La réforme des retraites, "priorité absolue" du gouvernement ou non ?

La réforme des retraites, "priorité absolue" du gouvernement ou non ?
(Photo d'illustration)
A lire aussi

, publié le mercredi 02 décembre 2020 à 17h09

Critiqué jusque dans la majorité après avoir assuré dimanche dans Le Parisien que la réforme des retraites était "la priorité absolue", le ministre de l'Economie Bruno Le Maire est revenu sur ses déclarations mardi soir en affirmant sur LCI que la réforme était la "priorité absolue des réformes le jour où nous engagerons les réformes". 

Faut-il relancer la controversée réforme des retraites ? Repoussée en raison de la crise du Covid-19, la réforme "doit être la priorité absolue", a estime dimanche 29 novembre dans les colonnes du Parisien le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Et pour cause : elle est l'un des facteurs, avec "le retour de la croissance" et "la maîtrise de nos dépenses de fonctionnement", qui permettront à l'Etat "de rembourser la dette" issue de la crise sanitaire, explique le locataire de Bercy. Une vision à laquelle s'est aussitôt opposée la ministre du Travail Elisabeth Borne pour laquelle "la priorité absolue, c'est de sortir la crise sanitaire économique, sociale, de protéger les emplois".



 

Outre Mme Borne, plusieurs membres du gouvernement ont pris leurs distances avec les propos du ministre de l'Economie. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement Marc Fesneau, a dit souhaiter une réforme "qui vise à avoir plus de justice" mais estime que "l'angler sur la question budgétaire ne (lui) paraît à ce stade pas la question". Le chef de file des députés LREM Christophe Castaner s'est dit sur RTL "favorable à sauver les retraites" et pour "une réforme plus juste", mais sans se prononcer sur un calendrier.   

"Pas indispensable en ce moment"

A la réunion du groupe LREM mardi, le Premier ministre a placé cette réforme parmi les chantiers à venir, selon un participant. En petit comité, Jean Castex dit vouloir distinguer les volets paramétriques, c'est-à-dire l'équilibre des comptes, et le volet systémique, c'est-à-dire l'engagement présidentiel d'avoir un système unifié de retraite d'ici la fin du quinquennat. "Quand on met structurel (un nouveau système par points, ndlr) et paramétrique (réforme financière du système, ndlr) ensemble, cela fait des courts circuits", rappelle un ministre.

La porte-parole de LREM Aurore Bergé ne sait pas si elle est "indispensable en ce moment", mais "on ne peut pas donner le sentiment que la réforme doit s'interrompre parce qu'il y a une crise sanitaire". Le patron de LREM, Stanislas Guerini, souhaite lui aussi "avancer d'ici la fin du quinquennat" sur ce "chantier essentiel".

"D'ici la présidentielle, il n'y a pas de possibilité sauf à vouloir une explosion sociale"

Les propos du ministre de l'Economie ont également fait réagir dans l'opposition mardi à l'Assemblée nationale. "La réforme des retraites est mort-née car ceux qui l'ont portée sont démonétisés", et "il y a trop de tension sociale", a estimé mardi à l'Assemblée nationale le patron des députés LR Damien Abad, qui n'y croit pas avant la présidentielle de 2022.

Le communiste Pierre Dharréville a jugé qu'il "serait profondément indécent de revenir à cette réforme de régression sociale" qui avait engendré plusieurs journées de grèves et de manifestations l'hiver dernier. Pour la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, rien ne "peut sérieusement (la) justifier", hormis le fait, à ses yeux, que la Commission européenne l'exige "en contrepartie du plan de relance".

"D'ici la présidentielle, il n'y a pas de possibilité sauf à vouloir une explosion sociale", a également prévenu le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, qui n'est pourtant pas hostile à réformer le système par points mais ne veut pas entendre parler de réforme financière.

Bruno Le Maire temporise 

Face à tant de réactions, le ministre de l'Economie a tempéré ses déclarations. La réforme des retraites sera la "priorité absolue des réformes le jour où nous engagerons les réformes" une fois que la France aura retrouvé le chemin de la croissance, a-t-il déclaré mardi sur LCI. "Il faut faire les choses les unes après les autres, la protection, la relance et ensuite rembourser la dette que nous avons contractée et reprendre le chemin des réformes", a-t-il expliqué, concédant que "si on ne veut pas se prendre les pieds dans le tapis, il ne faut surtout pas tout faire à la fois".

"Les choses n'ont pas changé, notre économie a besoin des transformations profondes, notre régime des retraites a besoin de transformations profondes aussi le moment venu", a-t-il néanmoins réaffirmé. "Quand nous aurons retrouvé de la croissance et de l'activité économique il faudra reprendre le fil des réformes qui fait partie de l'ADN de la majorité à laquelle j'appartiens", selon lui.

Interrogé sur le point de savoir si dans ce cas il estimait encore opportun d'engager ces réformes dès l'an prochain, Bruno Le Maire a répondu espérer "qu'en 2021 nous aurons retrouvé le chemin de la croissance, nous aurons retrouvé une économie plus dynamique".

Pas d'augmentation de l'âge de départ à la retraite... pour le moment

Au delà de la nécessité de réduire les déficits publics, le ministre a regretté que la France soit l'un des pays où l'on travaille le moins tout au long de la vie. "Nous sommes l'un des pays - et je trouve que c'est profondément injuste - où les personnes qui ont entre 55 et 63 ans travaillent le moins. Je trouve que c'est une perte de compétences, un gâchis d'expérience", a affirmé M. Le Maire.

Le budget définitif de la Sécurité sociale, adopté lundi par le Parlement, a en tout cas enterré l'idée, adoptée par les sénateurs, de reporter l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 63 ans pour redresser les comptes sociaux. 

"Dans le contexte actuel où tout le monde est un peu à fleur de peau, il faut éviter de mettre des sujets comme cela sur la table", dit un membre du gouvernement, qui réclame "plus de temps" avant une reprise des discussions envisagée d'ici la fin de l'année. Sachant que le gouvernement voudrait également mener à bien la réforme de l'assurance chômage... quand les intermittents et les saisonniers sont touchés de plein fouet par la crise sanitaire
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.