Les journalistes vont-ils devoir "se rapprocher" des autorités avant de couvrir des manifestations, comme les y invite Darmanin ?

Les journalistes vont-ils devoir "se rapprocher" des autorités avant de couvrir des manifestations, comme les y invite Darmanin ?
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 10 novembre 2020.

, publié le jeudi 19 novembre 2020 à 09h55

Le ministre a précisé dans la soirée qu'il n'y avait "pas d'obligation" à le faire. 

La phrase a fait mouche, avant que le ministre de l'Intérieur ne la précise. Lors d'une conférence de presse consacrée à l'activité des forces de l'ordre mercredi soir, Gérald Darmanin a affirmé que les journalistes "doivent se rapprocher des autorités" en amont des manifestations qu'ils veulent couvrir afin de pouvoir en "rendre compte" et "faire (leur) travail". Le ministre a précisé dans la soirée qu'il n'y avait "pas d'obligation" à le faire. 



Gérald Darmanin était interrogé sur le cas d'un journaliste se plaignant d'avoir été menacé d'être interpellé mardi lors de la dispersion de la manifestation organisée aux abords de l'Assemblée nationale contre la proposition de loi controversée sur la "sécurité globale". "La manifestation était devenue illégale puisque dépassant l'horaire (prévu) et y compris des personnes qui étaient des journalistes devaient être dispersées", a souligné le locataire de la place Beauvau.

Par ailleurs, ce journaliste ne s'était pas, en amont, "rapproché de la préfecture de police, contrairement à certains de ces collègues, pour couvrir cette manifestation", a ajouté le ministre. Lorsqu'ils couvrent les manifestations, les journalistes "doivent se rapprocher des autorités, en l'occurrence les préfets de département, singulièrement ici le préfet de police de Paris, pour se signaler, pour être protégés par les forces de l'ordre, pour pouvoir rendre compte, faire son travail de journaliste dans les manifestations", a développé le ministre, s'appuyant sur le nouveau schéma du maintien de l'ordre (SNMO) publié en septembre.

"Pour éviter la confusion au moment d'une opération, le schéma national du maintien de l'ordre que j'ai présenté en septembre prévoit que les journalistes peuvent, sans en avoir l'obligation, prendre contact avec les préfectures en amont des manifestations", a précisé dans la soirée Gérald Darmanin sur Twitter. Selon le ministre, l'objectif est que "chacun puisse faire son travail dans les meilleures conditions possibles", ce qui "vaut particulièrement en fin de manifestation".


S'agissant des manifestations, ce SNMO prévoit en effet "un canal d'échange dédié" entre les forces de l'ordre et "les journalistes, titulaires d'une carte de presse, accrédités auprès des autorités", sans le présenter comme obligatoire. Cette disposition avait soulevé une fronde dans le monde de la presse, certains syndicats estimant qu'elle revenait à donner un "feu vert" aux forces de l'ordre pour empêcher les journalistes de faire leur travail lors des manifestations.


Des syndicats de journalistes estiment par ailleurs aujourd'hui que le texte sur la "sécurité globale" fait peser une menace sur la liberté de la presse. Plusieurs journalistes se sont également plaints mardi soir d'avoir été empêchés de filmer des interpellations et la dispersion de la manifestation achevée après des heurts avec les forces de l'ordre. L'un d'eux, employé de France Télévisions, a été arrêté lors de cette manifestation et placé en garde à vue avant d'être libéré mercredi, a dénoncé la direction du groupe audiovisuel dans un communiqué.

Ce journaliste a fait l'objet d'un rappel à la loi, la préfecture de police de Paris, faisant valoir en milieu de soirée dans un communiqué qu'il avait été placé en garde à vue pour "participation à un attroupement non armé, en application des règles de droit en vigueur".
 

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