Le Prix Nobel d'économie passe au crible la politique économique de Macron

Le Prix Nobel d'économie passe au crible la politique économique de Macron©Panoramic

6Medias, publié le dimanche 24 juin 2018 à 08h45

Dans une interview accordée au JDD, Jean Tirole fait un état des lieux de la politique économique d'Emmanuel Macron. Le prix Nobel se dit notamment favorable à la relance de l'Europe initiée par le président, mais est plus mitigé sur la politique sociale française.

Très discret dans les médias depuis son Prix Nobel obtenu en 2014, l'économiste français Jean Tirole évalue la politique d'Emmanuel Macron dans une interview accordée au JDD.

Il fait notamment le point sur les réformes engagées depuis un an, des réformes qu'il juge indispensables. "Il faut agir très vite dans un quinquennat. Si on attend la dernière année, on a que des ennuis". Mais l'économiste se montre beaucoup plus tempéré quand il s'agit d'évoquer les ordonnances réformant le Code du travail. "Le système actuel des CDI et des CDD est très mauvais. À une époque où le numérique impose un mouvement permanent, les premiers privent les entreprises de flexibilité. Un CDI, c'est trop risqué : 90 % des embauches se font déjà en contrat court ; demain si rien ne change, ce sera 95 %", alerte-t-il.



Pour faire face à ce phénomène, Jean Tirole se déclare en faveur d'un système sanctionnant les entreprises qui licencient. "Il faut appliquer le principe du pollueur-payeur au marché du travail. La rupture conventionnelle, dont l'usage se multiplie, est nuisible. Cette connivence entre le salarié et le patron permet de déguiser une démission en licenciement." Cependant, le Prix Nobel 2014 appuie certaines mesures, à l'image du plafonnement des indemnités prud'homales ou de la formation professionnelle. "Cela va dans le bon sens", dit-il dans le JDD. "Je suis heureux que l'État ait repris la main sur les partenaires sociaux dans ce domaine. C'est son rôle de vaincre le chômage".

La nécessaire réforme de la SNCF

Autre point de concordance entre Jean Tirole et le président de la République : la réforme de la SNCF. Pour lui, "elle n'offre pas toujours un service public de qualité, malgré une dette de 55 milliards. La réforme engagée va dans le bon sens", dit-il encore une fois. Tout en tançant les cheminots. "Ce qui les crispe, c'est l'arrivée de la concurrence, pourtant prévue par une directive européenne depuis 1991. Mais il faut passer par là". Enfin sur la relance de l'Europe, "le président a raison", estime Jean Tirole dans le JDD. "Il faut sauver l'Europe et ensuite relancer l'idéal européen. Pour cela, il faut plus de lois et de règlements communs."

L'économiste regrette que les gens pensent que l'Europe est responsable "de nos maux". "Nous avons besoin de plus d'Europe : la France ou l'Italie sont trop petites face à Google ou à la Chine." Et de faire une constatation implacable : "Revenir à 1930, que c'est triste !" Pour approfondir la construction européenne, Jean Tirole préconise certaines mesures, à commencer par la création de "règles communes", puis également que les États acceptent "de renoncer à une part de leur souveraineté".
Du bon et du moins bon donc pour le Prix Nobel, qui incite surtout l'État au dialogue. "L'État dit exercer ses pouvoirs régaliens. Mais ne peut pas tout faire seul et doit consulter et dialoguer avec les corps intermédiaires".

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