La venue d'une étudiante voilée à l'Assemblée nationale relance le débat sur les signes religieux

La venue d'une étudiante voilée à l'Assemblée nationale relance le débat sur les signes religieux
La tenue de Maryam Pougetoux avait déjà fait parler d'elle en mai 2018, lorsqu'elle était apparue comme représentante de l'Unef dans un reportage de M6.

publié le samedi 19 septembre 2020 à 07h00

Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat étudiant Unef, était entendue jeudi dans le cadre de la commission d'enquête sur les effets de la Covid-19 sur les jeunes. Ce ne sont pas ses propos, qui lui valent d'être pointée du doigt par certains, mais sa tenue, puisqu'elle s'est présentée voilée face aux députés dont certains - LR et LREM - ont quitté l'audition. 

Ils comptaient ainsi protester contre l'apparence de la jeune femme, perçue comme "une provocation" communautariste. L'incident a provoqué une énième querelle sur la place des signes religieux dans la vie publique. 




Cela n'a duré que quelques minutes jeudi matin, mais le retentissement dépasse les murs du Palais Bourbon.

Nouvel écho d'un débat qui divise la société française depuis l'affaire des "foulards de Creil" en 1989 - ceux de trois adolescentes exclues d'un collège, première polémique sur le voile islamique. 

Lors de l'audition de représentants de syndicats étudiants dans le cadre de la nouvelle commission d'enquête sur "les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse", une poignée de députés ont quitté la salle pour protester contre le "hijab" porté par la vice-présidente de l'Unef, Maryam Pougetoux. 

"Discrimination" 

Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, a souligné vendredi que "la neutralité s'applique uniquement aux fonctionnaires de l'État". L'étudiante voilée n'a donc pas enfreint le principe de laïcité. Le port de tout signe religieux ostensible, comme de tout uniforme, a été interdit dans l'hémicycle en 2018, mais pour les seuls députés.

Ainsi, "l'attitude des députés pourrait être qualifiée de discrimination à l'égard d'une personne en raison de sa confession ou de ses opinions", a dénoncé Mohammed Moussaoui auprès de l'AFP, jugeant cet épisode "contre-productif" dans la lutte contre le radicalisme. 

Pierre-Henri Dumont (LR), l'un des députés concernés, estime qu'il s'agit d'un "acte communautariste délibéré" enfreignant "le principe de laïcité", Anne-Christine Lang (LREM) relevant une "marque de soumission" inacceptable dans "le coeur battant de la démocratie". 

Faut-il légiférer ? 

Le règlement de l'Assemblée nationale n'interdit pas le port de signes religieux pour les personnes auditionnées, ce dont elle ne disconvient pas. Mais la députée de Paris, qui affirme avoir été "assez choquée", juge, dans un entretien à L'Express, souhaitable "que l'on soit débarrassé de tout signe religieux lorsque l'on vient s'adresser à la représentation nationale". 

Une position partagée à droite, où plusieurs élus plaident pour un durcissement des règles sur le port de signes religieux dans l'espace parlementaire. 




"L'Assemblée nationale n'a pas à être le théâtre du militantisme islamiste. En dehors de l'audition de responsables religieux, il faut interdire les signes religieux à l'Assemblée" nationale, a fustigé sur Twitter le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti. "Il faut changer le règlement afin que tous les espaces parlementaires soient neutres sur le plan de la religion", fait valoir le vice-président des LR et maire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Gilles Platret.

La gauche divisée sur le sujet 

"Les mêmes qui se sont insurgés contre Julien Odoul dans l'affaire de la femme voilée au conseil régional de Bourgogne Franche-Comté commencent à comprendre. On progresse, lentement, mais on progresse", a ironisé Nicolas Meizonnet, député (RN) du Gard, sur Twitter. En octobre 2019, le conseiller régional Julien Odoul (RN) avait fait polémique en s'en prenant longuement à une accompagnatrice voilée, lors d'une visite scolaire du conseil régional.

À gauche, où la question du port du voile divise, entre droits des femmes et refus de stigmatiser les musulmans, l'eurodéputé EELV Yannick Jadot estime que cette polémique est "une rupture complète avec les principes de la laïcité". "Cette Assemblée nationale a fait venir en son temps l'abbé Pierre qui a même été député", a-t-il rappelé. Le célèbre religieux fut député de la Meurthe-et-Moselle de 1946 à 1951. 

Malaise dans la majorité 

Signe de divergences à gauche, l'ex-candidate PS à l'élection présidentielle Ségolène Royal a admis sur RMC/BFMTV qu'elle aurait elle aussi quitté la salle

Du côté des marcheurs et de l'exécutif, on se serait volontiers passé de cette polémique, alors qu'est attendu le projet de loi sur les "séparatismes", qui pourrait mettre à mal l'unité déjà fragile du groupe majoritaire. "Il faut respecter la loi, toute la loi, rien que la loi et la loi n'interdit pas à un usager du service public, à un citoyen, de porter un signe religieux", plaide le délégué général du parti LREM, Stanislas Guerini. "Évitons d'hystériser le débat", a fait valoir la ministre du Travail, Elisabeth Borne. "Il faut éviter de créer de la crispation inutile sur ces sujets". 

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