Légion d'honneur au patron de BlackRock France : les critiques se poursuivent, le gouvernement se justifie

Légion d'honneur au patron de BlackRock France : les critiques se poursuivent, le gouvernement se justifie
Jean-Francois Cirelli, alors dirigeant de GDF-SUEZ, en mai 2009.

, publié le jeudi 02 janvier 2020 à 11h45

Le premier secrétaire du PS a dénoncé une nomination "tout sauf anecdotique". La secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances a défendu cette nomination, arguant que Jean-François Cirelli "rendait service à notre pays". 

Les critiques se poursuivent après la nomination de Jean-François Cirelli, le président du gestionnaire d'actifs BlackRock France, au rang d'officier de la Légion d'honneur.

Jeudi 2 janvier 2020, le premier secrétaire du PS Olivier Faure a dénoncé une nomination "tout sauf anecdotique". La secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances a défendu le choix du gouvernement, arguant que Jean-François Cirelli "rendait service à notre pays".


Olivier Faure a estimé sur France 2 que la Légion d'honneur du patron de BlackRock France, révélait le "côté obscur de la réforme des retraites" et le choix du "camp des fonds de capitalisation". "Que feront les 300.000 Français qui gagnent plus de 10.000 euros par mois et qui cotisent aujourd'hui pour 3 milliards d'euros dans le système solidaire ? Ils s'échapperont vers un système différent qui sera le système par capitalisation", a pronostiqué le député de Seine-et-Marne.

C'est "un nouveau coup de poignard dans le dos des Français parce que c'est un système que nous avons voulu solidaire" et "c'est ce système là qu'on est en train de détruire progressivement avec la complicité de BlackRock", a poursuivi le patron du PS. "Je vois le Canard Enchaîné qui révèle à quel point BlackRock a été depuis l'élection du président Macron l'invité permanent de ce pouvoir-là, et qui aujourd'hui est décoré, donc c'est tout sauf une anecdote, c'est effectivement le choix d'un camp, celui des fonds de capitalisation", a-t-il encore accusé. 

Jeudi, la députée LFI Danièle Obono a employé sur Sud Radio le même terme de "provocation", rappelant que "depuis des semaines" LFI "explique que, en vérité, cette réforme a pour but de réduire à la portion congrue la retraite par répartition". La nomination de Jean-François Cirelli a également été vivement critiquée par EELV, le PCF, l'ONG Attac France ou encore Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France.

Invitée de BFMTV et RMC, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances a défendu jeudi cette décoration. Réagissant aux critiques suscités par sa nomination, Agnès Pannier-Runacher a jugé "pas correct" que Jean-François Cirelli fasse l'objet d'un tel discrédit. "Ça fait 40 ans qu'il travaille pour le public, il a été l'un des collaborateurs les plus proches de M. Raffarin. (...) C'est quelqu'un qui a travaillé au FMI, qui a travaillé au ministère de l'Économie et des Finances, qui a été collaborateur du Premier ministre, qui a été dirigeant d'une grande entreprise qui s'appelle GDF-Suez et qui, aujourd'hui, sert la cause de la France, justement, en disant que la France est un pays où il fait bon investir", a-t-elle affirmé. 

Agnès Pannier-Runacher a également avancé que, selon les chiffres de Bercy, la France était depuis deux ans la "première destination pour les investissements étrangers" dans l'industrie et dans les centres de recherche et développement. "À ce titre, le monsieur qui représente en France BlackRock et qui parle en termes positifs de la France, comme un endroit où on peut investir, où on peut créer des activités, a une valeur pour notre pays. Il rend service à notre pays", a poursuivi la secrétaire d'État. 

Concernant BlackRock, elle a assuré qu'"ils n'ont pas grand chose à y gagner" dans cette réforme des retraites car "c'est une boîte de Smarties, le marché français", "ça ne représente rien par rapport à leur gestion d'actifs". "C'est pas une boîte de Smarties, la question des retraites en France, ça fait partie d'une logique d'expansion de ce type de fonds d'actifs", lui a répondu sur LCI le candidat EELV pour la mairie de Paris David Belliard, pour qui "il y a une porosité entre les lobbies et le gouvernement".

Jean-François Cirelli, ancien dirigeant de GDF-SUEZ, puis d'Engie, et actuel président de la branche française de BlackRock a été nommé officier sur le contingent du Premier ministre, selon la promotion du Nouvel an de l'Ordre national de la Légion d'honneur publiée mercredi 1er janvier au Journal officiel. Peu connu jusque-là du grand public, le nom de BlackRock a pris un écho particulier à l'occasion de la mobilisation en France contre le projet de réforme des retraites, jusqu'à orner désormais des pancartes brandies lors des manifestations. 

Le puissant gestionnaire d'actifs a ainsi été accusé de faire valoir auprès de l'exécutif le régime de retraite par capitalisation, sur le modèle des fonds de pension américains, au détriment du système français actuel par répartition, ce dont il s'est défendu récemment dans un communiqué publié par sa filiale française. 
 

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