La suppression de la taxe d'habitation pour tous en 2023 est "maintenue", confirme Jean Castex

La suppression de la taxe d'habitation pour tous en 2023 est "maintenue", confirme Jean Castex
"Nous ne pensons pas que le recours à l'arme fiscale soit un bon outil pour gérer la crise", a argumenté Jean Castex.

, publié le vendredi 17 juillet 2020 à 21h24

Jean Castex, invité sur le plateau du JT de France 2 ce vendredi 17 juillet, a affirmé que "la suppression de la taxe d'habitation selon le calendrier (prévu) sera maintenue", après qu'Emmanuel Macron a évoqué un possible report le 14 juillet dernier.

Pour l'heure, le calendrier de la suppression de la taxe d'habitation pour les 20% les plus riches, prévue en 2023, est bel et bien "maintenu". C'est ce qu'a affirmé le Premier ministre Jean Castex ce vendredi 17 juillet, interviewé dans le JT de France 2.


"On va continuer sur le même rythme.

Donc, la suppression de la taxe d'habitation selon le calendrier (prévu) sera maintenue", a précisé le chef du gouvernement, alors qu'Emmanuel Macron avait évoqué le 14 juillet un possible report, promettant un plan de relance "d'au moins 100 milliards d'euros".


"Une option possible serait de décaler un peu, pour les plus fortunés d'entre nous, la suppression de la taxe d'habitation, ce qui peut être quelque chose de légitime en période de crise", avait alors déclaré le président face à Léa Salamé et Gilles Bouleau. Cela "peut être quelque chose de légitime en période de crise", avait justifié Emmanuel Macron. Il avait alors jeté le trouble sur une réforme défendue depuis trois ans par l'exécutif comme un des axes de son action en faveur du pouvoir d'achat.

"Nous ne pensons pas que le recours à l'arme fiscale soit un bon outil pour gérer la crise", a cependant argumenté Jean Castex ce vendredi sur France 2. Avant de préciser : "Nous nous adapterons en fonction de l'évolution de la conjoncture."



"Nous voulons protéger les classes moyennes"

Mercredi 15 juillet, le Premier ministre n'en avait soufflé mot dans son discours de politique générale à l'Assemblée nationale. Pressé de préciser l'intention présidentielle, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait alors confirmé le soir même que la taxe d'habitation "(serait) bien supprimée" pour tout le monde, mais reconnaissait que le gouvernement réfléchissait à "prendre un peu plus de temps" pour finaliser cette suppression pour les ménages les plus riches.

Le ministre restait évasif, avec un argument : parmi les 20% de ménages qui doivent encore payer cette taxe jusqu'en 2023, soit ceux dont le revenu est supérieur à environ 2.300 euros pour une personne seule, "il y a beaucoup de classes moyennes et nous voulons protéger les classes moyennes. Nous le faisons en refusant toute augmentation d'impôts". Et il temporisait: "je vais consulter les parlementaires pour voir ce qu'ils en pensent, faire des propositions au Premier ministre, et ensuite les arbitrages définitifs seront rendus".

Initialement prévue pour se limiter aux 80% de ménages les moins aisés, la suppression de la taxe d'habitation avait finalement été élargie à l'ensemble des ménages après un rappel à l'ordre du Conseil constitutionnel. Elle devait donc être supprimée progressivement pour les 80% les moins aisés entre 2018 et cette année, puis en 2021 pour tous les ménages, soit un effort d'environ 17 milliards d'euros pour les finances publiques.

Le débat sur la participation des plus riches à l'effort de crise relancé

Mais ce premier calendrier avait déjà pris un coup avec le report à 2023 de la suppression totale pour les plus fortunés - ceux dont le revenu est supérieur à environ 2.300 euros pour une personne seule - dans la foulée du mouvement des "gilets jaunes". Un éventuel nouveau report avait été évoqué mardi par Emmanuel Macron dans un "esprit de justice" alors que, depuis le début de la pandémie de Covid-19 et de la crise économique qui en découle, le débat sur la participation des plus riches à l'effort de crise a été relancé.

Dividende, retour de l'ISF, salaires des grands patrons : certains économistes, à l'image de la prix Nobel Esther Duflo, ou responsables politiques et syndicaux, ont réclamé un effort des plus fortunés.

Emmanuel Macron a totalement rejeté mardi le retour de l'ISF et d'une réaugmentation de la taxation du capital, et dans les premières semaines de la crise, le gouvernement avait assuré que la stratégie fiscale annoncée en début de quinquennat ne serait pas remise en cause par l'épidémie de Covid-19.

Jouer sur la taxe d'habitation est "un moyen symbolique" de répondre à cette demande de solidarité, juge François Ecalle, ex-magistrat à la Cour des comptes et président de l'association Fipeco (Finances publiques et économie). "Ça ne va pas changer grand chose à l'océan de dépenses publiques engagées depuis la crise", ajoute-t-il.
 

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