Le Pen propose deux milliards contre l'insécurité, Castaner fustige des mesures "faibles"

Le Pen propose deux milliards contre l'insécurité, Castaner fustige des mesures "faibles"
Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, au Salon de l'Agriculture, le 25 février 2020 Porte de Versailles, à Paris

, publié le mercredi 26 février 2020 à 20h59

Marine Le Pen veut consacrer deux milliards d'euros sur cinq ans à la lutte contre l'insécurité, dans un premier Livre blanc qui servira de base à son programme présidentiel, dénonçant le "laxisme" des pouvoirs publics et le "lien flagrant" entre insécurité et immigration.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez, qui doivent présenter prochainement un Livre blanc sur la sécurité intérieure, ont raillé dans un communiqué la "faiblesse" de mesures "passéistes".

"Si l'Etat n'assure plus sa mission première", les Français "vont finir par vouloir assurer eux-mêmes leur sécurité voire rendre eux-mêmes la justice", a prévenu la dirigeante d'extrême droite mercredi au siège de son parti à Nanterre, en banlieue parisienne, devant un mur tapissé de Unes de quotidiens régionaux relatant de nombreux faits divers.

"La vie des Français est gangrenée par l'insécurité" qui "partout gagne du terrain", a estimé la présidente du Rassemblement national, candidate déclarée à la présidentielle de 2022 depuis janvier, pour qui ce thème restera une "priorité" dans deux ans.

Marine Le Pen propose pour la combattre une loi de programmation sur cinq ans avec un budget de deux milliards d'euros, financé par des économies réalisées notamment sur la fraude, parmi 95 mesures pour "un retour à la paix civile", présentées dans un premier Livre blanc conçu par le mystérieux groupe d'experts du RN des "Horaces". Il sera suivi d'autres livrets thématiques, sur la fraude, l'énergie ou l'aménagement du territoire, qui "serviront de base" à son programme présidentiel.

- Infuser -


La finaliste de la présidentielle de 2017 entend par ces travaux faire valoir sa compétence, qui lui avait manqué selon les experts lors de son débat raté face à Emmanuel Macron entre les deux tours de 2017. "Nous devons impérativement être à la hauteur de la tâche", avait-elle insisté début janvier.

Partie tôt dans la course à l'Elysée, la candidate d'extrême droite semble vouloir infuser les projets de ses adversaires, invitant les médias "à regarder si les propositions" de LR ou du gouvernement "ne sont pas directement inspirées des (siennes)".

Marine Le Pen n'a pas manqué d'attaquer Emmanuel Macron, qui entend investir lui aussi le terrain régalien, l'accusant de "déconnexion et (de) désintérêt sur les questions régaliennes" et évoquant "le niveau d'incompétence" de Christophe Castaner.

Pour MM. Castaner et Nuñez, Mme Le Pen "ignore les menaces de demain, ne répond pas à celles d'aujourd'hui et alterne entre mesures déjà en vigueur et vieilles lunes de l'extrême droite".

La cheffe du RN s'en est prise également à la "culture du laxisme accompagnée d'une culture du non-dit" de tous les gouvernements en évoquant un "lien flagrant entre insécurité et immigration".

"La délinquance et la violence sous toutes ses formes sont encore plus insupportables quand elles sont commises par des étrangers accueillis sur notre territoire", a-t-elle souligné. Les habitants des "quartiers +hors contrôle+" ne "peuvent plus s'habiller comme ils l'entendent, ni sortir le soir, ni manger ce qu'ils veulent en public", selon elle.

- "Moins disant" -

Immigration et insécurité sont des thèmes fétiches de son parti depuis sa création en 1972. "La sécurité est la première des libertés", a-t-elle lancé en reprenant une expression de son père et ancien président du FN (devenu RN), Jean-Marie Le Pen.

Marine Le Pen a repris des propositions de son programme présidentiel de 2017, dont certaines apparaissent en retrait parce qu'elle a pris en compte les postes créés depuis. Elle propose ainsi de recruter 7.000 policiers et gendarmes, au lieu de 15.000 en 2017, et de créer en 6 ans 20.000 places de prisons. 

Le ministre de l'Intérieur a fustigé "une sécurité du moins-disant" avec cette proposition de créer 7.000 nouveaux postes pour les forces de l'ordre, alors que la cheffe du RN et députée du Pas-de-Calais "s'est opposée depuis 2017, budget après budget", à la création de 10.000 nouveaux postes prévus lors du quinquennat.

Début février, la politique sécuritaire d'Emmanuel Macron avait déjà été qualifiée de "fiasco" par le président (ex-LR) du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand, que M. Castaner avait invité à "bosser un peu le fond de ses dossiers".

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