoin d'aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort », martèle d'entrée Macron, qui croit à une mobilisation « de l'argent privé ». Car, justifie-t-il aux habitants de Ferney-Voltaire, auprès desquels il s'offre un petit bain de foule, « je n'ai pas envie d'augmenter vos impôts et la dette de vos enfants ». Un déplacement est souvent l'occasion d'envoyer quelques cartes postales...

Macron mise sur une grande mobilisation populaire autour de la loterie et du jeu de grattage créés tout spécialement pour rapporter entre 15 et 20 millions d'euros au fonds « Patrimoine en péril ».

Mais qui arrive après des coupes budgétaires, rappelle le député LR Gilles Carrez, s'interrogeant : « Ne faudrait-il pas une politique de conservation de notre patrimoine plus cohérente ? »

Les 15 millions d'euros : « une goutte d'eau »

Aude Mansouri, présidente de la Fédération française des professionnels de la conservation-restauration (FFCR) évoque elle aussi « les budgets en baisse constante depuis des années ». Si elle juge positivement que « des mesures soient prises », elle ne cache pas son scepticisme : « Cela ne va pas révolutionner la sauvegarde du patrimoine en France. »

Stéphane Bern, lui-même le reconnaît, les 15 millions d'euros escomptés grâce au loto patrimoine à la rentrée « sont une goutte d'eau ». Mais, « ils donnent le sentiment aux Français que le patrimoine appartient à chacun d'entre eux », pour mieux les pousser à se mobiliser. De l'importance de l'imaginaire et de la communication.

Voltaire, déjà, l'avait compris. Ferney abrite désormais une partie de la Voltairiade, une série de toiles le représentant « en situation ». Pas de photographe officielle, mais le peintre Jean Huber, le représentant aidant des paysans, accueillant des mendiants.

L'auteur de « Candide », nous explique l'administrateur du château, François-Xavier Verger, « a travaillé son image de son vivant, s'est mis en scène considérant que c'était une façon de faire avancer ses causes ». Toute ressemblance...

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