LR se dote d'un "cabinet fantôme" pour préparer la relève

LR se dote d'un "cabinet fantôme" pour préparer la relève
Laurent Wauquiez (LR) lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 novembre 2018 pour présenter le "cabinet fantôme" de son parti

AFP, publié le mercredi 21 novembre 2018 à 16h10

Laurent Wauquiez a présenté mercredi son "cabinet fantôme" d'alternative à Emmanuel Macron, empruntant à une tradition anglo-saxonne qui permet au chef des Républicains d'affirmer sa capacité à prendre la relève, mais aussi de resserrer les rangs d'un parti divisé.

"Proposer une alternative aux Français, ce sera le travail de cette équipe", a déclaré Laurent Wauquiez lors d'une brève allocution au siège du parti.

Les Français "sont en attente d'un autre chemin (...) d'un autre espoir" dans le contexte d'une "colère sourde à l'égard du président de la République", a expliqué le patron de LR au cinquième jour du mouvement des "gilets jaunes" contre la hausse des taxes sur les carburants, qu'il soutient.

Le "shadow cabinet", dont s'inspire LR pour son "équipe thématique", est une tradition très institutionnalisée dans les pays anglo-saxons, où chaque responsable d'un dossier est un futur ministre en puissance. En France, la désignation d'un tel cabinet par les partis d'opposition est peu fréquente, mais pas inédite.

La présidente du RPR, ancêtre de LR, Michèle Alliot-Marie avait nommé en 2000 un cabinet alternatif au gouvernement de la gauche plurielle de Lionel Jospin. Le PS avait fait de même en 2007 après la victoire de Nicolas Sarkozy.

- "Dénoncer" et "proposer" -

Sur ce modèle, Laurent Wauquiez a présenté une équipe d'une trentaine de "nouveaux visages", parlementaires, experts, ou représentants de la société civile, chargés d'incarner la "nouvelle droite" qu'il appelle de ses voeux.

Le sénateur du Calvados Pascal Allizard prend par exemple en charge les Affaires étrangères, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti l'Intérieur, et le vice-président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Philippe Meunier, réputé appartenir à l'aile droite du parti, la Défense.

Le sénateur du Rhône François-Noël Buffet est nommé à la Justice, le député du Bas-Rhin Patrick Hetzel à l'Éducation, l'eurodéputé et médecin Philippe Juvin à la Santé. 

Deux élus, l'un à la ruralité (Guillaume Guérin), l'autre aux collectivités territoriales (Nicolas Lacroix), montrent l'importance pour LR des "territoires", dont Laurent Wauquiez a encore souligné le "divorce profond" d'avec le président Emmanuel Macron.

La députée de l'Orne Véronique Louwagie (Finances publiques) est la seule femme héritant d'un "portefeuille" régalien dans cette équipe pourtant quasi-paritaire. 

Régulièrement accusé par ses contempteurs d'adopter des positions proches de celles du Rassemblement national (RN, ex-FN), M. Wauquiez a insisté pour que ces nouveaux responsables ne se contentent pas de "dénoncer", comme les "partis extrêmes".

Il s'agira de "dénoncer quand le cap n'est pas bon" mais aussi de "soutenir" les réformes jugées "dans l'intérêt des Français", comme celle de la SNCF, et "surtout de proposer". "C'est notre ADN", a souligné le chef de LR.

- "Crédibilité gouvernementale" -

Ce cabinet permet à Laurent Wauquiez de rendre davantage crédible son opposition à Emmanuel Macron, qui est confronté aussi à La France Insoumise et au Rassemblement national.

Aujourd'hui, explique à l'AFP le politologue Pascal Perrineau, "aucune opposition n'a de crédibilité gouvernementale. Les Français répondent +non+ quand on leur demande si les partis RN, PS, LFI et RN feraient mieux qu'Emmanuel Macron. Tout est donc bon pour montrer qu'on est en capacité d'accéder au pouvoir."

L'ambition de Laurent Wauquiez d'incarner une alternative est d'autant plus notable dans un contexte de défiance à l'égard des partis politiques, comme le montre la contestation protéiforme des manifestants en "gilets jaunes".

"Ce mouvement de contestation a envoyé un signal de malaise qui devra désormais se traduire politiquement, dans les partis anciens comme nouveaux", souligne M. Perrineau, chercheur au Cevipof.

Le cabinet fantôme de Laurent Wauquiez, où ne figure aucun représentant de courants critiques à son égard --comme le mouvement Libres! de Valérie Pécresse--, lui permet également de resserrer les rangs d'un parti profondément divisé depuis son échec à la présidentielle.

Tirant les leçons de l'une des "pires défaites" de sa famille politique, Laurent Wauquiez a entrepris depuis son élection à la tête de LR en décembre 2017 de bâtir "une nouvelle droite". Avec ce cabinet fantôme, qui complète une nouvelle équipe dirigeante et de nouvelles instances, il juge que le camp conservateur est désormais "en ordre de marche".

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