Macron chahuté par des manifestants à Rouen : la fin de l'état de grâce ?

Macron chahuté par des manifestants à Rouen : la fin de l'état de grâce ?

Face aux manifestants qui dénonçaient « le manque de moyens » dans les hôpitaux, le président a promis de prochaines « décisions très importantes » qu'il annoncera « d'ici l'été ».

leparisien.fr, publié le jeudi 05 avril 2018 à 21h57

En déplacement ce jeudi au CHU de Rouen pour parler autisme, le chef de l'État a été accueilli par des manifestants.

Des huées, des sifflets et une foule composite en colère. Pour son premier déplacement en province depuis le début de la grève à la SNCF, le président de la République a été rattrapé par les mouvements sociaux. « Macron dégonflé, on t'attend » lui crient quelque 200 manifestants à son arrivée au CHU de Rouen ce jeudi matin. « Résistance face à ceux qui veulent casser le service public ! » lui lancent-ils encore, tout en agitant des drapeaux de la CGT, de SUD et de la CFDT.

La voiture du chef de l'État ne s'arrête pas. Tenus à bonne distance, les manifestants ne pourront pas lui parler. Mais dans ce bastion historique de la gauche, les syndicalistes avaient un autre objectif : montrer que leurs luttes peuvent converger. Ne serait-ce que quelques heures et à l'échelle locale, mais à grand renfort d'images, ils ont offert au gouvernement le scénario qu'il redoute le plus.

Car dans la foule de mécontents, c'est la diversité qui retient l'attention. En nombre, des personnels soignants venus à nouveau alerter sur la dégradation des conditions de travail à l'hôpital. Des cheminots déterminés à ne rien lâcher. Mais aussi des étudiants de l'université de Rouen partiellement bloquée depuis mardi dernier. Ou encore des éboueurs, des salariés du privé à Carrefour et quelques dizaines de retraités hostiles à la hausse de la CSG.

Dialogue de sourd« Macron enchaîne de plus en plus vite des réformes qui nous paraissent injustes » dénonce Jean-Pierre, référent CGT retraités en Seine-Maritime. L'hôpital n'est pas une entreprise ! » « Notre point commun, c'est la lutte contre les coupes budgétaires et le recul des droits des salariés », renchérit Mickael Schmidt, étudiant et adhérent à l'Unef.

À l'intérieur de l'hôpital, le président visite le service spécialisé autisme mais les revendications lui parviennent. « On a besoin de moyens. Les budgets ont encore baissé. On ferme des lits faute de personnels », l'interpelle une aide-soignante. Emmanuel Macron a beau tenter de la rassurer, promettant « des décisions très importantes d'ici l'été », lui rappelant même qu'il est issu d'une famille d'hospitaliers mais qu'« il n'y a pas d'argent magique », un dialogue de sourd s'installe. L'aide-soignante refuse de lui serrer la main...

Macron interpellé au CHU de Rouen

Le plan autisme est éclipsé. Et le silence qu'Emmanuel Macron s'est jusqu'à présent imposé sur les grèves à la SNCF et sa réforme ferroviaire n'est plus tenable. « Il y a toujours des inquiétudes, parfois légitimes lâche-t-il prudent. Il y a des sujets sur lesquels le gouvernement a fait des annonces et qui font l'objet de protestations qui supposent un travail d'explication continu de la part du gouvernement. Mais les mouvements sociaux ne doivent pas empêcher le gouvernement de gouverner. »

Le cap est réaffirmé mais sans provocation. Une position d'attente inconfortable pour montrer qu'il ne cède pas, tout en se gardant de jeter de l'huile sur le feu. Au même moment Elisabeth Borne négocie avec les cheminots...

Macron s'exprimera d'ici une dizaine de jours« Le président est par essence le réceptacle des colères » relativise l'Elysée après que les images ont tourné en boucle. « Il n'y a aucun lien entre les revendications sur l'hôpital et la SNCF... » D'autres de ses proches, en coulisse, sont, eux, déjà dans l'autocritique. « Il faut entendre quand ça gueule. Le travers qu'on a eu, c'est peut-être de trop parler aux cheminots, et pas assez aux Français. »

Dans ce climat social, le président de la République sait qu'il ne pourra pas rester longtemps muet. Selon nos informations, il s'exprimera dans les médias dans les dix jours.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.