Le 13 juillet 1788, un orage de fin du monde

Le 13 juillet 1788, un orage de fin du monde
La peinture de Philippe-Jacques de Loutherbourg montre la violence des orages de 1788.
A lire aussi

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 16h45

Un an avant la prise de la Bastille, la France est traversée par un coup de tonnerre et une averse de grêle exceptionnels. Les récoltes sont dévastées, le prix du pain augmente... et bientôt la colère.

La veille, il a fait épouvantablement chaud et lourd. Paris a suffoqué sous un couvercle de 34 °C, et le pays, perlé de sueur. Dieu merci, en ce 13 juillet 1788, on pourra se rafraîchir dans les églises du royaume. Comme tous les dimanches matin, les cloches sonnent à toutes volées pour appeler à la messe les fidèles qui ne se font pas prier. Leur tintement est soudain aspiré par un énorme claquement qui déchire le ciel, noir et menaçant. Comparable, rapporte Henri-Alexandre Tessier, « à celui de plusieurs carrosses qui roulent sur le pavé ».

Ce médecin-agronome, responsable de la bergerie royale (il a introduit les premiers moutons mérinos en France) se trouve à Andonville (Loiret), au sud d'Etampes (Essonne), quand il voit débouler vers 7h45 une nuée noire délavée de taches jaunâtres qu'il avise au premier coup d'œil : tous aux abris, la grêle arrive !

Pendant près de dix minutes, un déluge furieux s'abat sur le village et ses alentours, qui n'épargne ni les toitures, ni les fenêtres, ni les malheureux restés à découvert. Par chance, le repos dominical a bien fait les choses : personne ou presque ne travaille aux champs.

L'orage n'a pas épargné Paris

Vingt minutes plus tard, c'est au château de Rambouillet d'essuyer le feu de la mitraille glacée : 11 749 vitres sont brisées, toutes les tuiles sont emportées ainsi qu'un millier d'arbres. Cette forêt au tapis indique la direction de Paris, où la tempête orageuse débarque à 8h30. Derrière la forteresse de la Bastille, les cumulonimbus, noirs comme du charbon, foudroient la très populaire rue du Faubourg Saint-Antoine, qui fournira un an plus tard des bataillons de sans-culottes.

Dans la capitale, Charles-Joseph Messier, astronome passionné de météorologie, ramasse des grêlons pesant « plus de 5 quarterons » (environ 600 grammes). Ses observations rejoignent celles de Tessier qui les juge « gros comme le poing » : « ils étaient lancés avec une telle force qu'ils rebondissaient comme une balle de paume », explique le médecin dans le rapport qu'il rend à la société royale de Médecine le 28 juillet.

Le cataclysme fait le lit de la Révolution

La perturbation, qui a commencé à se former avant l'aube vers l'île d'Oléron, s'est intensifiée en survolant la Touraine avant de balafrer des Pays de la Loire à la Flandre. Sur 450 km de long, le cataclysme creuse deux sillons de désolation, distants d'une vingtaine de kilomètres. « En cinq à six minutes, la terre fut recouverte de glaçons », consigne Tessier dans son rapport.

A Orléans, l'épais tapis mettra trois jours à fondre ! De nombreuses flèches d'église n'ont pas résisté aux rafales, plusieurs moulins ont été soufflés loin de leur socle, ainsi que des granges et des maisons. « En moins d'un quart d'heure, cet orage terrible ôta tout espoir de récolte. Tout fut enterré, haché, abîmé, déraciné ; les toits découverts, les vitres brisées, les vaches et les moutons tués ou blessés », énumère Meissier.

Au total, 1039 paroisses se déclarent sinistrées, 100 000 ha de terre ne seront pas moissonnées. Mais de l'avis général, le bilan, est très sous-estimé, comme les 25 millions de francs or de dégâts. Environ 10 % du budget du royaume est liquidé par le déluge, que certains - comme cela est consigné dans des cahiers de Paris - expliquent par la « commotion » que le son des cloches produit dans l'air !

Reste que le terrible orage aura des conséquences que personne n'imagine alors : les mauvaises récoltes (dues également à la sécheresse du printemps 1788) font s'envoler le prix du pain. Le terrible hiver qui suit fait grimper celui du bois, et achève d'exaspérer le peuple qui gronde... Un orage peut en cacher un autre.

LE LOTO DU ROI

Lancer un loto pour la sauvegarde du patrimoine en péril, comme l'a fait Emmanuel Macron jeudi soir, Louis XVI y avait pensé. Mais pour les communes en péril.

Le 26 juillet, un arrêt de son Conseil d'Etat crée une loterie en faveur des provinces dévastées par l'orage. Lui-même avait été surpris par le déluge de grêle alors qu'il revenait du château de Rambouillet pour rejoindre celui de Versailles. « Les chevaux prirent le mors aux dents, les gardes du corps eurent beaucoup de peine à les arrêter », rapportera un témoin. Le roi parvint à se réfugier sous un hangar à Coignières (Yvelines). Il n'aura pas toujours cette chance.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.