Le RN accusé de monolithisme

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Jean Messiha à Paris le 10 janvier 2017
Jean Messiha à Paris le 10 janvier 2017
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© AFP, JOEL SAGET
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, publié le vendredi 06 novembre 2020 à 17h24

Le départ de Jean Messiha, responsable aux Etudes du RN, s'ajoute à de récentes mises à l'écart de cadres qui, tous, accusent le parti d'extrême droite de museler les oppositions et de devenir monolithique, au risque de fragiliser la candidature de Marine Le Pen en 2022.

"Il y a une incapacité du mouvement à gérer les différents courants", accuse le très médiatique délégué sortant aux Etudes et argumentaires du RN Jean Messiha, qui a annoncé mercredi son départ du parti, où il a été aussitôt remplacé par Franck Allisio, déjà conseiller de Marine Le Pen.

"A force de ne vouloir qu'aucune tête ne dépasse, on finit par ne plus rien avoir du tout", ajoute l'ancien cadre frontiste, énarque de formation, qui plaide pour une "saine émulation" des idées.

Le RN "n'est pas un parti comme les autres, il n'y a pas de motions, pas de sensibilités", affirme un autre cadre.

Le départ de M. Messiha fait suite à des sanctions émises contre deux élus proches de Marion Maréchal et à la mise à l'écart, cet été, de plusieurs membres de la commission nationale d'investiture partageant également les idées de l'ancienne députée du Vaucluse.

- "Paranoïa" -

"Le niveau de paranoïa va très loin", déplore l'un d'eux, quand des militants se voient reprocher d'avoir souhaité un "bon anniversaire" à Marion Maréchal sur les réseaux sociaux.

Certains dissidents fustigent la "garde rapprochée" de Marine Le Pen, mais le député et influent conseiller de la présidente du RN Bruno Bilde dément être à l'origine d'une purge "marioniste".

L'historien Nicolas Lebourg rappelle que l'ancien président du parti Jean-Marie Le Pen était "parvenu à fédérer tous les courants", des néo-païens jusqu'aux nationaux-catholiques, "et à se poser comme arbitre" jusqu'à la scission de Bruno Mégret en 1999.

Mais depuis, "on n'a plus cet équilibre entre les tendances" et "ça devient l'adhésion, la soumission à la famille Le Pen", selon ce spécialiste de l'extrême droite.

Sans courants dans le parti, "le poids de l'idéologie, du débat d'idées, disparaît. On est dans la tactique, dans la conquête du pouvoir", phénomène qui touche aussi d'autres partis, renchérit le politologue Jean-Yves Camus.

Marion Maréchal y voit une "tendance à la contraction" du RN, déjà en manque de militants et d'engouement comparé à 2017.

Même s'il ne s'agit que d'individus et pas d'une fronde organisée, les dissidents critiquent tous la stratégie de Marine Le Pen et son manque de technicité, reproches déjà formulés après son débat raté face à Emmanuel Macron en 2017 qui risquent d'entacher sa campagne présidentielle.

"Dans un moment où le RN a besoin d'une unité qui le dépasse, il faut éviter absolument des départs", prévient vendredi sur Twitter l'eurodéputé Gilbert Collard, qui se dit "attristé" par le départ de M. Messiha et ne "croit pas qu'on gagnera beaucoup à mécontenter, à blesser, à éloigner des gens de qualité".

- "Compétence" -

Marion Maréchal estime que sa tante ne "peut pas gagner seule" et doit faire "un effort d'ouverture" vers les déçus de la droite, alors que la cheffe du RN reste sur une ligne "ni droite, ni gauche".

Jean Messiha considère, lui, que le RN a "largement gagné la bataille des idées" mais pas celle des "urnes".

Il réclame un chef de parti qui "inspire confiance" y compris "par sa compétence" et qui "maîtrise bien les questions économiques", un souhait partagé par le maire de Béziers Robert Ménard.

Les choses pourraient certes se clarifier si Marine Le Pen se mettait en retrait du parti pendant la campagne présidentielle, comme elle l'envisage.

Reste que la cheffe du RN est toujours donnée au second tour face à Emmanuel Macron par les sondeurs, alors que ses thématiques sur le terrorisme et l'immigration infusent chaque jour davantage dans les autres partis.

Elle-même assure qu'il n'y a "ni croisade ni chapelles" au RN et invite les militants en désaccord avec sa ligne à se présenter au congrès prévu au printemps.

Or à ce stade, Marion Maréchal n'entend pas se présenter ni se "mettre au service d'un candidat" en 2022, et Jean Messiha ne rejoint aucune écurie.

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