Loi asile et immigration : la guerre des amendements se poursuit

Loi asile et immigration : la guerre des amendements se poursuit
Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, le 11 avril 2018 à l'Assemblée nationale.

Orange avec AFP, publié le dimanche 22 avril 2018 à 10h40

Pilonnage LR et FN, offensive à gauche sur la rétention : les débats "asile-immigration" ont tourné samedi soir à la guerre de tranchées à l'Assemblée, avant un vote, au mieux dimanche soir, sur lequel la majorité espère limiter les suffrages de sa frange contestataire.

À la suspension des débats à 1h30, les députés - toujours autour de 150 -  avaient encore 375 amendements à étudier et finissaient, pour ceux dont la présence est indispensable comme la rapporteure LREM Élise Fajgeles, une sixième soirée consécutive dans l'hémicycle et plus de 50 heures de débats. Du jamais vu, hors période budgétaire, depuis la tentaculaire loi Macron de 2014 ou l'homérique bataille du "mariage pour tous" de 2013. 

"On ira jusqu'au bout et on votera tôt ou tard"

En cause, la très forte mobilisation des différentes oppositions, notamment des LR, mais aussi du FN, et de la gauche (Insoumis, communistes, socialistes), qui défendent, pied à pied, chacun de leurs amendements, sans rien lâcher.

"Ce n'est pas de l'obstruction, nous faisons notre job", s'est défendu le président du groupe LR Christian Jacob. 

Les députés pourraient avoir ainsi droit à une nuit blanche dimanche soir. "On ira jusqu'au bout et on votera tôt ou tard", selon le chef de file LREM Richard Ferrand, alors que les différentes oppositions ont demandé le report du vote au 9 mai après les vacances de Pâques.



Certains dans la majorité ne cachaient pas leur exaspération, comme Christophe Lejeune, pour lequel "les LR n'ont comme seule stratégie que de faire durer les débats en posant la même question à plus de 200 reprises" sur un 'plan caché' de régularisations du gouvernement. 

"Un acharnement contre les étrangers"

Malgré cette course de lenteur, les députés ont adopté une des mesures les plus contestées du projet de loi, le doublement de la durée maximale de rétention des étrangers en attente d'expulsion de 45 à 90 jours. Défendu par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb comme "un ultime moyen" mais qui "reste nécessaire" pour faire respecter les mesures d'éloignement, l'allongement de la rétention possible a été fustigé par toute la gauche.



La socialiste Marietta Karamanli a dénoncé "un acharnement contre les étrangers" et Danièle Obono (LFI) a rappelé que cet allongement suscite "la réprobation d'un grand nombre d'associations". La gauche a également déploré le refus de la majorité de rendre impossible la rétention "barbare" de famille avec mineurs, même si celle-ci entend préparer un texte sur le sujet "dans les prochains mois"




L'allongement de la rétention s'est aussi heurté à l'opposition de certains élus de la majorité. Neuf LREM et un Modem ont voté contre, comme déjà sur plusieurs articles. D'autres se sont abstenus. Depuis le début des débats, cette frange contestataire marche sur une ligne de crête, tentant de faire entendre sa différence sans donner le sentiment de "fronder", ni rallonger les débats. "C'est un peu frustrant", admet l'une ses membres, Delphine Bagarry, néanmoins "fière" d'avoir fait "s'interroger le groupe".



Ces contestataires, qui n'ont déposé qu'une trentaine d'amendements sur le millier en discussion, devraient cependant obtenir dimanche la satisfaction d'une réécriture du "délit de solidarité" pour qu'une personne venant en aide à un migrant en détresse ne puisse être poursuivie. Leur vote final et leur nombre, a priori une quinzaine maximum, sera scruté. Ils devraient quasiment tous s'abstenir. Jean-Michel Clément, lui, a annoncé son intention de voter contre et pourrait devoir quitter le groupe, selon la règle fixée par Richard Ferrand ("abstention péché véniel, vote contre péché mortel").

Dans l'hémicycle, ces divergences ont été cependant reléguées au second plan par l'offensive droitière des LR, dans le sillage des propositions cette semaine de Laurent Wauquiez, désireux de préempter ce thème au FN également très mobilisé sur l'un de ses fondamentaux. Samedi, les députés LR et FN ont notamment réclamé l'expulsion de "tout étranger qui constitue une menace pour l'ordre public", dont les "fichés S". Eric Ciotti a invoqué "un principe de précaution pour mieux protéger notre nation". Marine Le Pen a accusé le gouvernement de "jouer à la roulette russe" avec la sécurité. 




Dans la soirée, les députés LR ont défendu de nouveau la suppression de l'aide médicale d'État pour les étrangers en situation irrégulière, "un symbole de la droite", a déploré Olivier Véran (LREM) qui "représente 0,4% du budget de la Santé et peut coûter des vies". "Les microbes ne reconnaissent pas les papiers", leur a lancé Éric Coquerel (LFI).

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