"La vindicte populaire n'est pas la justice" : 167 parlementaires de la majorité défendent la nomination de Gérald Darmanin, accusé de viol

"La vindicte populaire n'est pas la justice" : 167 parlementaires de la majorité défendent la nomination de Gérald Darmanin, accusé de viol
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin le 7 juillet 2020 aux Mureaux, dans les Yvelines.

, publié le mercredi 15 juillet 2020 à 14h23

Dans une tribune publiée dans Le Monde, 167 parlementaires de la majorité rappellent que "la présomption d'innocence est protégée par notre Constitution", alors que les manifestations féministes se multiplient depuis la nomination de Gérald Darmanin à l'Intérieur. A l'inverse, l'ancienne ministre sarkozyste Rachida Dati dénonce l'un des "pires symboles". 

La nomination récente de Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur, visé par des accusations de viol, ainsi que celle de l'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti à la Justice, très critique envers le mouvement #MeToo, continue d'attiser la colère des féministes, ce que dénoncent mercredi 15 juillet 167 parlementaires de la majorité dans une tribune publiée dans Le Monde



"Le nouveau gouvernement est l'objet d'attaques particulièrement violentes de la part de manifestantes et manifestants qui dénoncent la nomination de deux ministres régaliens, celui de l'intérieur et celui de la justice, en scandant des slogans aussi indignes et diffamants que 'Bienvenue au ministère du viol', 'Violeurs en prison, pas au gouvernement' ou encore 'La culture du viol En marche'", écrivent les signataires emmenés par les députées LREM Alexandra Louis et Anne-Laurence Petel.




Le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre, les marcheurs Marie Lebec, Roland Lescure ou encore Aurore Bergé, ainsi que le sénateur LREM Julien Bargeton, Olivier Becht (Agir) ou le MoDem Mohamed Laqhila assurent être engagés depuis 2017 "pour faire progresser l'égalité entre les femmes et les hommes et pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes", mais plaident qu'il faut avancer sur ces sujets "sans renoncer à ce que nous sommes : un Etat de droit". "La présomption d'innocence est protégée par notre Constitution, la même qui consacre le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes", soulignent-ils, ajoutant que "la vindicte populaire n'est pas la justice". 

"En France, seule l'institution judiciaire peut dire qui est coupable ou non, et c'est un garde-fou contre l'arbitraire. L'histoire nous l'a appris, la justice doit être rendue dans les prétoires dans le respect des droits humains (...) Là où l'arbitraire règne, il n'y a pas de démocratie et les plus faibles sont livrés au sort des plus forts", insistent-ils. 

Quel équilibre ? 

La veille, lors de son interview du 14-Juillet, Emmanuel Macron a dit respecter "l'émoi et la colère" des féministes après l'arrivée au ministère de l'Intérieur de Gérald Darmanin, tout en défendant cette nomination au nom de la présomption d'innocence dont il s'estime le "garant". "Il y a aussi une relation de confiance, d'homme à homme", avait-il souligné. 

Mais pour Rachida Dati cette nomination "envoie les pires symboles en considérant qu'une suspicion de viol, d'harcèlement et d'abus de confiance ne serait 'pas un obstacle' à diriger le pays". "Quel message adressé aux victimes quand on sait le rôle de la police dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, notamment dans la réception des plaintes et la conduite des enquêtes ?", demande l'ancienne ministre de la Justice sarkozyste dans une tribune également publiée dans Le Monde, qui souscrit "aux propos de (la militante féministe) Caroline De Haas quand elle affirme que le seul crime pour lequel on accepte cela est le viol".

L'ancienne candidate Les Républicains à la mairie de Paris rappelle qu'"au début du quinquennat, des ministres ont été congédiés en quelques semaines pour des affaires judiciaires sans être condamnés", dont le chef du MoDem François Bayrou et la députée MoDem Marielle de Sarnez, tous deux mis en examen dans une affaire d'assistants parlementaires européens présumés fictifs.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a de son côté affirmé sur France Inter qu'il ne savait "pas si il y a eu viol ou pas et, évidemment, la présomption d'innocence doit être garantie. Mais ça n'est pas le seul principe en droit pénal, on doit aussi garantir l'équité et l'équilibre entre les parties". Or "comment voulez-vous qu'il y ait un équilibre entre les parties quand vous en avez un qui devient ministre de l'Intérieur qui va avoir toutes les informations sur une enquête dont il est lui-même partie, et une femme qui est aujourd'hui vilipendée par les soutiens du chef de l'Etat?", a-t-il demandé.
 

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