Le social selon Emmanuel Macron

Le social selon Emmanuel Macron
Au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a dit vouloir « mieux prévenir », « responsabiliser » les acteurs sociaux et « mieux accompagner » les plus fragiles.

leparisien.fr, publié le mercredi 13 juin 2018 à 21h39

Très attendu par sa majorité sur sa politique sociale, le chef de l'Etat a présenté ce mercredi à Montpellier ses projets de réforme. Mais sa vidéo choc a fait réagir à gauche et à droite.

A tous ceux qui attendaient que le président montre sa jambe gauche au congrès de la Mutualité à Montpellier, Emmanuel Macron a lancé d'entrée de jeu cet avertissement : « J'entends les commentateurs nous dire, il va aller devant les mutuelles et il va nous faire un grand tournant social, mais moi je n'ai pas le sentiment que lorsqu'on redresse l'économie, on soit contre le modèle social ! »

Qui a donc pu oser lui demander un rééquilibrage alors que toute sa politique concourt à plus de justice, semble se demander le chef de l'Etat ? Une partie de son camp qui, depuis près d'un mois, entre polémique et cafouillages sur les prestations sociales, est en proie au doute. Malaise de certains députés LREM, note confidentielle signée par trois économistes de son premier cercle... il y avait urgence à « redonner de la cohérence » comme on dit à l'Elysée.

Pour y parvenir, le président a réactivé tous les marqueurs de sa campagne. « Lutte contre l'assignation à résidence » des plus modestes, dénonciation de « la société de statuts », combat contre les inégalités « à la racine », « émancipation par le travail », le chef de l'Etat convoque la panoplie du macronisme pour convaincre les siens de « réinventer l'Etat providence ».

Les pieds ouvertement dans le plat

Sur le fond, le maquis des prestations sociales est, selon lui, inefficace et trop coûteux. « La solution n'est pas de dépenser toujours plus d'argent » insiste-t-il. L'injection de milliards d'euros dans la politique sociale ne permettrait pas de sortir de la pauvreté.

Vous n'avez pas saisi ? Le président le martèle plus clairement - et plus crûment - dans une vidéo délibérément postée sur les réseaux sociaux dans la nuit par sa chargée de communication : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s'en sortent pas ! » Un parler cash qui a hérissé, de LR jusqu'à la France Insoumise... Clin d'œil à la droite ? Stratégie de diversion pour masquer la forte polémique avec l'Italie ? Le président revendique, lui, de mettre les pieds dans le plat !

Face à ce diagnostic, à Montpellier le docteur Macron veut « mieux prévenir », « responsabiliser » les acteurs sociaux, et surtout « mieux accompagner » les plus fragiles. En clair, « inciter les pauvres à retrouver un job quand c'est possible, résume un conseiller ministériel. Et continuer à aider les plus abîmés par la vie ».

François Bayrou y a trouvé son compte

Une ligne de crête donc. Le président prône tout à la fois la préservation du système actuel pour les plus faibles et sa « refondation radicale » pour les autres. A mi-chemin entre un Laurent Wauquiez fustigeant « le cancer de l'assistanat » et des socialistes accros à la dépense publique, la voie du « en même temps social » est étroite.

L'allié centriste François Bayrou qui exhortait le président, dans nos colonnes à être « plus juste » y a trouvé son compte. Le président du MoDem juge cette « reconfiguration des aides sociales « légitime ». Dissipées les critiques des Marcheurs ? Pas si sûr.

Cette philosophie sociale doit maintenant passer les fourches caudines de Bercy. Le gouvernement jure qu'il n'y aura pas de coup de rabot sur le dos des plus pauvres. Tout en reconnaissant qu'il faudra faire des économies dans les budgets sociaux. Les arbitrages du plan pauvreté seront présentés en juillet. Dans la vidéo postée sur Twitter, Emmanuel Macron sermonne ses équipes chargées de lui écrire son discours. Ses plumes sont bien en peine de trouver « le fil directeur ». Sur le social aussi, le « en même temps » est complexe...

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