Le candidat Mélenchon dans le viseur des juges

Le candidat Mélenchon dans le viseur des juges
Tourcoing (Nord), le 8 janvier 2017. Dans ses meetings, Jean-Luc Mélenchon pourfendait le statut d'autoentrepreneur, pourtant adopté par des membres de son équipe de campagne.

leparisien.fr, publié le mardi 29 mai 2018 à 22h17

A la suite de nos révélations de janvier, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur les comptes de la campagne du patron de la France insoumise.

« Je suis très satisfait ! Ça montre que je n'ai pas raconté de sornettes, qu'il y avait bien un problème Mélenchon », se félicitait mardi soir auprès de notre journal Jean-Guy de Chalvron, l'homme par qui tout est arrivé, après l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les comptes de la campagne présidentielle du patron de la France insoumise. C'est en effet la démission fracassante de ce grand serviteur de l'État, ancien haut fonctionnaire aujourd'hui à la retraite, qui a attiré l'attention de la police judiciaire, chargée de procéder à des « vérifications » sur d'éventuelles violations du Code électoral.

Comme Le Parisien le révélait dès le 7 janvier, Jean-Guy de Chalvron fut en effet l'un des deux rapporteurs chargés d'éplucher les 52 cartons et 5 000 factures du candidat Mélenchon. Le 20 novembre, il avait claqué brutalement la porte de la Commission des comptes de campagne (CNCCFP) pour marquer sa « colère » et sa « révolte », refusant de fermer les yeux sur d'importantes dépenses potentiellement litigieuses et de couvrir de possibles irrégularités. Selon ses calculs, 1,45 million d'euros sur 10,7 millions.

Il s'était alors, dit-il, heurté à un refus brutal de la CNCCFP qui n'a retoqué au final, dans sa décision du 13 février, que 434 939 euros de surfacturations et « majorations » non justifiées. Prudence oblige, la Commission a toutefois discrètement adressé un signalement au parquet de Paris à la mi-mars, qui a saisi la police judiciaire en avril.

La petite entreprise d'Alexis Corbière

De quoi est-il question ? Jean-Guy de Chalvron avait notamment décelé un possible prêt illégal de main-d'œuvre, relevant du Code pénal.

Durant sa campagne, Mélenchon avait ainsi eu recours pour ses meetings à un prestataire, l'Ere du peuple, association loi 1901, dont trois salariés étaient également membres de l'équipe de campagne, au risque du conflit d'intérêts. Parmi eux, les députés LFI Bastien Lachaud et Mathilde Panot. Cette même association l'Ere du peuple s'était aussi fait taper sur les doigts par la CNCCFP pour avoir refacturé au candidat des frais particulièrement salés.

La Commission, enfin, avait épinglé des locaux de 91 m2 loués au candidat deux fois le prix du marché par la SCI mélenchoniste, les Œillets rouges. Enfin, pas illégal mais plus douteux, des dizaines des 122 membres de l'équipe de campagne, dont le porte-parole Alexis Corbière, avaient adopté pour se faire rémunérer le statut d'autoentrepreneur... que Mélenchon pourfendait dans ses meetings !

Mélenchon dénonce «une diversion»

« Quand on voit que Macron n'est pas inquiété sur ses comptes de campagne, alors qu'il y a des énormités... Décidément, on gêne ! » s'agaçait mardi Danielle Simonnet, rare membre de la France insoumise joignable. Jean-Luc Mélenchon, lui, s'est contenté d'un communiqué où il « garantit » avoir agi « honnêtement et scrupuleusement ».

Il y dénonce également une « diversion » au moment où plusieurs médias, dont notre journal, évoquent d'importantes remises potentiellement litigieuses dont aurait bénéficié le candidat Emmanuel Macron durant sa campagne de la part de sociétés, dont GL Events. Rien ne dit pourtant, à ce stade, que la justice ne se saisira pas aussi de ce dossier. « Les remises, au-delà de 15 %, c'est illégal », souligne une de nos sources.

Pas encore entendu par la justice, même s'il s'attend à l'être, De Chalvron espère que cette affaire permettra d'apurer le système de vérification des comptes de campagne, qu'il juge opaque et peu démocratique. Sa proposition : fusionner la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et la CNCCFP. Il a saisi plusieurs députés LREM de cette idée. Sans aucun succès pour l'instant.

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