Laïcité, Sécurité, immigration : Marine Le Pen affronte Gérald Darmanin dans un débat au goût de présidentielle

Laïcité, Sécurité, immigration : Marine Le Pen affronte Gérald Darmanin dans un débat au goût de présidentielle
(illustration)

, publié le mercredi 10 février 2021 à 13h39

L'enjeu est important pour Marine Le Pen, qui garde en mémoire son débat "raté" à l'entre-deux tours de la présidentielle 2017.

D'un côté, une candidate d'extrême-droite qui cherche à se positionner pour la présidentielle de 2022. De l'autre, un poids-lourd de la majorité, souvent accusé d'aller chasser sur les terre du Rassemblement national. Marine Le Pen et Gérald Darmanin s'affrontent jeudi 11 février dans un débat télévisé très attendu, qui pourrait bien donner le ton des discussions à venir dans le cadre de la campagne présidentielle à venir.

Au menu de ce débat qui doit durer 45 minutes dans l'émission politique de France 2 "Vous avez la parole : les sujets régaliens, laïcité/islamisme, immigration et sécurité.


Marine Le Pen, donnée au second tour face à Emmanuel Macron selon de récents sondages, affûte ses arguments avec le mystérieux groupe de hauts fonctionnaires des Horaces, son numéro deux Jordan Bardella, son conseiller Philippe Olivier, ou encore l'eurodéputé Jean-Paul Garraud, principal auteur de sa contre-proposition sur les séparatismes, et ses communicants.

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on ne veut pas révéler "ce qui se passe au vestiaire" avant le match.

Mais on souligne que Gérald Darmanin est "à fond dans ses missions" qui "touchent aux sujets du débat", que ce soit pour défendre le projet de loi sur les séparatismes (dit "confortant le respect des principes de la République"), actuellement en discussion à l'Assemblée, ou pour animer le "Beauvau de la sécurité", concertation inédite sur la police.

Pour Marine Le Pen, qui garde en mémoire le débat "raté" de la campagne présidentielle 2017, le rendez-vous de jeudi est un véritable galop d'essai. Elle avait reconnu avoir été trop offensive lors de ses passes d'armes avec Emmanuel Macron à l'entre-deux tours.

Marine Le Pen vient cette fois avec une contre-proposition sur les séparatismes, où elle cible précisément les "idéologies islamistes" qui sont à ses yeux "partout" et qu'elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile. La dirigeante d'extrême droite fustige la "concession sémantique" d'un gouvernement qui "renonce à dénoncer l'ennemi" islamiste, et assume la "brutalité" de sa proposition de loi, considérant qu'il faut lutter contre l'islamisme -"idéologie totalitaire" pour le RN- "de la même manière" que contre le nazisme. Et peu importe si sa contre-proposition est jugée anticonstitutionnelle ou inapplicable "dans le système actuel puisque Marine Le Pen propose de changer de système", note le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus.

Marine Le Pen ne manquera pas non plus d'attaquer le gouvernement sur l'immigration qui, pour elle, "est le terreau du communautarisme qui lui-même est le terreau du fondamentalisme islamiste".

Pour Gérald Darmanin, "on mentirait si on disait aux Français que si on stoppait l'immigration on stopperait le terrorisme", étant donné que "trois quarts" des auteurs des attentats en France "sont Français". En disant cela, le ministre fait un "cadeau" à Marine Le Pen pour son débat, a estimé sa nièce Marion Maréchal mardi sur CNews.

"Populaire contre populisme"

Marine Le Pen et Gérald Darmanin, qui ont déjà débattu à la télévision en octobre 2017, se sont aussi donné la réplique à l'Assemblée. Quand la députée du Pas-de-Calais dénonce la "reculade" du gouvernement face à "l'hydre islamiste", Gérald Darmanin fustige le "grand méchant flou" de ses propositions. Jeudi, le ministre entend faire valoir que, sur le régalien, "des réponses républicaines fortes peuvent être apportées, sans pour autant faire fi de l'État de droit comme le propose Marine Le Pen".

Le débat est aussi un test pour la majorité, qui se prépare à 2022 et reste tiraillée entre les tenants d'une "laïcité de combat" et ceux qui ne veulent pas stigmatiser l'islam. L'ancien maire de Tourcoing (Nord) se défend de marcher sur les plates-bandes de l'extrême droite. "Toute sa vie politique a été construite dans le combat au Front national" (devenu RN), insiste son entourage.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal assure que Gérald Darmanin "saura démonter les fantasmes, les mensonges de Marine Le Pen". Pour un ministre, cette joute "c'est le populaire contre le populisme". "Gérald Darmanin se rêve en Bernard Tapie du système", selon lui.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.