L'hommage des anonymes à Arnaud Beltrame

L'hommage des anonymes à Arnaud Beltrame

Malgré la pluie sur Paris, les Français ont voulu rendre un dernier hommage à Arnaud Beltrame.

leparisien.fr, publié le mercredi 28 mars 2018 à 21h30

Des milliers de personnes ont tenu à être présentes, au Panthéon et aux Invalides, pour témoigner de leur admiration et de leur peine pour le gendarme qui s'est sacrifié pendant les attaques terroristes dans l'Aude.

Si le soleil a boudé, ce n'est pas du tout le cas des Français. Dès 9 heures ce mercredi, ils ont été nombreux à se réunir, malgré les barrages de police, dans les rues de Paris pour rendre hommage au colonel Arnaud Beltrame, assassiné vendredi dernier par Radouane Lakdim. Postées notamment rue Soufflot au Panthéon, qui abrite les grandes figures républicaines, de nombreuses personnes, parfois sans capuche ou parapluie, ont bravé le mauvais temps pour accompagner le cortège funèbre d'une dernière pensée. C'est le cas d'Aurélie, mère au foyer, qui va pendant une poignée de secondes le suivre du regard avant qu'il ne disparaisse : « Même si c'est court, c'est important d'être à ses côtés une dernière fois. On lui doit bien ça, je crois... » Le défilé s'estompe, et sans un murmure la foule se disperse aussi vite qu'elle était apparue.

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A quelques centaines de mètres à vol d'oiseau du Panthéon, c'est aux Invalides que le cercueil du militaire doit recevoir les honneurs du Chef de l'Etat. Mais bien avant son arrivée, les organisateurs doivent gérer un public nombreux. Entre ceux qui veulent assister à la cérémonie et ceux qui veulent visiter, comme ce groupe de collégiens étrangers, la cohue arrive vite. Une fois l'ordre rétabli, le public doit se diriger vers une artère spécialement dédiée située au rez-de-chaussée. L'endroit est familier pour les inconditionnels de ces cérémonies, alors, hors de question de ne pas avoir sa place aux premières loges. Comme Jean-Pierre, 66 ans : « Je suis là depuis ce matin, 7 heures, sous la flotte mais tant pis ça vaut le coup ». Sous son parapluie, ce néoretraité est fier de « faire honneur à l'homme qui a fait le sacrifice suprême ». Cette reconnaissance qualifiée « d'héroïque » est partagée de tous.

La tension est à son comble, le temps semble figéEn attendant le début de l'hommage, chacun essaye de se rapprocher au plus près des ouvertures. L'objectif est de voir le cercueil et la cérémonie sous le meilleur angle. Une fois installé au mieux, la période la plus terrible arrive : l'attente. Sans bouger, serré les uns contre les autres dans le froid, les pieds finissent par s'engourdir. Mais pas question de faiblir. « Ça vaut bien quelques crampes », souffle discrètement une dame à son conjoint.

Mais déjà, les premières notes de la garde républicaine résonnent. Le cercueil s'avance lentement dans la cour des Invalides au rythme des tambours et des trombones. Les corps se raidissent, les respirations se coupent, l'émotion est palpable. Au milieu des toussotements et des reniflements, le silence est maître. Amassée derrière la tribune des officiels, la foule est sérieuse, grave, imperturbable. Quand résonne la Marseillaise, les gendarmes et militaires, parfois à la retraite, bombent le torse en saluant le drapeau. La tension est à son comble, le temps semble figé. Un vieux soldat, tenant fermement sur ses jambes frêles, brise ce moment en aboyant sur un civil qui a gardé son bonnet. Geste irréparable. Ce dernier s'excuse immédiatement et entonne même l'hymne national.

«On était ensemble dans la même promotion»Le président Macron débute son discours en rappelant le déroulement des faits et provoque aussitôt les larmes des plus sensibles. Les mouchoirs se succèdent dans les mains tremblantes des hommes et des femmes qui ne connaissaient pourtant pas le commandant en second du groupement des gendarmes de l'Aude. Ce n'est pas le cas de Valérie Lacombe qui l'a connu à l'école Européenne d'Intelligence Economique à Versailles. « On était ensemble dans la même promotion et me déplacer aujourd'hui était une évidence. On rencontre souvent les héros dans les livres d'Histoire, mais dans la vraie vie ça prend tout son sens », confesse-t-elle avant d'être rattrapée par ses émotions.

Quand le cercueil disparaît avec la famille, la foule reste statique comme pétrifiée par le moment unique dont elle a été le témoin. Le président de l'ordre national du mérite dans le Calvados, le Docteur Michel Cours-Mach, nous confie : « La cérémonie a été très belle, assez sobre et c'est ce qu'il fallait. J'ai pu partager mon émotion qui est celle de tous les Français face à ce sacrifice extraordinaire et c'est très bien comme ça ».

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5 commentaires - L'hommage des anonymes à Arnaud Beltrame
  • Les "anonymes", enfin un article ayant l'intelligence de dire et montrer où sont les vrais sentiments de compassion, ceux sincères et naturels des gens de tous les jours "comme l' on dit", sans médias, sans cris car la douleur ne se vit que dans le silence du recueillement

  • si nos politiques avait 1% du courage de ce héros il changerais beaucoup de choses dans ce pays rendre des hommages est faire des marches blanche c'est hélas tout ce qu'il savent faire
    le plus grand respect au colonel ARNAUD BELTRAME

    On attend de vous voir à l'oeuvre. Hélas ! Votre anonymat vous autorise à toute lâcheté et à tout haine du politique que vous n'avez pas le courage de remplacer.

  • Une fois de plus , on va mettre des fleurs et des petites bougies en attendant la prochaine .

  • si on avait expulsé ce fiché s,le colonel serait encore parmi nous

  • Au risque d'un tollé monstrueux, et avec tout le respect que je dois au courage de cet homme et à son esprit de sacrifice, je dis qu'il a commis une erreur, et avec lui les négociateurs s'il y en avait. On ne donne pas à un preneur d'otage l'occasion de se servir d'une personnalité importante. De plus paraît-il, mais je n'ai pas le moyen de le vérifier, il serait entré les mains levées, mais avec son arme sur lui, arme que bien sûr le ravisseur lui a immédiatement subtilisée... Alors, courageux à l'extrême certes, mais quelque peu irresponsable.... du moins si ces assertions sont avérées.

    Parce que vous ne croyez pas que c'est l'homme, plus que le gendarme, qui a agi. Certes, le gendarme n'aurait pas commis cette erreur.