Le ministre Mounir Mahjoubi "en stage" chez une "gilet jaune" du Var

Le ministre Mounir Mahjoubi "en stage" chez une "gilet jaune" du Var
Le secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi le 12 décembre 2018 à l'Élysée.

Orange avec AFP-Services, publié le vendredi 11 janvier 2019 à 15h43

Cultivant sa singularité au sein du gouvernement, le secrétaire d'État au Numérique passe la journée de vendredi avec Céline, assistante auprès de malades d'Alzheimer, pour honorer la promesse qu'il lui avait faite sur le plateau de Cyril Hanouna le 7 décembre.

Mounir Mahjoubi passe la journée de ce vendredi 11 janvier à Fréjus (Var), aux côtés de Céline. Il le lui avait promis début décembre, sur le plateau du talk show de Cyril Hanouna "Balance ton post".

Cette assistante de vie spécialisée auprès de malades atteints d'Alzheimer, mère célibataire, l'avait convié à un "stage" dans son quotidien, pour une journée auprès de ses patients puis une nuit sur son canapé clic-clac. 

En retour, le secrétaire d'État, titulaire d'un CAP cuisine, doit se mettre aux fourneaux. Il accueillera ensuite le 24 janvier à Paris, à son ministère de Bercy et à l'Assemblée. Puis elle l'accompagnera à Tours pour la signature d'une convention sur l'inclusion numérique. 

Des contacts réguliers avec le "gilet jaune" Maxime Nicolle

Depuis le début du mouvement, le jeune ministre reste fidèle à sa méthode singulière au sein du gouvernement. Dimanche 9 décembre 2018, au lendemain de l'acte 4 de la crise des gilets jaunes, Maxime Nicolle alias "Fly Rider" s'exprime sur Facebook live, quand, au milieu des commentaires qui défilent, ce message apparaît : "Bonjour, je suis Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'État au Numérique, accepteriez-vous qu'on discute..." L'homme politique et cette figure du mouvement nouent contact par téléphone. Depuis, même si leurs échanges restent fondés sur "la défiance" et "les appels à la responsabilité", Mounir Mahjoubi se dit "absolument convaincu qu'il faut parler" avec "Fly Rider", malgré ses propos controversés.

Mounir Mahjoubi se démultiplie pour tenter de tisser des liens directs avec les "gilets jaunes", quitte à utiliser des canaux inhabituels en politique. Ou à susciter parfois l'agacement de certains de ses pairs au gouvernement ou dans la majorité. Face à cette crise, il est resté en France, plutôt que de se rendre à Las Vegas pour le Salon de l'électronique grand public, événement phare du numérique. 

"C'est mon moteur dans la vie"

"Ça ne m'était jamais arrivé de voir une assistante de vie avoir des revendications sur les plateaux", explique à l'AFP Mounir Mahjoubi, soulignant "le mouvement de libération de la parole", notamment via les réseaux sociaux, qu'a engendré le mouvement des "gilets jaunes". "Ce que l'on est en train de vivre, c'est le mouvement de ceux qui se sentent humiliés, qui n'arrivent jamais à faire entendre leur voix", plaide ce fils d'une femme de chambre et d'un peintre en bâtiment. 

"C'est mon moteur dans la vie. Je voulais reconquérir cette voix que mes parents n'ont jamais eue", ajoute l'ambitieux secrétaire d'État de 34 ans, qui lorgne la mairie de Paris. "Le premier événement organisé (sur Facebook) par Éric Drouet (une figure du mouvement), avec une faute d'orthographe dans le titre, ça m'a vachement ému", poursuit-il, soulignant que "le numérique a donné à tous un moyen de se connecter" et "d'oser", même si "tous n'ont pas les codes politiques".

"C'est un cri d'alarme, mais c'est pas nos potes"

Dans une semaine marquée par des annonces sécuritaires du gouvernement, Mounir Mahjoubi, qui se veut "très ferme contre les casseurs", appelle toutefois à ce que "cette parole très sincère du début, on ne la perde pas de vue, malgré les violences" car "ce ne sont pas les mêmes personnes". 

Cet ancien syndicaliste CFDT et socialiste, adepte de démocratie participative, était un soutien actif de Ségolène Royal lors de l'élection présidentielle de 2007. Il a fait entendre sa singularité dans une tribune au Monde le 1er janvier, où il affirme sans détour : "nos façons d'être, notre langage parfois incompréhensible, ont été vécus avec violence et vus par certains comme les signes d'une rupture ou d'un mépris vis-à-vis des plus faibles, séparant les gens au pouvoir et les gens du peuple". "Elevons-nous à la hauteur des Français", y exhorte-t-il. 

Mais attention, mettent en garde d'autres membres de la majorité. "Il faut arrêter de les légitimer", s'indigne un député LREM. "C'est un cri d'alarme, mais c'est pas nos potes". Pour cet élu, "on s'adresse aux Français, pas aux gilets jaunes".

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