L'Assemblée veut faire tomber ses privilèges

L'Assemblée veut faire tomber ses privilèges
Un plan de rationalisation des dépenses de plusieurs dizaines de millions d'euros a été lancé par la questure et François de Rugy, le président de l'Assemblée.
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leparisien.fr, publié le vendredi 08 juin 2018 à 21h48

Dans un contexte d'économies de l'argent public, le Palais Bourbon lève le voile sur son train de vie. Notamment sur les avantages de ses hauts fonctionnaires.

Le train de vie de l'Assemblée nationale et de ses fonctionnaires continue de nourrir tous les fantasmes. Il attise aussi la curiosité des députés eux-mêmes qui n'hésitent plus à demander des comptes. Voire à les exiger.

Nous avons pu consulter des documents confidentiels émanant de l'Assemblée nationale (lesquels n'ont rien à voir avec d'autres chiffres que certains médias ont diffusé cette semaine). Ces documents montrent que la République reste particulièrement généreuse avec certains de ses serviteurs. Mais, plus réconfortant, ils sont aussi la preuve que lentement - et parfois non sans mal - mais sûrement, le voile se lève, enfin, sur les comptes du Palais Bourbon.

A l'heure des économies budgétaires et de la mort programmée des statuts spéciaux, un contrôle plus strict du demi-milliard d'euros d'argent public (600 millions d'euros) dont est dotée l'institution parlementaire, prend, ainsi, toute son importance. Et le renforcement de ce contrôle devient plus urgent.

« L'exigence de transparence qu'expriment chaque jour les Françaises et les Français avec force concerne en premier lieu les élues et élus du peuple que nous sommes [...] et toutes les institutions qui œuvrent en son nom », martèle Philippe Vigier, député UDI.

L'élu d'Eure-et-Loir occupe une fonction clé dans cette politique - encore timide - de clarification. Son rôle, comme rapporteur spécial de la mission « Pouvoirs publics », consiste à vérifier la bonne utilisation du budget des institutions de la République, de l'Assemblée nationale au Sénat, du Conseil constitutionnel au Conseil Economique, social et environnemental.

«Une volonté d'obstruction parfaitement scandaleuse»

Et pour arriver à ses fins, le député doit encore ferrailler. Lors d'une réunion de la mission la semaine dernière, le rapporteur n'a pas hésité à sortir les griffes. « Nous avons commencé ensemble ce travail de contrôle et d'évaluation au début de la législature. Partout, nous avons rencontré des interlocuteurs soucieux de répondre à nos questions, attentifs aux remarques ou critiques que nous avons pu formuler, jamais réticents à nous apporter des précisions complémentaires. Partout sauf... à l'Assemblée nationale, où nous nous sommes heurtés pour ainsi dire à un mur », a-t-il fustigé. Et d'enfoncer le clou : « Je me heurte à une volonté d'obstruction parfaitement scandaleuse. »

Cependant, même si le député estime les efforts de transparence insuffisants, son insistance a été payante. Salaires des fonctionnaires parlementaires les mieux payés (de 17 000 à 22 000 euros), logements de fonction du personnel, primes, réceptions les plus coûteuses, fournisseurs, grands travaux... Le premier questeur, sorte de ministre du Budget de l'Assemblée, s'est volontiers prêté à l'exercice. Et il a apporté des informations précises aux questions pointues du député.

Une réforme profonde du statut des fonctionnaires de l'Assemblée

« C'est la meilleure façon de ne laisser aucune place aux fantasmes et à leur exploitation démagogique ou conservatrice », insiste Florian Bachelier, premier questeur et député LREM d'Ille-et-Vilaine. Même si des désaccords persistent sur les modalités de sa mise en œuvre, un plan de rationalisation des dépenses de plusieurs dizaines de millions d'euros a été lancé par la questure et François de Rugy, le président de l'Assemblée.

Il s'accompagne d'une réforme profonde du statut des fonctionnaires de l'Assemblée. Un vaste chantier que les deux hommes veulent négocier en douceur...

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