L'Assemblée vote le budget de la Sécu, grevé d'incertitudes face au Covid

L'Assemblée vote le budget de la Sécu, grevé d'incertitudes face au Covid
Des équipes médicales s'occupent d'un patient dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, le 14 octobre 2020 à Paris

, publié le mardi 27 octobre 2020 à 18h51

La "deuxième vague" va encore alourdir la facture: l'Assemblée nationale a voté mardi un projet de budget de la Sécu où le Covid-19 a creusé des déficits abyssaux, qui risquent encore de s'aggraver avec le rebond épidémique.

Ce projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2021 a été adopté en première lecture par 326 voix pour, 204 contre et quatre abstentions. Le texte doit maintenant passer devant le Sénat.

"Nous sommes sur la face nord de l'Everest en plein hiver, la visibilité est vraiment mauvaise", avait reconnu mardi dernier le ministre de la Santé Olivier Véran en ouvrant l'examen du texte.

Traduction concrète: le projet entérine une demande de rallonge dès cette année de 2,4 milliards pour aider les établissement de santé, notamment l'ouverture de lits "à la demande" dans des hôpitaux confrontés à une hausse exponentielle des cas de Covid-19.

Cet argent doit aussi servir à honorer l'engagement du Premier ministre Jean Castex d'avancer à décembre des hausses de salaire du "Ségur de la santé" et une "survalorisation" des heures supplémentaires pour des personnels éprouvés par la première vague épidémique, à qui un surcroît d'effort est à nouveau demandé.

Déjà plombé par des rentrées d'impôts et cotisations moindres ainsi que par des dépenses exponentielles, le déficit de la Sécu se dégrade encore davantage du fait de cette nouvelle enveloppe: 46,6 milliards d'euros cette année et quelque 28 milliards en 2021.

Cette ardoise ne tient pas compte des récents couvre-feux décrétés, à ce stade, dans 54 départements et en Polynésie. Si bien que le projet de budget pourrait déjà être caduc.

Le retour à l'équilibre est compromis pour plusieurs années. Particulièrement mal en point, la branche de l'assurance maladie a prévu de provisionner 4,3 milliards pour les masques, les tests et les arrêts de travail, dont 1,5 milliard pour une campagne de vaccination

Les députés LR ont dénoncé des déficits "historiques" dont les chiffres sont "déjà sous estimés" en raison du rebond d'épidémie. Le gouvernement laisse "un système de santé désarmé face à la crise", a déploré le député Thibault Bazin.

A gauche, le socialiste Joël Aviragnet a dénoncé un "budget très décevant qui n'apporte qu'une réponse à court terme à la crise sanitaire", sans résoudre "la crise structurelle de l'hôpital".

- Des députés en blouse blanche -

Des députés communistes, dont leur chef de file André Chassaigne, sont apparus en blouse blanche salle des Quatre Colonnes, "pour relayer le cri d'alerte, de colère et de souffrance qui émane des hôpitaux" et fustiger un "budget pas à la hauteur".

A l'inverse, le patron des députés LREM Christophe Castaner a salué un texte qui permet de relever un "défi historique" après une année 2020 "inédite" en raison de la crise sanitaire.

"Les soignants qui réclamaient, légitimement, des moyens ont été entendus : le texte traduit dans les faits les engagements pris devant eux", a-t-il notamment souligné dans un communiqué, en référence au "Ségur".

Au titre des réformes, le projet de loi acte un nouveau "forfait" de 18 euros pour les patients allant aux urgences sans être ensuite hospitalisés, qui a été validé malgré de fortes réserves de la gauche. 

Le financement de la nouvelle branche "autonomie", qui regroupe une grande partie des crédits destinés aux personnes âgées dépendantes ou handicapées, a aussi provoqué de vifs débats portant sur les incertitudes qui pèsent sur son financement.

Majorité et gouvernement ont soutenu une "première étape" dans un projet de longue haleine de meilleure prise en charge du grand âge, avec 2,5 milliards d'euros supplémentaires en 2021 pour la modernisation des Ehpad notamment.

Trop peu pour les oppositions, qui dénoncent un simple "ripolinage" face au défi du vieillissement: en 2040, près de 15% des Français (10,6 millions de personnes), auront 75 ans ou plus.

Dans un des rares moments d'unanimité, les députés ont cependant voté une enveloppe de 150 millions d'euros en 2021 puis 200 millions à partir de 2022, pour augmenter les salaires des aides à domicile. 

Autre moment consensuel: les députés ont donné leur feu vert au doublement du congé paternité, de 14 à 28 jours dont 7 obligatoires, à partir du 1er juillet prochain, une "avancée majeure" selon M. Castaner.

Via un amendement parlementaire, le tiers payant obligatoire en cas d'IVG a aussi été approuvé.

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