Les Armées font la part belle à l'éloquence

Les Armées font la part belle à l'éloquence
Le Concours d'éloquence des Armées, présenté par Denis Brogniart, s'est déroulé à l'Hôtel des Invalides, en présence de Florence Parly Ministre des Armées et Jean-François lecointre Général des Armées.

leparisien.fr, publié le mercredi 06 juin 2018 à 23h41

Le premier concours d'éloquence organisé par le ministère des armées s'est déroulé ce mercredi à Paris.

A quelque 10 000 km de l'île de Koh Lanta, le présentateur Denis Brogniart a présenté ce mercredi soir une compétition détonante. Point d'aventuriers échoués sur une île déserte, mais sept étudiants diserts (trois issus d'établissements civils, quatre militaires), sous les ors du salon d'honneur de l'hôtel des Invalides, à Paris (VIIe). Et cette mission à accomplir : « parler pendant 5 à 6 minutes avec sincérité, humour et impertinence » pour remporter le premier concours d'éloquence organisé par le ministère des armées. En guise de sujet, une citation de Georges Clemenceau pour chacun, et un jury très militaire présidé par la ministre des Armées Florence Parly qui a impulsé cette initiative. « Pourquoi un tel concours ? Pourquoi faire parler ce que l'on appelle « la Grande Muette » ?, interroge la ministre. La réponse est en réalité assez simple : la parole est au centre de tout. »

Au cœur de ce concours inédit aussi, où l'art des bons mots et des phrases bien troussées a été récompensé. Il y a eu du souffle, du panache, des envolées lyriques, des effets de voix, de silence, de la provocation aussi. Comme lorsque ce candidat polytechnicien lance à voix haute « désobéissez ! » à cette assemblée de gradés. « Ne subissez pas la loi de la norme », s'égosille-t-il sous un portrait de Louis XIV face à ces uniformes multi-étoilés. L'assistance se pare d'un silence mi-gêné mi-amusé, les plus jeunes savourent l'audace. Cinq candidats plus tard, c'est à une élève de Science Po de discourir autour de ce thème : « Tout le monde peut faire des erreurs et les imputer à autrui, c'est faire de la politique. » Tout de rouge vêtue, elle se lance, discourt pendant quelques minutes : « Le mensonge est à la politique ce que la start-up est à Emmanuel Macron : essentiel ! » Le jury se charge alors de la cuisiner. « Et quand on est ministre de la Défense, à qui imputer ses rarissimes erreurs ? », interroge l'amiral Arnaud de Tarlé.

« Quand on est jeune, c'est pour la vie »

Un ange passe sur le visage de la jeune femme qui s'en sort d'une pirouette en forme de courbette : « On n'en fait pas ! » Dernier à passer, l'aspirant Quentin de l'école navale a eu la charge ardue de disserter sur cette maxime : « La guerre est une chose trop grave pour la laisser aux militaires ». Un sujet épineux, susceptible d'irriter toutes les parties de cette prestigieuse assemblée, qu'il a joyeusement étrillé, allant jusqu'à croquer le chef d'état-major des armées, assis au premier rang, en « conseiller suprême », sorte de « Rambo à qui il ne manque que le Viêt Nam » ! Avant de conclure, avec plus de tact : « Chers politiques, c'est avec grand plaisir que nous vous confions la responsabilité de déclarer la guerre. Nous nous contenterons modestement de ramener la paix. »

Les dix membres du jury (parmi lesquels François Lecointre chef d'état-major des armées, l'écrivain Philippe Besson, ou encore l'ancien ministre Jean-Noël Jeanneney) ont ensuite délibéré. A peine quelques roulements de tambour pour couronner l'élève de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, Emma, très théâtrale lors de son exposé sur cet adage de Clemenceau : « Quand on est jeune, c'est pour la vie ». Signe que l'art de la parole a pris ses quartiers au ministère des Armées, l'année prochaine, l'expérience sera renouvelée.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.