Les accusations d'Ariane Fornia contre Pierre Joxe au coeur d'un procès en diffamation

Les accusations d'Ariane Fornia contre Pierre Joxe au coeur d'un procès en diffamation
Pierre Joxe le 5 octobre 2012 à Paris

, publié le lundi 18 novembre 2019 à 18h34

Une soirée à l'opéra en 2010, des accusations en pleine vague "#MeToo" et un procès en diffamation: lors d'une audience à couteaux tirés lundi au tribunal de Paris, l'écrivaine Ariane Fornia a réitéré ses accusations d'agression sexuelle contre l'ancien ministre socialiste Pierre Joxe, venu dénoncer "injures" et "calomnies".

D'un côté de la salle d'audience, Ariane Fornia, 30 ans, alias Alexandra Besson, aux côtés de son père, l'ancien ministre sarkozyste Eric Besson. De l'autre, Pierre Joxe, 84 ans, ténor de la mitterrandie, ancien ministre de l'Intérieur et de la Défense devenu avocat.

Chacun est venu défendre sa vérité avec force. "Jamais de ma vie, ni là, ni ailleurs, je ne me suis conduit comme elle le raconte", lâche Pierre Joxe. "Je persiste et signe, ce que j'ai dit est l'exacte vérité et je suis sûre que M. Joxe le sait très bien", rétorque la jeune femme.

En octobre 2017, en pleine éclosion de la vague #MeToo, Ariane Fornia avait accusé l'ex-premier président de la Cour des comptes de l'avoir agressée lors d'une représentation à l'Opéra Bastille à Paris en mars 2010, en lui mettant à plusieurs reprises la main sur la cuisse et la remontant "vers (son) entrejambe". Des faits prescrits.

Dans un billet de blog, elle avait décrit un "ancien ministre de Mitterrand", avant d'accuser nommément Pierre Joxe dans L'Express.

Il l'avait assignée en diffamation début 2018, demandant un euro symbolique de dommages et intérêts, 5.000 euros au titre des frais de justice, la suppression des propos litigieux du blog et la publication de communiqués judiciaires.

A la barre, Pierre Joxe, "encore plus indigné qu'il y a deux ans", déplore que le blog "perpétue impudemment des calomnies et des injures à tous les vents".

Il insiste sur des incohérences dans le récit d'Ariane Fornia, qui avait évoqué l'arrivée de son père à l'entracte. Or le spectacle, "L'Or du Rhin", n'en comporte pas.

Ariane Fornia a convenu qu'elle s'était "trompée": il n'y avait pas d'entracte et son père n'avait pu assister à l'opéra. En revanche, l'Opéra a confirmé que les sièges des Joxe et des Besson étaient bien côte à côte au balcon d'honneur. 

L'avocat de Pierre Joxe, Jean-Yves Dupeux, insiste sur ces "contre-vérités" pour dénoncer "un tissu de mensonges".

- "Présomption de vérité" -

S'appesantir ainsi sur "quelques incohérences de détail", "c'est de la défense de violeur, d'agresseur sexuel !" s'emporte Jean-Marc Fedida, l'avocat de l'écrivaine.

Ariane Fornia ne conteste pas que ces propos soient diffamatoires, c'est-à-dire qu'ils portent atteinte à l'honneur et la considération de Pierre Joxe. Mais elle invoque sa "bonne foi" pour demander au tribunal de débouter M. Joxe.

Son avocat produit ainsi des pièces pour attester qu'elle avait raconté ces faits à des proches dès 2010 ou 2011.

Son père Eric Besson relate à la barre qu'elle lui avait dit le soir-même avoir été agressée. Il lui avait conseillé de porter plainte, ce qu'elle avait refusé en raison notamment du contexte politique tendu dans lequel évoluait le ministre de l'Immigration.

Elle produit également le récent témoignage d'une ancienne employée à domicile de Pierre Joxe, qui l'accuse d'agression et harcèlement sexuels en 2018 et dont la plainte a mené à l'ouverture d'une enquête mercredi, ainsi que des échanges d'e-mails anonymisés avec deux autres femmes dont l'une a, selon le camp Besson, été agressée par Pierre Joxe en 1990.

A la barre, Ariane Fornia est pressée de questions par la présidente, qui lui demande notamment pourquoi elle n'a pas quitté la représentation. En raison du "cadre extrêmement solennel", répond-elle. 

Elle décrit des nuits agitées après cette soirée à l'Opéra, une prise de poids vertigineuse, et plus récemment son divorce après son témoignage.

Elle dit aussi la nécessité de témoigner, la "violence" de "se retrouver traitée comme coupable", et appelle à respecter "une présomption de vérité" "pour une femme qui vient témoigner à visage découvert, qui prend ce risque": "On ne vient que si on a dit la vérité". 

Décision le 22 janvier.

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