Le RN et Marine Le Pen ne ménagent plus Eric Zemmour

Le RN et Marine Le Pen ne ménagent plus Eric Zemmour
Le président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella, à Fréjus le 12 septembre 2021

publié le mardi 05 octobre 2021 à 13h24

Le Rassemblement national et Marine Le Pen sont passés à l'offensive et ne ménagent plus Eric Zemmour, potentiel rival de la candidate du RN pour la présidentielle, qui lui prend déjà des voix dans les sondages.

Le président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé lundi la "brutalité" des propos du polémiste à l'égard des femmes, un "point de divergence majeur" selon lui avec Marine Le Pen.

Dans son dernier essai, Eric Zemmour écrit notamment que les femmes "sont le but et le butin de tout homme doué qui aspire à grimper dans la société", et que l'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn menotté, "c'est une castration de tous les hommes français".

En outre pour M. Zemmour, "les femmes ont une forme d'intelligence différente de celle des hommes" ou "n'incarnent pas le pouvoir et ne sont que des régentes", a pointé Jordan Bardella. 

Le responsable d'extrême droite a aussi associé la "radicalité" du polémiste identitaire à celle de l'ancien président du FN (devenu RN) Jean-Marie Le Pen, exclu en 2015 du parti pour ses dérapages sur la Shoah.

La radicalité est "une partition qu'a longtemps jouée Jean-Marie Le Pen et que joue aujourd'hui Éric Zemmour. Cette radicalité, nous n'avons pas envie d'y retourner", a-t-il dit au Figaro vendredi.

- "Je les plains" -

Le polémiste, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles et dont les conférences de promotion de son livre s'apparentent de plus en plus à des meetings, a progressé dans les sondages au détriment notamment de la candidate du RN et des candidats de droite.

Selon un récent sondage Ipsos Sopra Steria, Marine Le Pen est donnée à 16% des intentions de vote, talonnée par Eric Zemmour à 15%, qui devance lui-même le candidat de droite Xavier Bertrand à 14%. Sans Eric Zemmour, Mme Le Pen monte à 25% et M. Bertrand à 17%.

"Mme Le Pen s'effondre dans les sondages et donc ils font feu de tout bois. Je les plains", a réagi sur RMC lundi le polémiste, qui assure n'exprimer "aucune brutalité" à l'égard des femmes et dit vouloir "expulser les étrangers coupables" d'agressions envers elles.

Eric Zemmour est lui-même accusé d'agressions sexuelles, selon plusieurs témoignages de femmes recueillis par Mediapart. Mais aucune plainte n'a été annoncée contre lui.

Marine Le Pen, qui assume une stratégie de "dédiabolisation" que certains qualifient de "recentrage" pour tenter d'assoir sa crédibilité en 2022, avait pourtant, à sa rentrée de septembre à Fréjus, multiplié les clins d'oeil au polémiste, en défendant comme lui la "civilisation" française et en affirmant que la France était à la "croisée des chemins", dans une allusion au site internet du polémiste.

- "Ultra-libéralisme" -

Mais après avoir épargné Eric Zemmour, un "concurrent" mais "pas un adversaire", et affiché sa sérénité face à lui en opposant son travail de "terrain" à la "lumière médiatique" posée sur le polémiste, la candidate semble avoir choisi de le critiquer désormais plus directement.

Sur l'immigration, "à part une forme de brutalité, qu'apporte-t-il de plus en termes de solutions ?",  demande-t-elle dans Valeurs Actuelles samedi. 

"J'ai l'impression d'entendre le Front national, il y a trente ans, au moment où le constat n'était pas partagé. Il fallait parler fort, parler dur, parler sans nuance pour pouvoir se faire entendre". "Désormais, le constat est acquis, il faut convaincre de la méthode", soutient Marine Le Pen qui a récemment présenté un projet de loi de référendum de refonte de "l'ensemble du droit applicable aux étrangers".

En outre, "on ne peut pas être monothématique" quand on se présente à la présidentielle, dit la candidate qui fait aussi campagne en cette rentrée sur le pouvoir d'achat et revendique un positionnement moins conservateur sur le plan sociétal.

"Ce que j'ai entendu d'Éric Zemmour sur le plan social, c'est de l'ultra-libéralisme, c'est du François Fillon +plus plus+. Je suis très clairement en désaccord avec cette vision ultra-libérale", affirme en outre Marine Le Pen qui continue, elle, à défendre par exemple la retraite à 60 ans.

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