Loi asile-immigration: des tensions au sein de la majorité LREM

Loi asile-immigration: des tensions au sein de la majorité LREM
L'Assemblée nationale, le 12 décembre 2017.

Orange avec AFP, publié le mardi 17 avril 2018 à 11h23

La loi a "trois objectifs majeurs : une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif, une intégration réussie", selon Gérard Collomb.

Examinée depuis lundi soir à l'Assemblée nationale, la loi asile-immigration est largement critiquée par l'opposition. "Petite" pour la droite, "inhumaine" pour la gauche, la loi controversée provoque des débats enflammés au Parlement.

Et les tensions se font ressentir jusqu'au sein de la majorité, plusieurs députés LREM ayant publiquement fait part de leur opposition à la réforme. S'ils se gardent bien de parler de "fronde", ils ont néanmoins été prévenus mardi 17 avril par la députée Aurore Bergé : ils sont "libres" de quitter la majorité.

Vendredi dernier déjà, le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin avait prévenu qu'il ne "pourrait pas voter pour" le projet de loi. "Après plus de 3 mois de travail intensif, de rencontres avec les acteurs impliqués, de séances collectives au sein du groupe LREM, de propositions, de recherche de convergence et après mûres réflexions, j'ai pris ce jour la décision difficile de ne pas voter POUR la loi asile et immigration", avait indiqué le député qui compte s'abstenir. Cette décision "est tout sauf un début de fronde. Mon engagement pour la réussite de la majorité présidentielle reste entier", ajoutait-il, dans un communiqué.


Une position qui est partagée par certains de ses collègues. Le député LREM de la Vienne, Jean-Michel Clément, dit mardi s'opposer au texte dans sa forme actuelle, notamment parce qu'il "méprise les droits de la défense, il met les demandeurs d'asile et les migrants dans de situations de dépendance totale, et il est à la fois inutile parce qu'il ne règle absolument rien." Le parlementaire attend de voir le sort des amendements qui ont été déposés. S'ils ne sont pas acceptés, il votera contre. "Ce texte est totalement contraire aux principes qui sont les miens, aux valeurs qui sont les miennes, je m'y opposerai sans hésitation", confie-t-il à franceinfo.

De son côté, le député de Haute-Garonne, Sébastien Nadot, se garde toute latitude dans les débats : pour, contre ou abstention, "toutes les hypothèses sont sur la table". Pour lui aussi, "le texte en l'état ne convient pas". Même son de cloche chez sa collègue, députée de Haute-Garonne également, Sandrine Mörch, qui attend un "bras de fer amical" avec le gouvernement pendant l'examen du texte. Si elle assure qu'elle n'est "pas une frondeuse", elle prévient que "personne ne va me dire ce que je vais devoir voter". Interrogée sur la possibilité de voter "non", elle a répondu "mais bien sûr!"

Face à la grogne, les cadres du mouvement commencent à montrer les muscles. Mardi dernier, après des discussions agitées, le président du groupe LREM à l'Assemblée, Richard Ferrand, avait effectué un rappel à l'ordre. "Si certains préfèrent devenir auto-entrepreneurs, c'est le statut de non-inscrit" à un groupe à l'Assemblée, avait-il déclaré, se disant prêt "à casser des œufs s'il le faut". "C'est un réel avertissement, a confirmé samedi au Parisien l'entourage du député du Finistère. Et qui prévaut pour tous les textes à venir, au-delà de celui sur l'asile-immigration."

La députée des Yvelines, Aurore Bergé, ne dit pas le contraire mardi matin. "Si on a des parlementaires de la majorité qui veulent reprendre leur liberté par rapport au programme sur lequel on a été élu, ils sont libres de le faire, explique-t-elle sur Europe 1. Les gens sont libres mais s'ils veulent se mettre à l'écart de la ligne qui est la nôtre, de la ligne sur laquelle le président de la République a été élu, c'est à eux de prendre leur responsabilité."

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