Les villes FN favorisent-elles la mutuelle d'un proche du parti ?

Les villes FN favorisent-elles la mutuelle d'un proche du parti ?
Les maires de Fréjus (Var) et d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), David Rachline et Steeve Briois, en mars 2014.

Orange avec AFP, publié le samedi 20 mai 2017 à 12h36

Hénin-Beaumont, Fréjus, Le Luc-en-Provence, Le Pontet... Selon les informations du Monde, "une demi-douzaine" de maires frontistes incitent leurs administrés à souscrire à la complémentaire santé d'un proche du parti.

La mutuelle a été fondée il y a plus de deux par le Bordelais Robert Ottaviani, explique le quotidien du soir. Son objectif ? Permettre aux habitants de se faire rembourser leurs soins à moindre coût. "Votre couverture santé immédiate à partir de 0,72 euro par jour", est-il écrit sur les prospectus. Une idée relayée par les maires frontistes qui ont, à chaque fois, mis en avant ce choix comme "une décision en faveur des plus démunis".

Mais selon Le Monde, "derrière la vitrine sociale transparaît une 'FN connection'" car Robert Ottaviani est un vieux compagnon de route du parti. Ancien directeur adjoint du Front national de la jeunesse, il a créé en 2008 "Énergie Bleu Marine", un réseau de soutien à la présidente du FN en vue de l'élection présidentielle de 2012. Le business a débuté en septembre 2014, précise Le Monde. À l'époque le gendre de l'actuel conseiller politique de Marine Le Pen pour le logement, Philippe de Saint-Seine, inaugure la nouvelle mutuelle à Béziers (Hérault) aux côtés du maire Robert Ménard.



"Quelques semaines plus tôt, M. de Saint-Seine, lui aussi résident à Bordeaux, avait racheté le cabinet de M. Ottaviani Archange conseil et patrimoine", précise le journal. "À la suite de l'opération, ce dernier est devenu actionnaire minoritaire de la société de M. de Saint-Seine, Traditia, spécialisée dans la gestion financière, la protection sociale et l'immobilier".

"C'EST DU FLAN"

"Via le bouche-à-oreilles entre frontistes", la Mutuelle communale gagne d'autres mairies FN. Le sénateur-maire FN de Fréjus (Var), David Rachline, est venu lui-même inaugurer les nouveaux locaux de la Mutuelle en septembre 2015. L'élu FN a proposé l'offre aux quelque 53.000 habitants de sa ville et comme le maire de Luc-en-Provence, il en a fait la promotion dans son journal municipal. Bilan ? 2.000 Fréjusiens y auraient adhéré, comme plus de 4.000 Biterrois. Le maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steeve Briois et ceux du Pontet et de Camaret-sur-Aigues (Vaucluse) ont "également succombé aux propositions de Robert Ottaviani", écrit Le Monde.

L'offre est-elle vraiment intéressante pour les administrés ? "C'est du flan", explique un bon connaisseur du secteur. "Ce ne sont pas vraiment des mutuelles communales, mais la commune fait intermédiaire entre le citoyen, un courtier et une compagnie d'assurances. Et on se rend compte que les prix augmentent au fil des ans". "On est un petit peu dans le flou juridique", juge de son côté un juriste de l'Association des maires de France. "Ce n'est pas un marché public en tant que tel parce qu'il n'y a pas de contrat entre la commune et la société qui est retenue".

"UN MAUVAIS PROCÈS"

Robert Ottaviani refuse de répondre aux questions du quotidien. "La Mutuelle communale est distribuée, sous différents noms, doit en direct soit par nos partenaires, dans plus de 80 communes, et cela, quelle que soit la couleur politique", répond lui Philippe de Saint-Seine. "Nous sommes installés dans 86 villes, dont 2 ou 3 FN". De leur côté, les maires dénoncent un "mauvais procès" : "Si vous sous-entendez que derrière, c'est quelqu'un qui est proche de nos idées, sûrement. Mais ça m'est égal", explique le maire du Pontet, Xavier Magnin. "Monsieur X, qui est président de cette mutuelle est, paraît-il, apparenté au FN. Mon directeur de cabinet le savait. Moi je ne le savais pas et je m'en foutais royalement. Si ça avait été un extrémiste communiste, on l'aurait pris parce qu'il avait la meilleure offre", abonde le maire du Luc-en-Provence.

"Je pense que personne n'a intérêt à ce que ces mutuelles communales deviennent des outils d'instrumentalisation politique", estime Elsa Di Méo, conseillère régionale PS en PACA battue aux municipales de Fréjus en 2014. "Ils disent : 'Regardez, les bonnes réponses de gauche on les prend'. Alors que la réalité, c'est qu'ils ont fait du business. Ce qui est hallucinant, c'est que malgré le fait que nous ayons interpellé la répression des fraudes, le procureur, le préfet, personne ne s'est inquiété du fait que le mensuel municipal avait fait la publicité, que les moyens de la ville avaient été mis à disposition".

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU