Loi Travail : le gouvernement menacé par une motion de censure

Loi Travail : le gouvernement menacé par une motion de censure
Manuel Valls à l'Assemblée nationale, le 10 mai 2016. (Illustration)

Orange avec AFP, publié le mercredi 11 mai 2016 à 11h30

La gauche est plus déchirée que jamais, le gouvernement un peu plus proche de la sortie de route. Alors que le recours à l'article 49.3 provoque un tollé dans la classe politique et des manifestations, le députés seront amenés jeudi à se prononcer sur une motion de censure déposée par l'UDI et Les Républicains (LR).

Elle pourrait cependant mobiliser bien au-delà de ces deux partis. Le Front national et le Front de gauche ont tous les deux appelé les frondeurs du PS a la voter pour renverser le gouvernement.

Une hypothèse écartée mercredi 11 mai par le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. "Le gouvernement ne sera pas renversé", a-t-il affirmé sur iTélé, avant de souligner "la très lourde responsabilité" que prendraient les députés socialistes qui voteraient une telle censure de droite. "On arrive à la limite de ce qui est compréhensible et acceptable", a-t-il dit. "Je ne crois pas qu'elle (la motion de censure) puisse passer ou alors il y a une responsabilité qui serait prise par ceux qui iraient voter avec toutes les contradictions que cela comporte", a-t-il encore averti.



La ministre du Travail Myriam El Khomri a elle aussi affiché sa confiance. Elle a récusé sur France Info l'accusation de "passage en force" avec l'utilisation de l'article 49.3 pour faire adopter son projet de loi travail sans vote. "Il me semble inconcevable que des députés socialistes puissent allier leur voix" à la droite, "puissent dérouler le tapis rouge à la droite". Ce qui aurait été "antidémocratique", c'est "si le gouvernement avait accepté que 10% des députés socialistes dénaturent le texte", a-t-elle estimé.  

Chez les frondeurs, rien n'est décidé pour l'instant, mais la gêne est palpable. Le député socialiste Benoît Hamon, qui est l'un des porte-voix des frondeurs du PS, a écarté implicitement la possibilité de voter la motion de censure de droite. "La motion de censure de la droite, il faut imaginer que vous avez beau être en désaccord avec Manuel Valls, préférer à Manuel Valls Nicolas Sarkozy qui propose de supprimer 600.000 ou 300.000 fonctionnaires tous les cinq ans, cela dépend des candidats de droite, de supprimer l'ISF, de porter la retraite à 65 ans, c'est un peu compliqué de préférer ce projet-là à celui du gouvernement", a-t-il expliqué sur France 2.

Laurent Baumel, frondeur lui aussi, a appelé de ses voeux une motion de censure de gauche, qui serait "plus lisible". "Une des difficultés, c'est que la motion de censure de la droite, elle a un contenu. La droite dit 'On n'est pas d'accord avec cette loi parce qu'elle n'est pas assez libérale'. Nous, on pense le contraire. On n'est pas d'accord avec cette loi parce qu'elle est trop libérale", a expliqué Laurent Baumel sur LCI. "On va discuter de tout cela ce matin". Interrogé sur l'hypothèse d'une motion de censure "de gauche", M. Baumel a souligné qu"une motion de censure qui porterait notre contenu à nous serait évidemment plus lisible que d'aller voter une motion de censure qui dit le contraire de ce qu'on pense". "Après est-ce qu'on aura la volonté, la possibilité, de monter cette motion de censure? On va en discuter dans quelques heures". 



Les frondeurs du PS ont cependant été mis en garde par le patron du groupe PS à l'Assemblée. "Les frondeurs doivent savoir que (...) c'est une ligne rouge que de déposer ou voter une censure contre le gouvernement", a averti Bruno Le Roux sur LCI. Cela entraînerait-il une exclusion du groupe et du parti ? "Je veux bien confirmer que ce serait la conséquence", a-t-il répondu. "En même temps, je n'imagine pas qu'un socialiste qui voterait la censure n'aurait pas déjà fait le choix d'aller ailleurs et de partir sur une autre aventure". Bruno Le Roux "ne pense pas" non plus qu'il y aura une motion de censure "de gauche". "La droite a déjà déposé une motion de censure. Y a-t-il des élus de gauche, socialistes, qui peuvent la voter ? Ils savent que c'est la ligne rouge. Ça veut dire qu'ils choisiraient d'aller ailleurs. Y a-t-il la possibilité d'une motion de censure de gauche ? Pour quelle alternative ?", a interrogé le patron des députés PS.



La motion de censure de gauche est également évoquée par le communiste André Chassaigne, qui assure de plus qu'il est éventuellement prêt à voter celle de droite. En début d'après-midi ce mercredi, les députés frondeurs ont annoncé par l'intermédiaire de leur chef de file, Christian Paul, qu'ils cherchaient "tous les moyens" pour déposer une motion de censure "des gauches et des écologistes".

De son côté, Laurent Baumel a jugé "possible" de "réunir les 58 signatures" nécessaires d'ici à 16h35, heure limite pour aboutir au dépôt d'une motion de censure, sous-entendant qu'à la mi-journée le compte n'y était pas. 

Ces signatures vont être recherchées auprès des communistes, des écologistes, des ex-chevènementistes et des radicaux de gauche, a précisé un autre député, après cette réunion à laquelle ont participé une trentaine de personnes dont Benoît Hamon, Aurélie Filippetti, Yann Galut (courant La Fabrique au sein du PS), ou encore Jean-Luc Laurent (MRC). Il n'y avait pas d'aubrystes en revanche. Christian Paul a justifié devant la presse cette décision de tenter une motion par "la violence démocratique" du 49.3 et "la violence que représente pour les salariés français la perspective d'une loi travail qui affaiblirait les protections". Il a confirmé que les frondeurs ne voteront pas la motion de droite : "Il n'est pas du tout opportun, et même ce serait une source de confusion, de joindre nos voix à celles des groupes de la droite".

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