Les syndicats se mobilisent dans la rue, avec l'espoir de provoquer un "printemps social"

Les syndicats se mobilisent dans la rue, avec l'espoir de provoquer un "printemps social"
Philippe Martinez à Vitry-sur-Seine, le 4 février 2021.

, publié le jeudi 04 février 2021 à 13h56

Les syndicats espèrent "déconfiner les colères", et pourquoi pas poser les bases de nouvelles grandes mobilisations au printemps.

Il n'est pas question d'aller une mobilisation géante ou de faire plier le gouvernement. Mais les syndicats, qui se mobilisent jeudi 4 février dans la rue, veulent "recréer une dynamique" et pourquoi pas, poser les bases d'un "printemps social" à moyen terme.

"Ce jeudi, nous affirmons, aux niveaux national et interprofessionnel, qu'il est impossible de mettre de côté les luttes actuelles pour l'emploi et l'amélioration des conditions de travail au nom d'une pseudo-unité nationale contre le Covid-19", affirme dans L'Humanité le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

"Bruno Le Maire nous dit que ce n'est pas le moment de faire un printemps social. Au contraire", ajoute-t-il.

Étudiants, énergéticiens, enseignants, soignants, intermittents du spectacle, de nombreuses professions se sont retrouvées jeudi sur ce mot d'ordre. La manifestation parisienne, forte de 20.000 manifestants selon la CGT, s'est ébranlée vers 14h30 de la place de la République en direction de celle de la Nation, derrière une banderole proclamant "emplois, salaires, temps de travail, retraites... relançons le social"

Mot d'ordre de la journée de jeudi, la défense de l'emploi et des services publics, alors que "pas une journée ne se passe sans une nouvelle annonce de plan de suppressions d'emplois, de fermetures d'entreprises ou restructurations et réductions de services", soulignent les organisateurs dans un communiqué.


En tête du cortège, alors que 165 initiatives étaient recensées dans toute la France, Philippe Martinez a expliqué que des salariés craignaient de descendre dans la rue "parce qu'il y a le contexte sanitaire", mais "ce n'est pas pour ça que la colère et les mobilisations ne sont pas à la hauteur".

La présidente de l'Unef, Mélanie Luce, a demandé "des réponses pour la précarité". "Les étudiants ne peuvent pas manger, se loger, se chauffer, on est dans une situation extrême", a-t-elle ajouté. "On est dans une dynamique qui peut paraître lente dans une période où tout est compliqué" mais la manifestation est "le sommet de l'iceberg en terme de colère sociale", a expliqué de son côté Simon Duteil, co-délégué général de Solidaires.

À Marseille, où 2.800 personnes selon la police ont manifesté jeudi, Grégory Fontaine, infirmier délégué à l'hôpital de la Timone, a expliqué que "les soignants sont épuisés. Ça fait un an que cette pandémie a commencé. Rien n'a été fait de vraiment sérieux pour renforcer les moyens de l'hôpital et même au contraire". Rencontré à Bordeaux, où 850 personnes ont manifesté selon la police, Franck Dole, 54 ans, co-secrétaire CGT Éducation Gironde, a opposé "les milliards donnés au grand patronat, au Medef, aux grandes entreprises" aux "centaines de milliers de plans de licenciement".

À Nantes, 2.500 personnes ont manifesté selon la CGT, 1.700 selon la police, à Lyon 3.000 selon les organisateurs, 1.600 pour la police, à Saint-Etienne 1.200 personnes d'après la CGT, 460 selon la police, à Roanne 250 (200 selon la police). À Rennes, 1.500 selon la CGT, 1.100 selon la police, ont défilé derrière une banderole "Pour l'emploi, les salariés et le progrès social".

La précédente journée de ce type, le 17 septembre, avait réuni quelque 42.500 participants selon le ministère de l'Intérieur.

La CGT et ses partenaires demandent notamment jeudi une politique de "relocalisation industrielle", le partage du temps de travail, le "développement des services publics", l'interdiction des licenciements dans les entreprises bénéficiant d'aides publiques "surtout lorsqu'elles continuent à dégager des profits", détaille auprès de l'AFP Céline Verzeletti, dirigeante confédérale de la CGT.

Parmi les exemples les plus saillants de plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) récemment annoncés, celui de Sanofi, où 364 emplois doivent être supprimés au sein de l'entité Sanofi-Aventis Recherche et Développement, selon les syndicats. Philippe Martinez s'est rendu jeudi matin devant le site du groupe à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour apporter son soutien aux salariés, arborant une blouse dénonçant "Sanofric". Un rassemblement a également été organisé devant le siège du groupe à Paris. Par ailleurs une centaine d'agents EDF et quelques députés de gauche se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale pour protester contre le plan controversé "Hercule" de réorganisation de l'électricien.

Sans illusion sur leur capacité à mobiliser massivement, les syndicats évoquent la crainte des violences qui ont émaillé les manifestations contre la loi sécurité globale. Le service d'ordre a d'ailleurs été étoffé à Paris, avec plus de deux fois plus de membres que d'habitude.

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