Laurent Nuñez revient en première ligne sur le front de la lutte antiterroriste

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Laurent Nuñez à l'issue d'une réunion à l'Élysée 18 septembre 2019
Laurent Nuñez à l'issue d'une réunion à l'Élysée 18 septembre 2019
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© AFP, LUDOVIC MARIN

, publié le mercredi 15 juillet 2020 à 17h10

L'ex-patron de la sécurité intérieure, Laurent Nuñez, revient sur le front de la lutte antiterroriste en prenant la tête de la "task force" élyséenne, après une parenthèse de 20 mois en politique comme secrétaire d'Etat à l'Intérieur.

M. Nuñez, 56 ans, sera le nouveau coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), placé auprès du président de la République. Il remplacera Pierre de Bousquet de Florian devenu directeur de cabinet du nouveau ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

A ce poste, il sera notamment chargé de l'analyse globale de la menace et de proposer au Président les orientations du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Destinataire des renseignements recueillis par les "services spécialisés", il sera aussi chargé de transmettre les instructions du Président aux ministres responsables et de s'assurer de leur mise en œuvre. 

Haut fonctionnaire passé par des postes-clés de l'appareil policier, réputé fin connaisseur des dossiers, Laurent Nuñez avait décidé de franchir le rubicon entre la haute fonction publique et l'engagement politique en devenant en octobre 2018 secrétaire d'Etat à l'Intérieur en duo avec Christophe Castaner, nommé ministre.

De 2017 à 2018, il avait occupé les fonctions de directeur général de la sécurité intérieure (DGSI) dont il en fera le chef de file de la lutte antiterroriste, après les années 2015 et 2016 marquées par une vague sans précédent d'attentats jihadistes.

Ex-inspecteur des impôts passé par l'ENA, il a occupé les fonctions stratégiques de directeur de cabinet du préfet de police de Paris de 2012 à 2015 après avoir été sous-préfet, puis sous-préfet hors classe à Bayonne où il a suivi les affaires basques, et directeur de cabinet du préfet de Seine-Saint-Denis (2008-2010).

De 2015 à 2017, il avait occupé le poste également très sensible de préfet de police des Bouches-du-Rhône. Avant de piloter la DGSI, il avait été pressenti pour prendre la tête de la direction générale de la police nationale (DGPN).

Depuis le dernier remaniement gouvernemental, l'avenir de M. Nuñez faisait l'objet de nombreuses spéculations avec, par exemple, l'hypothèse d'un maintien comme secrétaire d'Etat à l'Intérieur chargé de la sécurité du quotidien, aux côtés de Gérald Darmanin et Marlène Schiappa.

-"Homme de l'institution"-

Selon une source proche du dossier, le duo Darmanin-Schiappa ne devrait pas se voir adjoindre un nouveau secrétaire d'Etat. 

Lors de sa passation de pouvoirs, le nouveau ministre avait rendu un vibrant hommage à l'ex-secrétaire d'Etat, en disant qu'il continuerait à "servir l'intérêt général et ce ministère".

"En regagnant l'administration, M. Nuñez ne se voit pas revenir à ce stade en politique et a fortiori comme élu", a commenté auprès de l'AFP une source préfectorale dont il est proche.

Ce nouvel aller simple du monde politique vers l'administration, certains de ses pairs le pensaient impossible.

"En entrant en politique, il a +brûlé ses vaisseaux+. Il n'y aura pas de retour en arrière possible", jugeait l'un de ses pairs, membre du corps préfectoral, après sa nomination surprise au gouvernement.  

Le nom de M. Nuñez, qui a su cultiver sa proximité avec policiers et gendarmes, avait circulé pour prendre la succession de M. Castaner. 

On lui a également prêté des ambitions d'implantation locale, d'abord dans le Cher dont il est originaire et surtout dans les Bouches-du-Rhône et Marseille. 

Dans le duo qu'il formait avec M. Castaner, il incarnait "l'expert", mais derrière le spécialiste des questions de sécurité, l'ex-préfet amoureux du "terrain", avait aussi pris goût à la politique.

Outre les dossiers antiterroristes, M. Nuñez a également été en première ligne dans la gestion de l'ordre public lors de la crise des "gilets jaunes" incarnant volontiers une ligne dure face aux débordements. Il avait été également en pointe sur les projets de réforme de la police.

"Le voir partir est un regret car il a été le pilier porteur du futur livre blanc sur la sécurité intérieure", a commenté David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires (SCPN-Unsa).

Souvent vanté par des syndicalistes policiers ou haut fonctionnaires comme "l'homme de l'institution", il a fini par revenir dans son giron.

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