L'augmentation de la dotation matérielle des députés fait polémique

L'augmentation de la dotation matérielle des députés fait polémique
L'Assemblée nationale le 6 octobre 2020.

, publié le jeudi 04 février 2021 à 17h17

Les questeurs de l'Assemblée nationale ont décidé d'augmenter de 3.000 euros l'enveloppe des députés dédiée aux frais professionnels comme les envois postaux ou l'achat d'ordinateurs. Une hausse très malvenue en pleine crise du Covid-19, estiment certains élus.

C'est une décision qui provoque quelques remous.

Le 14 janvier dernier, les questeurs de l'Assemblée nationale, trois députés dont un d'opposition, ont choisi d'augmenter la dotation matérielle des députés de 15%. Cette enveloppe dédiée aux frais professionnels comme les envois postaux ou l'achat d'ordinateurs passe ainsi de 18.950 euros à 21.800 euros par an. 



 
Une décision dénoncée par certains élus, qui s'inquiètent d'un mauvais timing en plein crise économique du Covid-19. Des députés La République en marche ont notamment relevé en réunion de groupe que la plupart des parlementaires utilisent à peine plus de la moitié de cette dotation, rapporte franceinfo. "Les Français, dans l'époque que nous connaissons, ont besoin aussi d'avoir de l'exemplarité, que nous nous imposions une certaine rigueur dans la gestion publique, c'est cela que je dénonce", a par ailleurs déploré auprès de la radio la députée Les Républicains Marie-Christine Dalloz. Une hausse d'autant moins compréhensible que les frais de taxis qu'elle est notamment censée couvrir ont forcément baissé cette année, à cause du confinement. 

"On ne peut pas dire que ce soit indécent"

Le patron des députés LREM Christophe Castaner s'est dit au contraire "solidaire de cette décision": "vous avez une cinquantaine de députés qui, du fait du confinement, ont multiplié les envois (postaux) pour garder le lien avec leurs circonscriptions" et "ont dépassé cette enveloppe", a-t-il expliqué mercredi 3 février sur BFMTV-RMC. Ce n'est pas une augmentation du "salaire des députés", a-t-il souligné.

"Nous avons augmenté notre utilisation de courriers. De même, cette enveloppe peut être utilisée pour embaucher et payer des collaborateurs. On ne peut pas dire que ce soit indécent", a insisté la députée LREM Marie-Christine Verdier auprès de franceinfo. 

Le premier questeur Florian Bachelier (LREM) a aussi souligné dans un document de synthèse que "la crise pandémique a engendré une forte diminution des déplacements et des réunions publiques" et "nous avons fait le choix, pour maintenir et renforcer le lien entre les élus et les citoyens, d'organiser au mieux le télétravail des équipes et d'augmenter le nombre de correspondances papier ou numérique à destination de nos compatriotes".

54 millions d'euros d'économies

Mais pour l'intersyndicale des collaborateurs (CFE-CGC, CFTC, CGT, CFDT, SNCP-FO, Solidaires et Unsa),  "l'humain doit passer avant le matériel". Cette décision "contredit totalement les arguments d'économies budgétaires invoquées lors des négociations collectives afin d'améliorer les conditions de travail des collaborateurs et des collaboratrices parlementaires", relève-t-elle dans un communiqué. Des négociations sur la reprise en compte de l'ancienneté des collaborateurs sont en cours.

Pour sa part, M. Castaner a mis en avant "un autre chiffre", celui des "54 millions d'euros" d'"économies qu'ont fait les députés sous l'autorité de Richard Ferrand (le président de l'Assemblée) depuis le début de la mandature" en 2017. Ces économies sont notamment permises par l'alignement sur le droit commun du régime de retraite des députés et du régime d'allocation chômage, et la suppression de la prise en charge de frais d'obsèques, a-t-il cité. 
 

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