L'avocat de Jean-Noël Guérini plaide la prescription ou la relaxe

L'avocat de Jean-Noël Guérini plaide la prescription ou la relaxe
Photo d'archive, prise le 8 décembre 2014 montrant Jean-Noël Guérini (D) et son avocat Dominique Mattéi (G).

, publié le vendredi 02 avril 2021 à 16h44

"Si la prise illégale d'intérêt était retenue, ce ne serait qu'au bénéfice d'une affinité fraternelle et sans preuve" : l'avocat de Jean-Noël Guérini a plaidé vendredi à Marseille la prescription ou la relaxe de son client accusé d'avoir favorisé les affaires de son frère.

"Vous prononcerez la prescription des faits parce qu'elle est acquise. Mais si vous ne le faisiez pas, vous prononcerez la relaxe, parce qu'aucune preuve n'a été apportée. La suspicion, ça suffit!", a lancé l'ancien bâtonnier Dominique Mattei en conclusion d'une vibrante plaidoirie d'une heure et demie.

Alors président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini est accusé d'avoir préempté un terrain à La Ciotat sous le prétexte d'y sauvegarder une plante rare, le liseron duveteux, puis de l'avoir revendu à la communauté d'agglomération Garlaban Huveaune Sainte-Baume (GHB) pour favoriser son frère qui en avait besoin pour l'extension d'une décharge.

Pour ces faits, le parquet a requis mercredi quatre ans de prison dont deux ferme, 70.000 euros d'amende et une privation des droits civils et civiques à l'encontre de l'élu.

Évoquant "un dossier confus, touffu et multidirectionnel", Me Mattei a dénoncé le déroulement de l'enquête menée par le premier juge, Charles Duchaine, "un fauve de la loi" qui, "dans une jungle policière" a cherché à tout prix, à coups "de commissions rogatoires acérées", à prouver que son client s'était "gavé de fonds publics".

Mais après 12 ans d'instruction, "effacées" les charges de "favoritisme", la destruction de preuves, l'"association de malfaiteurs infamante et la suspicion de détournement de fonds publics". Il ne subsiste de tout cela "qu'une petite fleur crépusculaire : la prise illégale d'intérêt", a-t-il lancé.

Usant de l'anaphore "je n'aime pas...", l'avocat s'est lancé dans une attaque en règle contre ce qu'il considère être les manquements d'une procédure à charge, menée avec une idée préconçue et sans vraiment rechercher la vérité.

Il a dénoncé "l'opportunisme judiciaire détestable" de parties civiles venues réclamer à l'audience une grosse somme d'argent (plus de 14 millions d'euros), ou encore "la symphonie de la suspicion" des procureurs qui ont requis "des peines disproportionnées" en "confondant indices et preuves". 

- "Des témoins-clefs absents" 

L'avocat a également pointé l'absence à l'audience de témoins-clefs du dossier qui, selon lui, auraient pu apporter un autre éclairage à l'affaire. 

"Le procureur ne s'est pas ému de l'absence d'Eugène Caselli", ancien président de la communauté Marseille Provence Métropole (MPM) ou de Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur, présenté comme "la taupe" qui renseignait Jean-Noël Guérini sur le dossier judiciaire, a-t-il dit.

L'avocat s'est également étonné que les membres de la commission permanente du conseil général, qui ont voté la préemption du terrain en 2004 et sa vente en 2006, n'aient pas été interrogés. 

"Ces décisions collégiales n'ont donné lieu qu'à une seule mise en examen : mon client", a-t-il souligné, en s'interrogeant sur le fait qu'on n'ait pas cherché à savoir si M. Guérini avait ou non "fait jouer son influence" lors des votes.

Mais le principal argument brandi par l'avocat concerne la décision de la préfecture des Bouches-du-Rhône qui a permis la vente du terrain en prenant en 2006 une déclaration d'utilité publique (DUP) qui a levé le gel pour 10 ans de la parcelle, lié à sa préemption pour un motif environnemental.

Mon client est aujourd'hui "poursuivi parce qu'il a suivi une DUP prise par un préfet (Christian Frémont, décédé en 2014) qui n'a jamais été auditionné", a souligné l'avocat, en ironisant sur le fait que l'accusation devait sans doute considérer que "les services de la préfecture étaient corrompus".

Quant à la prescription des faits (trois ans avant l'ouverture de l'enquête en février 2009), elle ne fait pas de doute pour l'avocat, selon qui le juge Duchaine considérait que l'intention coupable de Jean-Noël Guérini était inscrite dans la délibération de préemption de novembre 2004. 

Or, la justice a quant à elle pris en référence la seconde délibération sur la vente du terrain de juin 2006, qui, elle, n'est pas prescrite.

Le procès, au cours duquel 12 prévenus sont jugés, doit se terminer mercredi avec la défense d'Alexandre Guérini. Le jugement sera ensuite mis en délibéré.

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